vendredi 17 avril 2026
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Négociations Monaco - UE — Objectif Monaco : « Beaucoup de membres estiment qu’un double discours est tenu par le gouvernement »

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Créée en février 2023, l’association Objectif Monaco revendique 700 membres et réclame davantage de transparence autour des négociations entre Monaco et l’Union européenne, en vue d’un éventuel accord d’association. Membres du bureau d’Objectif Monaco, Fabien Deplanche, Stéphane Garino et Thomas Giaccardi ont répondu aux questions de Monaco Hebdo. Interview.

Alors que les négociations entre Monaco et l’Union européenne (UE) ont débuté en mars 2015, pourquoi créer cette association huit ans après ?

L’idée de la création de cette association est née à la suite de la publication dans Monaco-Matin d’un article dans lequel le gouvernement de Monaco et les négociateurs européens annonçaient qu’un accord devrait être signé à la fin de l’année 2023. Cette annonce, alors que depuis plusieurs années aucune communication n’était intervenue concernant cet accord avec l’UE, a surpris de nombreuses personnes. Le manque de transparence dans les débats est d’autant plus dommageable, que l’impact d’un accord avec l’UE pour les Monégasques, ses résidents et les acteurs économiques, est majeur. Il entraînerait un bouleversement au sein de la principauté. La sauvegarde de ses spécificités est primordiale, pour ne pas sacrifier les générations futures de Monégasques, et conserver la vitalité de notre économie.

Qui compose le bureau de cette association ?

Le bureau est composé d’acteurs économiques, venant de différents secteurs professionnels.

En quatre mois d’existence, vous avez attiré combien de membres et quel est le profil de vos adhérents ?

Aujourd’hui, l’association compte plus de 700 adhérents venant d’horizons divers : acteurs économiques, syndicats professionnels, Monégasques, résidents, mais aussi salariés qui s’interrogent sur l’avenir de la principauté.

Fabien Deplanche Objectif Monaco
Fabien Deplanche © Photo DR

Une majorité de vos membres sont opposés à un accord ? 

Aujourd’hui, il n’est pas exact d’affirmer qu’une majorité de nos membres est opposée à un accord. L’ensemble de nos membres considère plutôt qu’en l’état de l’opacité sur les négociations et sur le contour de l’accord, il est difficile d’avoir une position éclairée. La volonté de tous est d’obtenir de vraies informations sur la portée des engagements. Les membres de l’association considèrent que les lignes rouges fixées par le prince Albert II, à savoir notamment le maintien du critère de nationalité, de la priorité nationale, des contrôles des installations des résidents et des activités économiques en principauté, permettent d’assurer la pérennité de notre modèle économique et social.

« Notre association a mandaté un cabinet international pour faire réaliser une étude d’impact sur les conséquences négatives et positives d’un éventuel accord. Cette démarche qui, à notre connaissance, n’a jamais été effectuée par le gouvernement monégasque, nous semble indispensable pour avoir une approche pragmatique »

Comment vous situez-vous politiquement ?

Nous n’avons aucun lien avec le Conseil national, et l’association se considère comme un mouvement apolitique, qui a pour vocation de rassembler Monégasques, résidents et salariés.

Quelles sont vos attentes par rapport à ces négociations entre Monaco et l’UE ?

La première attente de l’association est que le gouvernement, comme l’a incité le souverain dans sa récente interview, fasse preuve de transparence et de communication. Notre association a d’ores et déjà mandaté un cabinet international pour faire réaliser une étude d’impact sur les conséquences négatives et positives d’un éventuel accord. Cette démarche qui, à notre connaissance, n’a jamais été effectuée par le gouvernement monégasque, nous semble indispensable pour avoir une approche pragmatique.

Comment garantir l’indépendance et le sérieux de votre étude d’impact ?

Nous avons fait le choix d’un institut dont la probité et le sérieux sont incontestables, étant l’un des meilleurs instituts mondiaux en matière d’étude d’impact.

Promise par le gouvernement, une étude sur les conséquences d’un accord, ou d’un non-accord, entre Monaco et l’UE, devrait voir le jour : pourquoi cela ne vous suffit-il pas ?

Nous demeurons dans l’attente de la publication de cette étude. Mais tant la mission donnée à l’institut en charge de l’étude, à savoir l’analyse sur les conséquences d’un non-accord, dont l’intitulé exact est « les conséquences d’un éventuel échec des négociations », que les personnes proeuropéennes qui ont réalisé cette étude, suscitent un certain scepticisme.

En tant qu’association, votre avis peut être au mieux consultatif : ne craignez-vous pas de ne pas être écoutés ?

Nous estimons que chaque institution doit rester à sa place. Notre association est un organe de réflexion et de partage d’informations. Il n’a pas d’autre vocation.

S’il n’y a pas d’accord avec l’Union européenne, vous serez satisfaits ?

Nous ne sommes pas du tout contre un accord avec l’UE. Mais celui-ci ne doit pas intervenir à tout prix. Il doit respecter nos spécificités et notre population, et être garant de la pérennité de nos modèles.

Thomas Giaccardi Objectif Monaco
Thomas Giaccardi © Photo DR

Sans accord avec l’UE, certains secteurs, comme l’agroalimentaire, l’industrie, la pharmacie, la chimie, l’assurance, ou le transport, notamment, vont continuer de souffrir ?

