vendredi 27 mai 2022
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Tests de dépistage du Covid-19 :
de quoi parle-t-on exactement ?

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Tests PCR, tests sanguins, dépistage ciblé, dépistage massif… Beaucoup d’informations circulent sur le dépistage du coronavirus, et il est très difficile d’y voir clair. 

Monaco Hebdo fait le point, avec l’appui du docteur Gérald Kierzek, médecin urgentiste à l’hôpital Hôtel-Dieu (AP-HP), à Paris (1).

À Monaco, les médecins du CHPG et sa directrice Benoîte de Sevelinges ont annoncé lors d’un point presse téléphonique, vendredi 27 mars 2020, qu’il n’y aurait pas de dépistage massif en principauté. « Il faut tester à chaque fois que c’est nécessaire, mais le moins souvent possible. Car la capacité de réalisation des tests est limitée. Et on risque d’induire un délai trop long pour obtenir les résultats des gens hospitalisés, dont on a besoin de savoir rapidement ce dont ils souffrent », avait déclaré Benoîte de Sevelinges. De son côté, le professeur Christophe Perrin, chef du service de pneumologie du CHPG, estimait que « le dépistage massif est une fausse sécurité ». Aujourd’hui, le CHPG pratique un dépistage ciblé destiné aux « patients hospitalisés, à hospitaliser ou présentant des comorbidités sévères, qui vont faire l’objet d’un suivi médical rapproché et les professionnels essentiels dans la gestion de cette crise, à savoir les professionnels de santé, la police, les pompiers », avait précisé la directrice du CHPG. Avant d’annoncer que trois automates étaient désormais disponibles à l’hôpital pour effectuer des tests de dépistage : « Ce qui manque, ce sont les réactifs. On attend la validation des autorités françaises et européennes prévue entre le 8 et le 15 avril ».

Utile ou pas ?

Quelques jours plus tard, le mardi 31 mars, le conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé, Didier Gamerdinger, évoquait au cours d’un autre point presse la possibilité d’effectuer un dépistage massif de la population afin d’« avoir une vision la plus précise possible de la façon dont le virus a circulé en principauté de Monaco ». Et ce, « dès qu’il y aura les outils certifiés donc viables, de mettre en place un dépistage massif de notre population ».Le ministre de la santé faisait-il alors référence aux fameux automates évoqués par Benoîte de Sevelinges ? Impossible de le savoir précisément. Toujours est-il que cette déclaration de Didier Gamerdinger annonçant un futur dépistage massif de la population est venue semer le doute dans l’esprit de beaucoup de monde en principauté. Avec une question majeure : le dépistage massif est-il utile ou pas ? Pour tenter d’y voir plus clair, en attendant un éclaircissement du CHPG et/ou du ministre de la santé sur la question, Monaco Hebdo a contacté le docteur Gérald Kierzek, médecin urgentiste à l’hôpital Hôtel-Dieu (AP-HP) à Paris. Il présente les différents tests de dépistage du Covid-19, et explique leur intérêt respectif.

Le test PCR

De quoi s’agit-il ?

Dr Gérald Kierzek : Le test PCR est opéré en écouvillonnage nasal [prélèvement d’un échantillon par une brosse de type coton-tige – N.D.L.R.]. Le prélèvement part ensuite en laboratoire pour analyse. On cherche du virus. Il faut 24 à 48 heures pour avoir les résultats. La sensibilité des tests s’élève à 60 %, c’est-à-dire que 40 % des tests donnent un résultat négatif, mais qui est un faux négatif. Un faux négatif, cela signifie qu’en réalité, il y a du virus, mais il est ailleurs. Il est dans les poumons, plus bas, il n’est pas dans le nez… Bref, on a tapé à côté.

Pourquoi ces faux négatifs ?

G.K. : Cela dépend à la fois du moment de l’infection, trop tôt ou trop tard. Mais aussi de l’opérateur, c’est-à-dire de la personne qui fait le test.

©Dr Gérald Kierzek

Le test PCR est-il utile pour un dépistage massif ?

