vendredi 20 mai 2022
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SNCF : les horaires déraillent

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Mise en place le 15 décembre par la SNCF, la nouvelle grille horaire des trains reliant Les Arcs à Vintimille en passant par Monaco fait de très nombreux mécontents.

 

2014, une année noire sur les rails de Paca. Défaillances techniques, mouvements sociaux, chantiers à répétition et maintenant grille horaire chaotique. Les doléances des usagers vis-à-vis de la SNCF se multiplient. L’exaspération aussi. « C’est une année particulièrement difficile » reconnaît Dominique Régnier, directeur territorial des TER sur la Côte d’Azur. Les explications avancées sont nombreuses : éboulements en début d’année, intervention de la police aux frontières à Menton, réorganisation des ateliers de maintenance…

 

Attente

« Ils tiennent plus en compte les impératifs techniques que la réalité. Les usagers ont juste le droit d’en subir les désagréments » s’énerve Eric Sauri, président de l’association des Naufragés du TER Grasse-Vintimille. La raison de son agacement : les nouveaux horaires de train entrés en vigueur le 15 décembre 2014, jusqu’au 15 juin 2015. Conséquence : de longues minutes d’attente pour rallier l’ouest à l’est des Alpes-Maritimes. « 20 minutes d’attente en gare de Nice-ville tous les matins en direction de Vintimille… Impossible d’être à l’heure pour les usagers qui commencent à travailler à 8h30 à Monaco et qui habitent plus loin que Nice. Sauf à arriver 40 minutes à l’avance… » soupire un voyageur. « J’ai plus que doublé mon temps de trajet chaque jour. Des fois je dois prendre le train d’avant, car certains ont leur terminus à Nice-ville. Ce n’est plus digne d’un service public ! » estime un usager.

 

Sillons

Parmi les justifications de la direction de la SNCF, plusieurs nouveautés à intégrer. Comme l’arrivée d’un nouvel opérateur, Thello. Et le développement du fret. Autre raison avancée, le problème de liaison entre deux sillons : celui de Cannes-Grasse et celui entre Nice et Vintimille. « Les travaux de la ligne Cannes-Grasse ont été repoussés au dernier moment. L’hypothèse sur laquelle nous nous étions basés pour réaliser ces horaires n’était plus la bonne. Les deux segments ne se sont pas bien coordonnés. Et nous avons déjà procédé à des modifications » ajoute Dominique Régnier. Dorénavant, l’objectif est donc de faire en sorte que les sillons se marient le mieux possible.

 

Changement

Suite à ce mécontentement, la SNCF a procédé à des modifications afin de mieux répondre aux besoins des usagers. « 80 % des urgences ont été traitées. Il reste encore quelques problèmes entre Nice et Vintimille. Comme les trains des samedis et dimanches vers l’Italie qui ne sont pas acceptables. Je comprend que vu de l’usager, tout cela soit incompréhensible » admet Dominique Régnier. Lundi 12 janvier, alors que ces nouveaux horaires entraient petit à petit en fonction, des difficultés « de gestion du trafic » ont laissé sur le carreau des centaines de voyageurs attendant désespérément un train. Il faudra certainement un temps de rodage pour que tout roule dans le bon sens.

 

Régio 2N

Les bonnes résolutions de la SNCF seront-elles réalisables ? C’est en tout cas ce qu’espère la direction. Pour cela, elle compte notamment sur 16 automotrices régionales à deux niveaux, des TER nouvelle génération appelés « Régio 2N. » Plusieurs d’entre eux devraient rapidement entrer en service dans les Alpes-Maritimes… A la seule condition que la SNCF obtienne l’autorisation de circulation ! « Nous avons de grandes difficultés à cause du retard du constructeur Bombardier » justifie Dominique Régnier. A terme, ces trains constituent l’un des principales solutions de la SNCF pour permettre une bonne prise en charge de l’usager en Paca.