L’approche globale doit être menée pour faire une balance sur les conséquences positives, ou négatives, d’un accord ou d’un non-accord. Les secteurs que vous visez sont peu, ou pas, développés à Monaco. On pourra évoquer, par exemple, le domaine de l’agroalimentaire qui n’a pas vocation, en l’état de l’exiguïté de notre territoire, à pouvoir se développer. De par l’accord avec l’UE, avec les règles de concurrence applicables, notamment interdiction de subventions directes et indirectes, d’autres secteurs pourraient voir leur prospérité remise en cause. Même pour ces secteurs qui peuvent avoir un intérêt à avoir un accès facilité au marché unique, il existe un revers de la médaille, que l’on retrouve dans les avantages de leur implantation à Monaco, et leur accès au modèle économique et social existant.

« Aujourd’hui, personne n’a jamais répondu à la question simple de la reprise, ou non, de l’acquis communautaire, ce qui signifie savoir si l’ensemble des lois et des règlements européens seront, ou pas, applicables à Monaco. Partager ce type d’information ne nuit en rien au secret des négociations »

En cas d’accord avec l’UE, quelle sera votre réaction ?

Encore une fois, la question n’est pas d’aboutir absolument à un non-accord. Nous serons satisfaits si la finalité est de conserver le modèle historique et actuel de la principauté, qui lui a permis de résister avec exemplarité depuis des décennies aux crises successives, bien mieux que d’autres pays. Cela est une chance unique, qu’il est fort utile de rappeler.

Le prince Albert II a répété qu’il avait tracé un certain nombre de « lignes rouges » et que, si elles sont franchies, aucun accord ne sera signé avec l’UE : c’est une garantie suffisante ?

Nous tenons à rappeler l’attachement et le dévouement sans faille de tous nos membres au souverain, ainsi qu’à toute la famille princière. Nous sommes convaincus que son action n’a pour seul objectif la prospérité et la préservation de Monaco. Pour autant, cela ne nous empêche pas d’examiner avec précision le contenu des négociations menées par le gouvernement princier, pour rappeler justement sans cesse que le but est de ne pas franchir les lignes rouges définies par le souverain, qui font le succès de notre modèle, qui nous est cher, et pour lequel nous sommes rassemblés au sein d’Objectif Monaco.

Quels sont les sujets qui vous inquiètent le plus dans les négociations ?

Ce qui nous inquiète le plus aujourd’hui c’est que la population et les acteurs économiques sont tenus dans une totale ignorance sur l’évolution de ces négociations. Par exemple, aujourd’hui, personne n’a jamais répondu à la question simple de la reprise, ou non, de l’acquis communautaire, ce qui signifie savoir si l’ensemble des lois et des règlements européens seront, ou pas, applicables à Monaco. Partager ce type d’information ne nuit en rien au secret des négociations, mais constitue une information que le peuple monégasque et les acteurs économiques sont en droit d’avoir.

« Les quatre piliers de l’UE appliqués strictement, notamment si l’ensemble de l’acquis communautaire était applicable, nous semblent difficilement conciliables avec les lignes rouges fixées par le souverain »

Les résultats de cette étude seront communiqués quand, comment, et à qui ?

Notre association est à la disposition de tous, et notre étude sera, bien entendu, partagée avec l’ensemble des adhérents de l’association, et l’ensemble de la population.

Le Conseil national veut aussi lancer son étude d’impact : autant d’études, cela ne risque-t-il pas de finir par brouiller le débat ?

Bien au contraire, nous estimons que toute étude est de nature à enrichir les débats. Eu égard aux enjeux de la principauté de Monaco, cela nous semble indispensable.

Stéphane Garino Objectif Monaco
Stéphane Garino © Photo DR

Ne craignez-vous pas de scinder Monaco en deux : ceux qui ont intérêt à ce qu’un accord soit signé, et ceux qui y sont opposés ?

La vocation de l’association est de donner des réponses et des outils pour permettre à chacun de se faire son opinion.

Avec ou sans accord, est-il vraiment possible de gagner sur tous les plans ?

A ce jour, il ne nous est pas possible de répondre à cette question, dans la mesure où aucun élément sur les négociations n’a été partagé. Il nous semble que la signature d’un accord doit nécessairement amener à plus de positif. Sinon quel est l’intérêt de signer un tel accord ? Les fondamentaux du modèle monégasque doivent être préservés, pour garantir la pérennité de Monaco. Et là, tout le monde sera gagnant.

Les quatre piliers de l’UE, que sont la libre circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes sont-ils conciliables avec l’ADN et le modèle monégasque ?

Nous ne pouvons que nous inscrire dans la ligne de notre souverain, qui a rappelé à plusieurs reprises nos « lignes rouges ». Les quatre piliers de l’UE appliqués strictement, notamment si l’ensemble de l’acquis communautaire était applicable, nous semblent difficilement conciliables avec les lignes rouges fixées par le souverain. Cette contradiction a aussi motivé la création de cette association, puisque beaucoup de membres estiment qu’un double discours est tenu par le gouvernement : à savoir la signature d’un accord qui reprendrait les quatre piliers de l’UE, et le respect des lignes rouges. Ce qui nous semble difficilement conciliable.

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