G.K. : La sensibilité [probabilité que le test soit positif si la personne est atteinte de la maladie – N.D.L.R.] est mauvaise, et ce test est long. Pour envisager du déconfinement, il faut avoir le même type de test, c’est-à-dire des tests qui permettent de mettre en évidence le portage du virus (ARN viral), et il faut que ce soit plus rapide. Attendre 24 à 48 heures, ça paraît complètement dingue. Il faut que le test soit fait au lit du malade, ou en ville, en 30 minutes. Il faut que ce soit la même technique, mais il faut aussi augmenter la sensibilité. Ce n’est pas possible d’avoir un test qui donne 40 % de faux négatifs, parce que ça donne des fausses sécurités aux gens.

Quel est le problème avec les tests PCR ?

G.K. : Le problème de ces tests de portage, c’est qu’ils vous disent à l’instant T vous êtes négatif. Mais demain, cela ne veut pas dire que vous ne serez pas positif. Cela signifie donc que ces tests de portage doivent être refaits. Actuellement, cette technique n’est donc pas une bonne idée pour un dépistage massif, parce qu’attendre 24-48 heures, c’est absolument impossible, et cela donne trop de faux négatifs.

Le test sérologique 

De quoi s’agit-il ?

G.K. : On fait une prise de sang. Soit une vraie prise de sang, et le prélèvement part alors au laboratoire pour analyse. Soit au bout du doigt, avec un test rapide. Ces tests de sérologie permettent de mettre en évidence les anticorps. Cela veut dire que vous avez été en contact avec le virus. Avec ces tests sérologiques, on n’est plus du tout sur la question contagieux-pas contagieux, portage ou pas portage. On est sur : « Vous avez été en contact, vous êtes immunisé, oui ou non ». Si vous êtes immunisé, à ce moment-là vous pouvez sortir sans problème. Vous ne rattraperez pas le virus, parce que vous êtes immunisé, et donc, protégé. Si vous n’êtes pas protégé, vous risquez d’attraper le coronavirus.

Combien de temps faut-il pour avoir un résultat avec ces tests sanguins ?

G.K. : Avec les tests sérologiques, les résultats sont disponibles en 15 minutes. Donc c’est relativement simple à faire. Les Etats-Unis ont homologué des tests, en France nous en avons aussi norme CE [conformité européenne – N.D.L.R.]… La question est de savoir si ces tests seront faits en laboratoire de biologie, en pharmacie, ou n’importe où d’ailleurs. On peut imaginer faire ce genre de tests au bout d’une rue.

Le test sanguin est-il utile pour un dépistage massif ?

G.K. : Tester les anticorps est possible pour un dépistage massif. Mais le problème des anticorps, c’est qu’ils ne disent pas si vous êtes contagieux ou pas. Ils indiquent simplement si vous avez déjà été contaminé ou pas. La présence d’anticorps marque le fait que vous avez été en contact avec le virus. Ces tests peuvent rentrer dans une stratégie de sortie du confinement.

À quoi est donc lié le déconfinement ?

G.K. : On ne peut pas faire un seul test. Le test sérologique OK, mais il faut aussi le test de portage (PCR). Il faut coupler les deux, sinon ça n’a pas vraiment d’intérêt. Le déconfinement est lié à un portage négatif (si vous êtes porteur du virus, vous rentrez chez vous) et/ou une sérologie positive (si vous êtes protégé, il n’y a pas de problème). Enfin, troisième chose, il faut un masque pour tout le monde. Si vous êtes porteur, on ne peut pas prendre le risque, donc on met un masque à tout le monde.

Une fois remis de la maladie, est-on immunisé contre le coronavirus ?

G.K. : Oui, immunité acquise a priori [une étude parue dans Nature medicine le 16 mars 2020 sur le cas d’une patiente chinoise semble montrer l’existence d’anticorps chez les personnes présentant des symptômes légers et modérés de la maladie – N.D.L.R.]. Le plasma de patients convalescents est même maintenant utilisé comme traitement.

(1) Coronavirus – Comment se protéger ? de Gérald Kierzek (éditions Archipoche), 89 pages, 3,50 euros (format «papier»), 2,99 euros (format numérique). Les droits sont reversés à l’Institut Pasteur.

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