 

900

Régnier, encore : « Nous sommes dans une période de rodage de 4 prototypes qui circulent entre Marseille et Toulon, dont deux en exploitation commerciale. On espère une mise en circulation dans les Alpes-Maritimes dès la fin des travaux du tunnel de Monte-Carlo, en avril prochain. » D’une capacité de 900 voyageurs, ces trains ont été étudiés pour permettre d’accueillir dans de meilleures conditions pendant le trajet les voyageurs obligés de rester debout. Il y aurait aussi beaucoup plus de places assises. Enfin, la configuration de ces « Régio 2N » permettrait de monter et descendre plus rapidement et aisément. « Ces engins ne sont pas si massifs : ils ne font que 10 mètres de plus que les autres. Sur la Côte d’Azur, au niveau des quais, il n’y a qu’une gare à reprendre. Sinon on est en phase » lance Dominique Régnier.

 

Grève

Dernier point très difficile : le dialogue social tendu qui mène régulièrement à des grèves. En 2014, 74 jours de grèves cumulées ont été comptabilisés. « Après 2010 qui fut une année terrible, on assiste à une rechute. » Est-ce que le plan « Rebond » imaginé pour l’année 2015 portera ses fruits ? « Il nous faut remonter la pente… » C’est la requête prioritaire des usagers qui se mobiliseront le samedi 24 janvier en gare de Nice pour exprimer leur ras-le-bol. « S’il vous plait, arrêtez les excuses, faites votre boulot !!! » clame Eric Sauri, au nom de tous les voyageurs exaspérés.

 

Pourquoi changer d’horaires ?

« Le calendrier européen correspond à une commande annuelle de tous les opérateurs. Chaque année, l’ensemble des horaires est revu » explique le directeur territorial des TER sur la Côte d’Azur, Dominique Régnier. Habituellement, ces horaires ne subissent qu’une très légère modification. « Cette année, on assiste à un vrai changement, car l’offre des sillons proposée par Réseau Ferré de France (RFF) a complètement changé. » Ce sont alors les autorités organisatrices qui achètent des sillons. Les changements ont été nécessaires pour faire de la place aux entreprises extérieures.

 

Retards et annulations : une niçoise porte plainte contre la SNCF

Au moment où Monaco Hebdo a joint Stéphanie Tabary, elle a dû une énième fois prendre son deux-roues pour se rendre à son travail. « Ce matin, le TER de 8h16 que je prend de Nice Saint-Augustin pour me rendre à Cannes a été annulé. Donc j’ai opté pour la route afin d’être à l’heure pour une réunion de travail » raconte cette jeune femme. L’anecdote est malheureusement vécue tous les jours par les très nombreux voyageurs qui prennent les TER en Paca pour se déplacer. Voilà pourquoi Stéphanie a décidé de ne pas se laisser faire. « J’ai commencé à répertorier tous les retards et toutes les suppressions de train depuis le 30 janvier 2013. J’avais le temps, puisque les trains étaient toujours en retard… » explique Stéphanie Tabary. Les réclamations s’accumulent. Un bon de 70 euros lui est même envoyé. Et puis, la réception d’un courrier ferme de la SNCF qui lui explique qu’il est impossible qu’ils trouvent un accord. Du coup, en novembre dernier, elle dépose une plainte auprès du tribunal de Cannes. Le 17 avril prochain, dès 9 heures, le tribunal de Nice devrait entendre ses doléances. Philippe Bru, directeur régional des TER en Paca est également convoqué. « Ma requête est raisonnable. Les 2 900 euros que je réclame représentent simplement ce que j’ai du dépenser pour palier le manque de trains. » Si elle continue pour l’instant à « persévérer » en prenant le train, cet agent immobilier se dit écoeurée et espère rapidement ne plus avoir à utiliser ce mode de transport pour aller au travail. « C’est un stress immense car il faut tout le temps anticiper. Il y a aussi un gros manque d’informations fiables. Si cette plainte peut faire évoluer les choses dans le bon sens… » Interrogé par Monaco Hebdo sur cette plainte, Dominique Régnier, directeur des TER Côte d’Azur, n’a pas souhaité faire de commentaire.

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Monaco Hebdo