La Monaco Ocean Week s’est conclue le 25 mars 2023. Dans cette édition très dense, on retiendra particulièrement l’annonce par la fondation prince Albert II du lancement d’un fonds d’investissement pour protéger les océans, ReOcean Fund, avec l’appui de Monaco Asset Management. Et les conclusions d’une étude inédite sur la pollution plastique.
Si la programmation de cette Monaco Ocean Week était riche [voir notre encadré par ailleurs — NDLR], c’est au cœur de cet événement que la fondation prince Albert II a décidé de présenter son projet Re.Ocean Fund. Ce fonds d’investissement privé a pour objectif de soutenir des entreprises innovantes qui s’attaquent aux principales sources de pollution des océans et qui protègent les écosystèmes marins. « Ce fonds d’investissement privé soutient l’objectif 14 de développement durable — vie aquatique. Ce dernier fait partie des 17 objectifs de développement durable adoptés en 2015 par l’Assemblée générale des Nations Unies, et a pour ambitions de conserver et d’exploiter de manière durable les océans, les mers, et les ressources marines », rappelle la fondation prince Albert II dans un communiqué de presse, avant de préciser : « ReOcean Fund a pour but de catalyser la prochaine génération d’innovations océaniques, afin de soutenir la transition vers une économie durable, régénérative, et plus équitable. Le fonds investira dans des entreprises innovantes à fort impact qui réduisent les principales sources de pollution des océans, transforment nos modes de production et de déplacement, protègent les écosystèmes marins. Il fournira également aux parties prenantes des données consolidées. »

Dans les océans, la pollution plastique qui représente 15 millions de tonnes par an, devrait grimper à 60 millions de tonnes par an d’ici 2050
Fonds
L’ambition est de parvenir à lever 100 millions d’euros, à injecter dans les dix prochaines années « pour catalyser la prochaine génération d’innovations océaniques, afin de soutenir la transition vers une économie nette zéro, régénératrice et plus équitable », indique la fondation prince Albert II sur son compte Instagram. « On s’est rendu compte que la philanthropie ne suffisait plus », a lancé le vice-président de la fondation prince Albert II, Olivier Wenden, à l’occasion de cet événement. Expliquant que seulement 1 % des flux financiers mondiaux sont consacrés à la préservation des océans, Olivier Wenden, a conclu que l’on était très loin du compte. En effet, selon ce principe, en 2019 ce sont 10 milliards de dollars qui ont été versés en faveur des océans, alors que les besoins sont estimés chaque année à 175 milliards de dollars. Le vice-président de la fondation prince Albert II a toutefois jugé que le moment était bien choisi pour lancer ce fonds d’investissement. De son côté, le fondateur et administrateur délégué de Monaco Asset Management, Anthony Torriani, s’est montré optimiste, estimant que « pour un investisseur il y a une perspective de bénéfices » et que « pour les océans il y a une perspective de solutions ». Pour bénéficier de ce fonds, les entreprises devront travailler sur l’un des cinq créneaux retenus par la fondation prince Albert II, à savoir : la recherche de solutions contre la pollution plastique, la transition écologique dans le transport maritime, la collecte de données pour mieux comprendre l’océan, la transformation des méthodes de pêche ou d’aquaculture vers des modèles durables, et enfin la restauration et la protection des écosystèmes marins. Un comité d’experts sera créé au sein de la fondation prince Albert II, afin d’analyser précisément les atouts des projets sur la biodiversité, sur l’environnement, ainsi que l’impact sur la vie des populations locales. Ces spécialistes auront la possibilité de refuser un dossier s’ils estiment qu’il pourra générer un, ou plusieurs, effets négatifs. Olivier Wenden, a jugé que « la création de ReOcean Fund s’inscrit dans la continuité des actions menées depuis de nombreuses années par la fondation prince Albert II pour promouvoir les entreprises les plus innovantes ayant un impact sur la sauvegarde de la vie sous l’eau ».
Le plastique provoque « des maladies, des déficiences et une mortalité prématurée à chaque étape de son cycle de vie, les répercussions sur la santé touchant de manière disproportionnée les communautés vulnérables, à faible revenu et minoritaires, en particulier les enfants »

