Parti de Calvi le 7 juin dernier, Rémi Camus est arrivé à Monaco mardi 20 juin 2023, sur la plage du Larvotto, après avoir parcouru 180 kilomètres à la nage dans des conditions parfois dantesques. Une aventure hors du commun, que l’explorateur français a choisi de raconter à Monaco Hebdo.
« Quand j’ai fait mon tour de France à la nage en 2018, on m’a dit : « Tu verras la Méditerranée c’est calme, c’est magnifique, c’est cool. » Mais en fait, ce n’est pas tout à fait ça. On a tout eu. La mer était déchaînée ». Parti de Calvi, sous un soleil radieux le 7 juin 2023, Rémi Camus ne s’imaginait sans doute pas vivre pareille aventure. Confronté à la houle, aux vagues, au vent et aux orages pendant deux semaines, l’explorateur français a dû braver les éléments pour rallier, à la nage, la principauté située à 180 kilomètres de la commune corse. Ces conditions particulièrement difficiles l’ont d’ailleurs contraint à renoncer, la mort dans l’âme, à son projet initial de réaliser cette traversée hors norme en totale autonomie et sans assistance. « C’était impossible. J’ai eu besoin de l’assistance de l’équipe pour me sortir des zones de houle et des courants très forts. Sans elle, jamais je ne serais arrivé ici. J’ai vraiment senti la puissance de la mer », a confié à l’arrivée l’aventurier-explorateur, connu pour ses défis au service de l’environnement. Car, au-delà de l’aspect purement sportif, cette traversée de la Méditerranée avait pour double objectif de sensibiliser à la protection des océans et d’analyser le corps humain en situation extrême. Et en ce sens, l’opération est une réussite.

Plus de deux ans de préparation
Il aura fallu un peu plus de deux ans et demi à Rémi Camus pour mettre sur pied ce défi fou. Deux années de « sacrifices et d’engagement », avec des hauts et des bas, comme il l’explique à Monaco Hebdo : « La plupart des gens n’imagine pas ce qu’un tel défi représente en termes de préparation. On se dit qu’il suffit de s’entraîner en natation, mais en fait il n’y a pas que ça. Il y a tout un ensemble de choses à mettre en place : la communication, le marketing… Il a fallu construire une plateforme, trouver les partenaires qui puissent nous aider à la financer, trouver le concepteur. Il y a aussi la préparation physique, la prise de masse et de poids, la préparation mentale. Sans oublier le volet médical et scientifique avec le CHU de Grenoble et le laboratoire Wessling. Tout cela prend beaucoup de temps ». Et aussi beaucoup d’argent, car près de 200 000 euros auront été nécessaires à la réalisation de ce projet. Pour obtenir ce financement, l’aventurier-explorateur a eu recours au mécénat, au sponsoring, et aux partenariats, qu’il essaie toujours de mettre en place sur du « long terme » afin, dit-il, de « rendre les projets uniques et surtout [d’avoir] une communication plus intéressante et une prise de conscience ».
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Rémi Camus peut aussi compter sur la générosité et le soutien de certaines entreprises, qui lui permettent d’acquérir du matériel sans frais. « Chaque entité apporte sa contribution. Mais, à chaque fois, les entreprises choisies portent les valeurs que nous défendons », insiste-t-il. À l’origine, cet athlète français aurait dû s’élancer le 1er septembre 2022, mais un problème technique de dernière minute est venu contrecarrer ses plans, à son grand désespoir. « Ça a été un vrai bouleversement, car beaucoup de personnes imaginent que les projets se déroulent toujours bien. Mais, en réalité, il y a des ascenseurs émotionnels, des échecs. Ce report m’a coûté deux mois de presque dépression où il a fallu se remettre en question, retrouver la motivation de se relancer, et tout remettre en place. C’est-à-dire reprendre le poids que j’avais perdu, la préparation physique… ». Passée cette frustration, Rémi Camus se replongera très vite dans son projet, pour finalement prendre la mer, avec son voilier d’assistance, le 7 juin dernier, à Calvi.

