jeudi 19 mai 2022
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Soins esthétiques : gare aux faux praticiens sur la Côte d’Azur

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Les experts en chirurgie esthétique doivent-ils mieux communiquer  ? À l’occasion du 20ème salon Aesthetic & anti-aging medecine world congress (AMWC) au Grimaldi forum, du 31 mars au 2 avril 2022, le docteur Philippe Kestemont, spécialiste en médecine et en chirurgie esthétique, a appelé ses confrères à mieux utiliser les réseaux sociaux, pour réduire l’influence des faux professionnels.

Tous sur Instagram ! Face à la prolifération de faux praticiens qui réalisent des soins esthétiques à des patientes et patients peu regardants, le docteur Philippe Kestemont, spécialisé en médecine et en chirurgie esthétique, a appelé ses confrères à se montrer sur les réseaux sociaux. Ce docteur, qui est intervenu lors d’une conférence donnée à l’occasion du 20ème salon Aesthetic & anti-aging medecine world congress (AMWC) au Grimaldi forum [à ce sujet, lire notre encadré — NDLR], estime en effet que les professionnels de santé devraient assurer une veille sanitaire sur Internet.Objectif : débusquer les mauvaises pratiques, et surtout montrer les bonnes : « Les réseaux sociaux sont encore boudés et méprisés par les confrères. Or, on laisse le champ libre à des personnes malhonnêtes, car une chaise vide ne le reste jamais bien longtemps. C’est même notre mission de le faire. Car l’article 12 du code de déontologie précise bien que l’éducation sanitaire est un devoir du médecin. »

© Photo AMWC

« Nous faisons face à une génération « selfie », narcissique, à la recherche de modèles référents, d’influenceurs, qui imposent les tendances et font émerger de nouveaux standards de beauté. La médecine esthétique prend naturellement une importance considérable dans la gestion de cette image »

Philippe Kestemont. Docteur, spécialiste en médecine et en chirurgie esthétique

« Injecteurs auto-proclamés »

Selon ce médecin, les adolescents et les jeunes adultes se sont totalement imprégnés des réseaux « Instagram, Facebook, Twitter et TikTok », tant sur le plan personnel, professionnel, qu’émotionnel. Et, parmi eux, Instagram sortirait du lot, par une mise en perspective de l’image de soi, avec ou sans filtre : « Nous faisons face à une génération « selfie », narcissique, à la recherche de modèles référents, d’influenceurs, qui imposent les tendances et font émerger de nouveaux standards de beauté. La médecine esthétique prend naturellement une importance considérable dans la gestion de cette image », note-t-il ainsi : « Malheureusement, en banalisant un acte médical, cette nouvelle génération de consommateurs d’esthétique a favorisé l’émergence d’injecteurs auto-proclamés, sans formation, ni diplômes, qui ont réussi à créer un réseau de « cosmétologues » totalement frauduleux, diffusés par des influenceurs recruteurs rémunérés. » Les complications de ces actes médicaux, pratiqués sans aucune habilitation, seraient donc désormais légion. Et ils s’accompagnent parfois de conséquences graves, de la simple allergie au produit, à la nécrose cutanée. « Ces accidents sont relativement fréquents du fait du nombre croissant des actes. Ils se produisent en dehors du circuit de prise en charge rapide, et de couverture par une assurance, de soins adaptés. Il apparaît urgent de réorienter les patients vers des structures professionnelles, garantissant de bonnes pratiques, la sécurité des actes, et la gestion des éventuelles complications. »

© Photo Clément Martinet / Monaco Hebdo.

« De nombreuses patientes refusent de porter plainte, car elles culpabilisent d’avoir eu recours à ce type de praticiens. Et parfois, elles sont proches du praticien. Donc elles ne veulent pas lui causer de problème en déposant plainte. Le pire, c’est qu’elles n’ont économisé que 20 à 30 euros pour leur injection »

Philippe Kestemont. Docteur, spécialiste en médecine et en chirurgie esthétique

Peu de plaintes

Le problème, c’est que ces accidents n’aboutiraient que trop rarement vers des actions en justice : « Certes, la loi prévoit l’exercice illégal de la médecine. Mais, très souvent, ces faux médecins disparaissent dans la nature, car ils exercent, par exemple, dans un appartement loué à Cannes, ou dans ses alentours. De nombreuses patientes refusent de porter plainte, car elles culpabilisent d’avoir eu recours à ce type de praticiens. Et parfois, elles sont proches du praticien. Donc elles ne veulent pas lui causer de problème en déposant plainte. Le pire, c’est qu’elles n’ont économisé que 20 à 30 euros pour leur injection. » Pourtant, le secteur de l’esthétique a bien évolué depuis vingt ans selon le docteur Kestemont, notamment avec l’amélioration du profil de sécurité des produits injectables, ainsi que dans le développement de formules aux propriétés spécifiques, capables de répondre à des indications infiniment plus précises. En parallèle, le champ d’intervention des praticiens s’est aussi élargi, grâce à ces nouvelles références, mais aussi grâce aux outils de formation, comme les cours de dissections dispensés par des chirurgiens : « En facilitant l’acquisition de connaissances anatomiques approfondies, ils ont permis de rendre les techniques d’injections plus sûres, et d’accéder à des zones plus délicates. Nous sommes ainsi passés du basique remplissage des rides et des creux, aux traitements “full face” qui préservent l’harmonie du visage. Aujourd’hui, il est également possible de corriger des défauts, qui auraient autrefois nécessité un acte chirurgical, voire même d’intervenir sur certaines zones corps. » Mieux vaut donc ne pas aller voir ailleurs, on l’aura compris.

© Photo Clément Martinet / Monaco Hebdo.

Des « awards » pour les 20 ans du salon AMWC

Il ne fait pas son âge. Le salon Aesthetic & anti-aging medecine world congress (AMWC) organisait sa vingtième édition, du 31 mars au 2 avril 2022. Toujours supervisé par l’aesthetic multispacialty society (AMS), une société médicale moderne créée pour rassembler et fédérer tous les acteurs de l’esthétique médicale, mais aussi pour promouvoir l’éducation et le partage des connaissances de ses membres. Ce salon attire plus de 12 000 participants, originaires de plus de 130 pays. Tout comme en 2021, l’AMWC a été organisé de façon hybride, permettant à des participants de partout dans le monde d’assister aux conférences virtuellement, sur une plateforme adaptée. « Depuis la création en 2003, nous avons toujours considéré que chaque participant, quel qu’il soit, était un acteur du succès de l’AMWC. Nous leur sommes reconnaissants pour leur fidélité, leur enthousiasme, et même pour leurs remarques et critiques constructives, qui nous ont permis de nous améliorer d’année en année. Nous pensons donc que chacun d’entre eux doit être mis à l’honneur, qu’ils soient praticiens débutants ou confirmés, orateurs renommés, ou moins connus. Ou encore, acteurs de l’industrie esthétique et anti-âge », a déclaré Christophe Luino, cofondateur de l’AMWC avec Catherine Decuyer. Nouveauté cette année, le salon les AMWC Aesthetic Awards qui récompensaient les meilleurs cas cliniques présentés par des praticiens internationaux dans dix catégories, et les meilleurs produits de l’industrie dans douze catégories. Quantificare, Softil, Merz aesthetics, Allergan aesthetics, Dexlevo, Deka, Alma Lasers, BTL aesthetics et Aptos figurent parmi les vainqueurs.

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