Le syndicat des jeux européens avait évoqué récemment le suicide de personnes travaillant au sein de la Société des bains de mer. Un ex-employé de l’entreprise vient de mettre fin à ses jours.
Un suicide est toujours un drame humain. Le 27 octobre dernier, Pascal Projetti a décidé de mettre fin à ses jours en se pendant. Cet ancien cadre aux appareils automatiques à la Société des bains de mer avait été licencié par la direction en 2006. Suite à un vol de CD à la Fnac pour lequel il avait été condamné à une amende du tribunal correctionnel, le ministre d’Etat de l’époque Jean-Paul Proust, lui avait retiré son agrément d’employé de jeu. Un choc pour Pascal Projetti qui avait contesté aussitôt cette décision. En 2007, la décision du ministre d’Etat est retoquée par le tribunal suprême et l’Etat est condamné pour ne pas avoir respecté la procédure. A deux reprises. Parallèlement, le tribunal de première instance, en tant que juridiction du travail, puis la cour de révision, estiment que le contrat de travail n’est pas résilié. En clair, « Pascal Projetti fait toujours partie de la SBM, il n’est même pas nécessaire d’ordonner sa réintégration », affirme son avocat Me Michel. Au final, suite à ces procédures interminables, en 2011, le ministre d’Etat décide de maintenir son agrément à Pascal Projetti. Mais pour la SBM, pas question de réintégrer l’ancien cadre dans ses fonctions. « La société va se refuser obstinément à reprendre M. Projetti, allant même jusqu’à le relicencier, ce qui est juridiquement inepte puisqu’il est impossible de licencier une deuxième fois un salarié qu’on se refuse à réintégrer », dénonce l’avocat, qui explique la suite des événements. Il y a six mois, on lui propose de devenir taxi. Pascal Projetti, en fin de droits, est bien obligé de se reconvertir. « Fin septembre, il achète son véhicule. Le 26 octobre, il vient me voir. Le lendemain, désespéré et ne comprenant pas l’attitude d’une société à laquelle il était très attaché, il se pend », évoque Me Michel, toujours sous le coup de l’émotion.
Trois suicides en trois ans
Ce suicide est intervenu quelques jours à peine après que le syndicat des cadres et employés de jeux européens, soutenu par 3 autres syndicats, a fustigé « le climat délétère » régnant au sein de la société. « Des cas de maladies et de dépressions pathologiques ont été identifiées. La semaine dernière, les employés ont appris le suicide d’un de leurs collègues. Ce qui porte à trois le nombre de suicides en trois ans », avait-il listé dans un communiqué, tout en spécifiant que les relations directes entre ces événements tragiques et l’environnement de travail n’ont pas été établie. De l’extérieur, on pouvait même se demander s’il n’y avait pas un syndrome France Telecom à la SBM.
« La SBM n’avait pas d’autres choix »
Un amalgame que la direction de la SBM n’accepte pas. « Je comprends le mal-être de cette personne qui n’a pas trouvé la force morale de trouver une autre voie et je regrette profondément ce qui s’est passé mais la SBM ne pouvait agir autrement, explique Agnès Puons, la secrétaire générale chargée des ressources humaines. Un article de la convention collective stipulait que, compte tenu de la spécificité du secteur des jeux, toute condamnation pénale entraîne la révocation d’un salarié. Nul ne pouvait l’ignorer. Cette disposition était connue de l’ensemble du personnel. » Avant d’ajouter : « A l’époque, la SBM n’avait pas d’autres choix. Si demain, il y avait eu des malversations aux appareils automatiques ou aux jeux de tables, la SBM aurait été condamnée pour sa légèreté. » Selon Agnès Puons, la SBM aurait même proposé une réembauche à Pascal Projetti qu’il aurait refusée ainsi qu’une aide financière pour l’aider à redémarrer une activité. Ce que conteste Me Michel, en mémoire de Pascal Projetti, dont on ne connaîtra jamais les motivations. L’homme n’a pas laissé de lettre pour expliquer son geste.



