
Comme en France, les autorités sanitaires monégasques ont mis en place des mesures pour assurer le retrait des prothèses mammaires PIP. 90 patientes opérées au CHPG sont concernées. Coût de la prise en charge pour les caisses sociales?: 270?000 euros.
Epargné par l’affaire du Mediator, Monaco n’a cette fois-ci pas échappé au scandale sanitaire des prothèses PIP. Depuis plus d’un mois, pas un jour ne passe sans son lot de révélations fracassantes sur les méthodes peu scrupuleuses de l’entreprise varoise Poly Implant Prothèse (PIP). Cette société française fondée en 1991 à la Seyne-sur-Mer, mise en liquidation judiciaire en mars 2010, est désormais dans le collimateur des autorités sanitaires mondiales. Et pour cause. Pas moins de 400?000 à 500?000 femmes pourraient être concernées dans le monde. Alors qu’en France 30?000 porteuses ont été appelées à retirer ces implants mammaires frauduleux « à titre préventif », à Monaco, au niveau du CHPG, ce sont 90 patientes qui sont concernées. Selon un dernier bilan effectué début janvier 2012 par la DASS, un seul cas de rupture de prothèse a été constaté en Principauté. Et sur ces 90 patientes, 17 d’entre-elles ont d’ores et déjà fait l’objet d’une explantation (1). « Concernant les 73 patientes restantes, les échéances de traitement dépendent de la volonté des patientes. Les deux chirurgiens qui ont posé des prothèses PIP ont écrit et téléphoné à toutes les patientes pour les inviter à prendre contact avec elles », précise-t-on à la DASS(2).
Prise en charge
Qu’il s’agisse de chirurgie esthétique ou reconstructrice, les opérations de retrait et de reconstruction mammaire seront totalement prises en charge par l’assurance maladie pour toutes les patientes. Les autorités monégasques ont ainsi décidé d’aller au-delà de la France puisque chez nos voisins, la pose de nouvelles prothèses pour les cas de chirurgie esthétique est à la charge des patientes (3). « Les femmes concernées subissent déjà un traumatisme psychologique grave, qui justifie la prise en charge dans tous les cas, d’une nouvelle prothèse. D’autre part, le coût d’une telle mesure est limité vu le nombre réduit de patientes dans cette situation », a en effet justifié le conseiller de gouvernement aux affaires sanitaires et sociales Stéphane Valeri. Ainsi, les frais médicaux et chirurgicaux liés à l’explantation (à savoir, échographies, analyses, retrait de l’implant ou encore examens de contrôle post-opératoire) et les frais inhérents à la pose d’une nouvelle prothèse seront donc totalement pris en charge par les caisses monégasques. Une campagne qui aura donc un coût. Selon la DASS, en retenant la fourchette haute, le coût global des interventions d’ablation/remplacement des prothèses pour les 90 patientes concernées, peut être évalué à 270?000 euros.
A qui la faute??
Alors qu’en France plus de 2000 plaintes ont d’ores et déjà été déposées devant le parquet de Marseille, à Monaco « aucune plainte n’a été enregistrée à ce jour », selon Philippe Narmino, le directeur des services judiciaires. Tout l’enjeu est désormais de déterminer les responsabilités de chacun dans ce scandale sanitaire. Ni l’entreprise varoise, ni les autorités de contrôles, ni les chirurgiens, ni les fournisseurs ne semblent prêts à endosser la responsabilité. Sur le banc des coupables potentiels, c’est évidemment le fondateur de PIP, Jean-Claude Mas, visé en France par deux enquêtes judiciaires « pour tromperie aggravée » et « blessures et homicide involontaires » qui est première ligne. « En matière de responsabilité juridique des chirurgiens ou des établissements dans lesquels les actes chirurgicaux ont été réalisés, à ce jour, en France, aucune condamnation n’est encore intervenue malgré des plaintes de patientes. Il appartiendra éventuellement aux tribunaux de se déterminer mais il apparaît que la responsabilité du fabricant de prothèse sera prioritairement recherchée », indique-t-on simplement du côté des autorités monégasques. Contacté par Monaco Hebdo le chirurgien spécialisé en chirurgie carcinologique mammaire et en chirurgie plastique reconstructrice et esthétique au CHPG n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet. Motif invoqué?: « La société française de chirurgie plastique interdit aux chirurgiens de communiquer de façon individuelle sur les prothèses PIP. »
Devoir d’information
En tout cas, en France, plusieurs d’entre-eux ont d’ores et déjà été assignés en justice pour « manquement à leur devoir d’information. » Une vingtaine de dossiers seraient en cours d’instruction. Me Laurent Gaudon, avocat marseillais qui suit de près ce dossier et qui compte attaquer certains praticiens, a expliqué à la presse que les chirurgiens ne pouvaient ignorer que les implants PIP « étaient fragiles. » Comme dans l’affaire du Mediator, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFFSAPS) est également pointée du doigt. Un de ses portes-paroles a pourtant décliné toute responsabilité en indiquant à la presse que, contrairement aux médicaments, les dispositifs médicaux — tels que les pansements, les seringues, les prothèses ou encore les appareils d’imagerie — ne sont pas soumis à une procédure d’autorisation de mise sur le marché. La surveillance est opérée par un organisme choisi par le fabricant. Et c’est ce même organisme qui est chargé de certifier la qualité de ses produits. Pour la société PIP, c’est la société allemande Tüv Rheinland qui avait la charge de surveiller la production, via un audit annuel mené dans l’établissement.