Plastiques
Parmi les autres temps forts de cette Monaco Ocean Week 2023, une étude inédite sur le plastique. Réalisée par des experts issus notamment du Centre scientifique de Monaco, de la fondation Minderoo et du Boston College, ce document dévoile les risques que le plastique fait peser sur notre planète. Le plastique provoque « des maladies, des déficiences et une mortalité prématurée à chaque étape de son cycle de vie, les répercussions sur la santé touchant de manière disproportionnée les communautés vulnérables, à faible revenu et minoritaires, en particulier les enfants. Les produits chimiques toxiques ajoutés au plastique, et régulièrement détectés chez l’homme sont, entre autres, connus pour augmenter le risque de fausse couche, d’obésité, de maladie cardiovasculaire, et de cancer », souligne un communiqué de presse publié dans le cadre de la Monaco Ocean Week. Les océans sont très largement touchés par les plastiques : « Les micro et nanoparticules de plastique contaminent l’eau et les fonds marins, et entrent dans la chaîne alimentaire marine », précise ce même communiqué. Ces scientifiques invitent aussi à regarder du côté des conséquences pour nos systèmes de santé. Selon eux, aux Etats-Unis, pour l’année 2015, les « coûts liés aux maladies et aux invalidités causées par les produits chimiques associés au plastique polybromodiphényléther (PBDE), bisphénol A (BPA), et phtalate de di-2-éthylhexyle (DEHP) dépassaient les 920 milliards de dollars ». Uniquement pendant sa phase de production, le plastique serait à l’origine de dépenses de santé estimées à 250 milliards de dollars dans le monde en 2015. Les personnes qui extraient les matières premières nécessaires au plastique sont confrontées à une plus grande mortalité et à diverses maladies. Lors de l’étape suivante, dans les usines de fabrication de plastique, les salariés sont soumis à un plus grand risque « de leucémie, de lymphome, d’angiosarcome hépatique, de cancer du cerveau et du sein, de mésothéliome, de lésions neurotoxiques et de diminution de la fertilité ». Le constat est tout aussi alarmant pour les populations qui habitent à proximité des usines de production de plastique et d’élimination des déchets. Ils doivent faire face à « des risques accrus de naissance prématurée, de faible poids à la naissance, d’asthme, de leucémie infantile, de maladie cardiovasculaire, de maladie pulmonaire obstructive chronique et de cancer du poumon ».
Un traité international contre la pollution plastique
Si on regarde du côté des émissions de gaz à effet de serre, l’industrie du plastique émet 1,96 gigatonne de CO2 par an, ce qui représente une dépense annuelle de 341 milliards de dollars, d’après la mesure du « coût social » du carbone, réalisée par l’Agence de protection de l’environnement (EPA) américaine. Les auteurs de cette étude qui a réuni une cinquantaine de chercheurs pendant 18 mois, demandent donc à ce que « tous les polymères et produits chimiques soient soumis à des tests de toxicité avant d’entrer sur les marchés », ainsi qu’« une surveillance post-commercialisation ». Très présents dans la nature, et notamment dans les mers et dans les océans, les plastiques menacent les écosystèmes. La situation est alarmante, et la fabrication du plastique continue de monter en flèche. En vingt ans, entre 2 000 et 2020, la production mondiale de plastique a été multipliée par deux. Elle est désormais estimée à 460 millions de tonnes par an. A ce rythme, le milliard de tonnes par an pourrait être atteint d’ici 2050. A ce moment là, les émissions de gaz à effet de serre pourraient s’établir à 15 % des émissions mondiales. Dans les océans, la pollution plastique qui représente 15 millions de tonnes par an, devrait grimper à 60 millions de tonnes par an. Depuis novembre 2022, un traité international contre la pollution plastique est en discussion. Le 2 mars 2022, une résolution a été prise dans ce sens sous l’égide des Nations Unies, avec la rédaction d’un traité international juridiquement contraignant d’ici 2024. Les négociations ont donc débuté le 28 novembre 2022 à Punta del Este (Uruguay). C’était la première des cinq réunions du Comité intergouvernemental de négociation (CIN) programmées jusqu’en 2024. Les positions des différents pays ont commencé à se dessiner. Une cinquantaine d’Etats dont la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni se sont fixés pour objectif la fin de la pollution plastique d’ici 2040. Pour cela, il est question de mettre en place une économie circulaire soucieuse de l’environnement et de la santé humaine, de faire descendre la consommation et la production de plastique à des niveaux « soutenables », mais aussi de miser sur une gestion et un recyclage « écologiquement rationnel » des déchets plastiques. Si l’Union européenne (UE) a rejoint cette coalition, ce n’est pas le cas des Etats-Unis ou de la Chine. Le CIN pousse les pays à travailler sur la totalité du cycle de vie du plastique, c’est-à-dire depuis l’extraction des combustibles fossiles, jusqu’au recyclage. Mais cette position n’est pas du goût de certains pays, notamment les producteurs de pétrole comme l’Arabie saoudite, qui préfèrent concentrer leurs efforts sur la gestion des déchets en plastique et sur la pollution marine. Les discussions s’annoncent donc complexes, alors que la deuxième réunion du CIN se déroulera du 29 mai au 2 juin 2023.

Monaco Ocean Week 2023 : un programme dense
• La Monaco Blue Initiative a réuni de grands acteurs de l’océan autour de la question de la pêche durable, des aires marines protégées, de la restauration des écosystèmes marins, et de la mer Méditerranée.
• Le corail : présentation des résultats de trois missions menées en 2022-2023 par la Transnational Red Sea Center au nord du Golfe d’Aqaba, de Djibouti et du Soudan, ainsi que des plans d’actions pour préserver cette zone de corail du réchauffement climatique.
• Les algues : présentation de quelques acteurs de cette industrie, évocation de l’intérêt et des limites des fermes d’algues, ainsi que des nombreuses vertus et utilisations des algues.
• Les cétacés : l’Accord sur la Conservation des Cétacés de la Mer Noire, de la Méditerranée et de la zone Atlantique adjacente (ACCOBAMS) a permis d’aborder le problème de la collision des grands cétacés avec les navires. La plateforme NETCCOBAMS a aussi été présentée. Son objectif : mieux protéger les cétacés en Méditerranée et en mer Noire, en essayant d’éviter les collisions.
• Les baleines et les narvals ont été racontés dans le détail par des spécialistes.
• OIP Ocean Innovators Platform : les technologies de pointe et les solutions innovantes avec pour objectif de contribuer à préserver l’océan, les mers et les ressources marines de la planète.
• Runa Ray, créatrice de mode environnementaliste, a cherché à mobiliser autour de la protection des océans, avec son initiative baptisée « Ocean Flag ». Elle a aussi profité de la Monaco Ocean Week pour présenter des vêtements réalisés avec des textiles teintés à partir d’algues.
• Présentation par BeMed d’une méthodologie pour tendre « vers un hôtel zéro plastique à usage unique ».
1) Plus d’informations sur le site Internet.



