Pour surveiller son poids, son insuline ou sa grossesse, les applications santé se multiplient. Les médecins s’inquiètent des dérives de gadgets pas toujours fiables. Aux USA, les autorités de santé tentent de réguler ce marché de 400 millions de dollars…
Vous voulez surveiller votre grossesse en direct, vous initier au Pilates ou mesurer votre taux d’insuline en un clic ? Dégainez votre Smartphone et téléchargez l’appli qui vous convient ! Rien que sur l’Apple Store, elles seraient aujourd’hui 13 700 à prendre soin de votre poids, votre bien-être ou votre santé. Il y a « My baby’s beat », qui permet aux futurs parents d’écouter les battements de cœur de leur bébé pendant la grossesse, « Réveil intelligent », qui étudie tout seul vos cycles de sommeil pour vous réveiller au moment le plus opportun ou « WomanLog », qui calcule les meilleurs jours du mois où tomber enceinte en fonction de vos cycles… A moins que vous ne préféreriez un programme de coaching fitness avec le « personal trainer » de Rihanna (best-seller des ventes d’appli aux USA) ou que vous attendiez les futures applications qui devraient permettre de faire des tests express de dépistage VIH à partir de son téléphone et d’une goutte de sang prélevée sur le doigt (c’est déjà possible pour la malaria)…
Jungle de gadgets
S’il représente un joli pactole de 400 millions de dollars de chiffre d’affaires, ce marché des « coachs santé » téléchargeables sur son Smartphone inquiète de plus en plus les experts. En cause ? Le risque pour les usagers de se perdre dans une jungle de gadgets pas forcément utiles et surtout pas toujours fiables. Pour preuve : en 2012, alors que 88 % des Américains possèdent leur Smartphone, seuls 10 % ont téléchargé des applications santé. Faute de garanties le plus souvent… L’enjeu est d’autant plus important que si 53 % de ces applications concernent des programmes de régimes, fitness ou relaxation, les 47 % restant proposent des services médicaux qui peuvent se révéler très utiles pour le quotidien de patients atteints de maladies chroniques : mesures d’indicateurs clés transmis directement au médecin, aide à la prise de médicaments ou à l’amélioration de l’hygiène de vie. Au printemps dernier, l’autorité de santé britannique — la NHS, a même demandé officiellement aux médecins de sa gracieuse majesté de recommander des applications à leurs patients, en plus des traditionnelles ordonnances. Aux USA, une application (mRx) permet également depuis août aux médecins de prescrire… des applications ! Le programme fournit un catalogue d’applications en fonction des types de symptômes, et permet d’envoyer des rappels aux patients pour vérifier qu’ils ont bien installé le programme indiqué…
Evaluation
Moins que le développement de l’offre, la question est donc plus celle de la régulation permettant de cibler les applications à visée médicale qui peuvent vraiment s’inscrire dans un cadre de prise en charge. Difficile pour des autorités de santé habituées à évaluer des traitements médicaux et pas forcément à l’aise pour jauger la pertinence de programmes de coaching pour téléphones portables ! Aux Etats-Unis, la FDA (Food and drug administration), en charge de la régulation des marchés de la santé, a d’ores et déjà « autorisé » une douzaine d’applications pour usage médical. Problème : les procédures de validation complexes issues du monde du médicament obligent à un délai moyen de plus de six mois d’attente. Soit le temps pour l’application d’être dépassée ! Il y a quelques semaines, la FDA a annoncé proposer d’ici à la fin de l’année de nouvelles directives qui devraient permettre d’évaluer et référencer plus rapidement ces programmes pour Smartphones. Avec à terme la possibilité pour les médecins de gérer leurs « prescriptions d’applis ». En Europe aussi, la question se pose — certains éditeurs réclamant déjà des remboursements pour certaines applications liées à la prise en charge de malades chroniques. A suivre…



