Un jeune franco-brésilien a été condamné à deux ans d’emprisonnement ferme, le 6 juin dernier, après avoir commis un viol digital dans les toilettes d’un établissement de nuit en août 2011.
Attouchements consentis ou viol?? Telle est la question qui a alimenté les trois jours de l’audience criminelle, du 4 au 6 juin dernier. Trois jours de débats à l’atmosphère parfois pesante, marqués par les propos très crus sur la pratique du sexe, tenus par des témoins issus de la génération 90. Si crus que la présidente a dû leur définir certains termes plus suggestifs (faire la cour, gâterie,…) et demander à ce que les gestes ne soient pas mimés. Trois jours entrecoupés aussi de vraies-fausses passes d’armes entre la défense soutenue par Mes Michel et Dogo et le parquet représenté par Jean-Jacques Ignacio. Seize témoins ont été entendus à la barre. Les jurés ont tranché. L’accusé, franco-brésilien âgé de 20 ans, a été reconnu coupable d’un viol digital sur la plaignante, française d’origine togolaise âgée de 22 ans. Les faits se sont produits dans la nuit du 26 au 27 août 2011, dans les toilettes d’un bar-restaurant du port, également très fréquenté en tant qu’établissement de nuit.
Ce soir-là, le garçon, commis de salle, est de service. La jeune femme se déhanche sur la piste de danse. Tous deux alcoolisés, ils dansent ensemble avant de flirter dans le local technique de l’établissement. Le Franco-brésillien glisse sa main dans le short de sa partenaire, qui le repousse tout en continuant de le caresser et de l’embrasser. La scène se poursuit dans les toilettes des hommes. C’est là que les versions ont divergé lors du procès. La plaignante a dit y avoir été « entraînée de force ». L’accusé a rétorqué qu’il ne l’avait « pas forcée », concédant qu’il n’avait « pas été très gentleman ». Il a reconnu l’avoir pénétré avec ses doigts une fois enfermés dans les toilettes, assurant que la victime l’avait « aidé » à retirer son short et son string. De son côté, la jeune femme, qui était en fin de règles au moment des faits, a déclaré avoir manifesté « son refus de tout acte sexuel ». « C’était pour l’exciter, lui donner du plaisir. Je voulais faire l’amour avec elle. Je pensais qu’elle aussi. Ce n’était que des préliminaires. Elle n’a pas vraiment dit non », s’est défendu le jeune homme. « Deux doigts dans le vagin, c’est déjà une relation sexuelle », lui a rappelé la présidente Catherine Mabrut. Le jeune homme demande ensuite une fellation à la plaignante, qui refuse net. Il se rhabille et attend la « victime », à la demande de celle-ci, avant de sortir des toilettes. Elle lui fait une bise sur la joue tandis qu’il lui signifie que leur relation s’arrête là. La jeune femme retourne en pleurs dans la salle, indiquant avoir été violée à « des connaissances ». Des doutes subsistaient dans le dossier. Quelques jours après sa plainte, la victime s’est notamment scarifiée en inscrivant les initiales de son agresseur sur un bras pour l’« avoir en elle ». Un témoin de la défense s’est emporté en établissant une comparaison avec l’affaire DSK. « C’est comme DSK avec Nafissatou Diallo. Il est accusé alors qu’il a rien fait. Vous savez qu’aux Etats-Unis, les hommes veulent même plus prendre l’ascenseur avec les femmes. Ils ont peur », a-t-il déclaré, s’érigeant en avocat de la condition masculine, avant d’être remis en place par la présidente. Le même qui, plus tard, a indiqué que « si on ne peut plus aller voir de filles, il faut retourner au temps de l’Inquisition ». Un autre témoin a estimé « humain », qu’un salarié ait une relation sexuelle avec une cliente dans les toilettes de l’établissement qui l’emploie et rapporté de sordides ragots sur la plaignante.
« Une injure aux véritables accusations de viol »
« L’accusé a commis un préjudice important envers ma cliente et n’a jamais montré la moindre compassion à son égard. Je dénonce aussi certains témoignages insupportables où l’on est venu faire part de rumeurs infondées à la barre. On a sali la partie civile », a plaidé Me Campana, réclamant 20?000 euros de dommages et intérêts. L’avocat général a requis trois ans de prison ferme. « Avec deux doigts, un doigt, un demi-doigt, c’est un viol. C’est le terme de la loi. Je ne vous demande pas de foutre sa vie en l’air mais de le condamner à une peine de réflexion », a-t-il déclaré. « Il n’y a eu ni contrainte, ni violence, ni surprise. Si elle n’était pas d’accord, pourquoi n’est-elle pas partie?? Ce dossier est une injure aux véritables accusations de viol. On ne fait pas la bise à son violeur après une monstruosité pareille. La partie civile n’est pas crédible », a plaidé Me Michel, citant l’affaire d’Outreau. « Il est coupable de quelque chose qui n’est pas pénalement sanctionnable. De ne pas avoir compris les sentiments que cette fille avait pour lui », a-t-il ajouté. Au final, le franco-brésilien, en détention provisoire depuis neuf mois, a écopé de deux ans de prison ferme et 10?000 euros de dommages et intérêts.