En lien avec l’entreprise Capillum et le laboratoire Wessling, les équipes ont également élaboré un protocole, basé sur le déploiement de boudins de cheveux, pour détecter d’éventuelles traces d’hydrocarbures, d’huiles de surface ou de perfluorés que le nageur aurait pu capter lors de son périple
Repas lyophilisés et dessalinisateur
À raison de huit heures de nage par jour, de 8 heures à midi et de 14 heures à 18 heures, l’aventurier-explorateur accroché à une petite plateforme, va avaler les kilomètres à la seule force de ses bras, défiant les intempéries et une mer parfois difficile, qui le détournera de sa trajectoire à plusieurs reprises. « Je savais d’expérience que la Méditerranée était une mer particulièrement agitée quand elle désirait se mettre en mouvement. J’en ai subi les conséquences, lorsque j’ai fait le tour de France à la nage. Donc, je savais qu’elle était capricieuse et que ça pouvait changer du tout au tout. En revanche, je ne pensais pas avoir des courants aussi violents et importants. On est toujours surpris par les éléments et la force de la nature. Cette traversée n’a donc pas été de tout repos ». Lorsqu’il n’était pas dans l’eau, Rémi Camus remontait sur sa plateforme pour se reposer, prendre ses repas lyophilisés et désaliniser l’eau de mer avec une pompe, afin de pouvoir la boire. La tâche la plus délicate de la traversée, selon lui : « C’est très frustrant de finir la journée, de se poser dans la plateforme, et de voir autour de soi des milliards de mètres cubes d’eau qu’on ne peut pas boire. Et donc, de devoir sortir un dessalinisateur et de devoir pomper. J’aurais pu partir avec un dessalinisateur électrique et un système de recharges-batteries pour pouvoir transformer l’eau de mer en eau douce, ce qui aurait été beaucoup plus simple. Mais j’ai préféré opter pour un mécanisme manuel, certes plus archaïque et plus mécanique, mais bien plus léger, moins encombrant et moins cher ». Alors qu’il faut habituellement un quart d’heure pour obtenir un litre d’eau, Rémi Camus aura besoin lui du double de temps, la faute à des conditions de pompage précaires, mais surtout à une certaine usure physique après plusieurs heures de nage, et des nuits pas toujours des plus reposantes : « Dormir était aussi très difficile, parce que les vagues venaient taper sous la plateforme et cela provoquait un bruit sourd à l’intérieur. Au final, je dormais très très peu avec, en plus, des douleurs aux épaules ».
Un film relatant ce projet en mer inédit devrait voir le jour en septembre ou octobre 2023. « Nous avons des images extraordinaires de toute cette traversée. Le but est de pouvoir en faire un film d’aventure pour participer à des festivals, pour parler du message et de la problématique environnementale en Méditerranée »
Un défi écolo-scientifique
Arrivé à Monaco, mardi 20 juin 2023, après 13 jours d’effort intense, l’aventurier de l’extrême peut désormais se projeter sur la suite du projet. Et notamment sur la restitution de son expérience. Car cette traversée de la Méditerranée avait un double objectif : à la fois sensibiliser le grand public à la pollution marine, mais aussi comprendre et analyser les effets du stress en milieu hostile, sur le corps humain. Rémi Camus s’est en effet livré, tout au long de sa traversée, à une série de tests scientifiques, notamment salivaires, que va désormais exploiter le CHU de Grenoble. « Comme les conditions vont devenir invivables à certains endroits sur Terre, nous allons assister à des mouvements de populations qui vont générer du stress. Et ces données doivent permettre de comprendre comment l’être humain arrive à assimiler ce stress lorsqu’il est dans une situation de survie, de détresse ou d’urgence extrême ». En parallèle, en lien avec l’entreprise Capillum et le laboratoire Wessling, les équipes ont également élaboré un protocole, basé sur le déploiement de boudins de cheveux, pour détecter d’éventuelles traces d’hydrocarbures, d’huiles de surface ou de perfluorés que le nageur aurait pu capter lors de son périple. Toujours dans cette idée de restitution, un film relatant ce projet en mer inédit devrait voir le jour en septembre ou octobre 2023. « Nous avons des images extraordinaires de toute cette traversée. Le but est de pouvoir en faire un film d’aventure pour participer à des festivals, pour parler du message et de la problématique environnementale en Méditerranée. Ensuite, nous participerons à des ciné-débats un peu partout en France ». Avant, pourquoi pas, une diffusion sur les plateformes et les réseaux sociaux, pour sensibiliser le plus de monde possible à la protection des océans. Des conférences grand public et des tables rondes avec des scientifiques pourraient également, à terme, être organisées en partenariat avec l’Institut océanographique de Monaco. Une fois ce travail accompli, cet homme de défis pourra alors se plonger dans une nouvelle aventure, qui pourrait cette fois l’amener le long de la Loire [à ce sujet, lire son interview par ailleurs – NDLR]. Avec toujours la même envie et le même leitmotiv : alerter-éduquer.



