
La résistance aux anti-paludéens dans plusieurs régions d’Asie inquiète les experts à la veille des vacances. D’autant que les alternatives aux traitements sont encore incertaines…
Si les plages de Thaïlande et les paysages de savane africaine font volontiers rêver les touristes à la veille des vacances d’été, ces destinations suscitent aussi l’inquiétude grandissante des scientifiques et experts en maladies tropicales. En cause?? La recrudescence récente des risques d’infection liés au paludisme… Connu sous le nom de Plasmodium, le parasite à l’origine de la maladie montrerait depuis peu une résistance de plus en plus forte aux traitements et insecticides prescrits pour s’en protéger. En Afrique, les moustiques porteurs du parasite se montreraient ainsi de moins en moins sensibles aux insecticides dont sont communément imprégnés les moustiquaires. Une équipe de chercheurs anglo-saxons a ainsi établi qu’en 2010, 37 % des moustiques présents au Sénégal seraient devenus résistants au plus courant et efficace des insecticides (la deltaméthrine). De récents rapports dans d’autres pays d’Afrique indiquent également une résistance en forte hausse sur l’ensemble du continent.
Perte d’efficacité
Plus alarmant encore?: dans plusieurs régions d’Asie du Sud-Est, ce sont les traitements anti paludéens eux-mêmes qui montrent désormais leurs limites. Le plus prescrit d’entre eux, l’artémisinine (employé en thérapie combiné), connaîtrait depuis peu une perte d’efficacité dans certaines régions de Thaïlande, de Birmanie et du Vietnam. Dans l’Ouest du Cambodge également, le parasite à l’origine du paludisme aurait muté pour devenir résistant au traitement… Si elle reste encore globalement efficace, l’artémisinine ne garantirait plus une protection complète des voyageurs dans ces régions. Le phénomène suscite une réelle inquiétude au sein de la communauté scientifique, au point de pousser l’OMS (Organisation mondiale de la santé) à organiser en urgence ce printemps un sommet sur le sujet à Bangkok. Principale crainte des spécialistes?: le risque d’extension de cette mutation du parasite aux autres régions endémiques, tout particulièrement en Afrique qui concentre 90 % des cas de paludisme. Une résistance généralisée pourrait entraîner le décès de millions de malades, préviennent les chercheurs. Il n’existe en effet aucun vrai traitement alternatif à ce jour à l’artémisinine, introduite en 2006 pour palier à l’inefficacité d’un autre anti-paludéen, la chloroquine… lui aussi victime de phénomènes de résistances?!
Les experts s’inquiètent d’autant plus que la mutation du parasite est accélérée par l’usage de médicaments contrefaits. Les « copies » « entraineraient » en effet le parasite à développer ses mécanismes de résistance. Or, selon une récente enquête du journal Lancet, 35 % des anti paludéens aujourd’hui commercialisés en Afrique et en Asie seraient… des faux.
Prévention
Pour mettre un terme à cette menace, les experts espère la mise au point de nouvelles classes d’anti paludéens — encore à des stades d’expérimentations. Le salut pourrait en réalité venir de la recherche sur les mécanismes de résistance des parasites. Des chercheurs américains auraient ainsi isolé une zone clé du génome des parasites qui agit sur la résistance à l’artémisinine. En attendant, les autorités françaises recommandent aux voyageurs qui s’aventurent dans l’un des 99 pays touchés par l’épidémie « l’observance simultanée d’une protection contre les moustiques et une chimioprophylaxie. » Avec un suivi d’éventuelles fièvres au retour du séjour… L’année dernière, 3?560 cas de « palu » rapportés de voyages ont été recensés dans l’Hexagone. 135 ont donné lieu à des formes graves et 4 à des décès…



