
En France, les hommes homosexuels devraient bientôt être autorisés à donner leur sang. Alors que l’association Fight Aids Monaco milite pour cette mesure, la communauté médicale s’alarme des risques sanitaires.
L’interdiction est en passe d’être levée… Après avoir été exclus de la collecte pendant presque 30 ans (1) en raison d’un risque considéré comme accru de contamination par le virus du sida, les hommes homosexuels pourraient, sous quelques mois, avoir la possibilité de donner leur sang en France. C’est la ministre de la santé, Marisol Touraine, qui a annoncé la nouvelle le 14 juin dernier. « Le critère de l’orientation sexuelle n’est pas en soi un risque, a-t-elle justifié. C’est la multiplicité des relations et des partenaires qui constituent un facteur de risque. Quelle que soit l’orientation sexuelle et le genre de la personne. On peut et on doit revoir cette politique. » Un débat qui intéresse de très près Monaco puisqu’en moyenne 2?000 poches de sang par an sont achetées à la France pour répondre aux besoins des établissements de soins monégasques.
Mais à Monaco, comme chez nos voisins, cette question inquiète fortement la communauté médicale. « Sur un plan global de santé publique, nous considérons que l’on ne peut pas autoriser le don du sang aux homosexuels hommes. Car les statistiques montrent qu’ils ont malheureusement beaucoup plus de maladies sexuellement transmissibles que les hétérosexuels, explique le directeur du centre de transfusion sanguine (CTS) de Monaco Hervé Renard. Par exemple, 12 à 18 % des homosexuels hommes sont contaminés par le VIH contre 0,2 % pour la population générale. Je comprends que cela puisse moralement choquer. Mais les plus récents cas de contamination en France par transfusion sanguine, et ce malgré les précautions qui existent, ont montré, pour la moitié d’entre elles, que les dons étaient issus de donneurs homosexuels. Ceux-ci, lors de l’entretien médical, n’avaient pas déclaré leurs orientations sexuelles. »
Risque multiplié par 4
Malgré les tests de dépistage — VIH ou toute autre maladie sexuellement transmissible — effectués après le don, la communauté médicale estime que le risque réside dans ce que l’on appelle la « période de silence sérologique. » C’est-à-dire la période pendant laquelle un agent infectieux est présent dans le sang, sans pouvoir être détectable par les tests pratiqués. « Compte-tenu de cette période silencieuse, l’Institut national de vieille sanitaire a estimé que la transmission du VIH par transfusion sanguine serait multipliée par 4 si les hommes ayant eu un partenaire sexuel de même sexe dans les 12 derniers mois étaient acceptés aux dons », précise encore Hervé Renard. Reste à savoir quelle sera la position de Monaco?? Pour l’heure, la réponse est sans surprise très prudente. « Si le don devait être autorisé aux homosexuels masculins dans le pays voisin, il conviendra de s’interroger sur la transposition de cette procédure en principauté », rajoute simplement le directeur du CTS.
Discrimination
Au contraire, pour de nombreuses associations de défense des homosexuels — tout comme pour le Conseil national du sida — cette exclusion de la communauté gay est considérée comme discriminatoire et stigmatisante. « Pour nous, lever cette interdiction est évidemment une avancée. Car la prise de risque n’est pas liée à l’orientation sexuelle, estime Hervé Aeschbach, coordinateur de l’association Fight Aids Monaco. Des homosexuels ont des vies de couple stables ou ne prennent aucun risque durant leur rapport. » Avant d’ajouter?: « Des homosexuels séronégatifs nous disent d’ailleurs qu’ils vivent mal cette discrimination. Car ils voient les appels aux dons se multiplier et entendre partout qu’iI manque du sang. Or, ils en sont exclus, uniquement du fait de leur orientation sexuelle. Alors qu’ils sont en bonne santé et ne prennent aucun risque. »



