dimanche 19 avril 2026
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Mali : des investissements
et un conflit

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Les entreprises monégasques ayant une partie de leurs activités au Mali connaissent des situations différentes sur place.

«On attend. » Dans les analyses des dirigeants d’entreprises basées à Monaco et ayant investi au Mali, l’expression revient parfois. En mars 2012, deux d’entre eux, Edmond-Patrick Lecourt et Pascale Younes, respectivement administrateurs délégués de Savent Brokers et de Monaco Resources Group, nous confiaient que leurs projets, leurs activités sur place se poursuivaient et qu’ils étaient dans l’attente, déjà, d’une amélioration de la situation politique du pays. Le président du Mali, Amadou Toumani Touré venait d’être renversé par la junte militaire lors d’un putsch. Deux mois auparavant débutait le conflit opposant l’armée malienne à la rébellion touareg, soutenue par divers mouvements islamistes armés, pour le contrôle de l’Azawad, région communément appelée le Nord-Mali. Depuis, les rebelles ont gagné du terrain, proclamé l’Etat indépendant de l’Awazad en avril 2012 et surtout les mouvements islamistes ont pris le contrôle de la rébellion aux dépens des touaregs. Cette guerre est entrée dans une nouvelle phase le 10 janvier dernier. A cette date, les rebelles ont lancé une offensive leur ouvrant la voie vers la capitale, Bamako. Le président de transition du Mali Dioncounda Traoré a demandé assistance à son homologue français, François Hollande, qui, dès le lendemain, a envoyé des troupes, des blindés et des avions au Mali. A ce jour, 3 150 soldats ont été mobilisés dont 2 150 déployés au sol. Des villes du centre du pays ont été reprises aux islamistes. L’opération Serval suit son cours. La situation des activités des entreprises monégasques sur place varie. Pour la plupart, elles continuent. Pour d’autres, elles sont bloquées.

« Notre filiale contre vents et marées »
Monaco Resources Group, dont l’activité concerne les secteurs des minéraux et métaux, de l’agriculture et de l’énergie, avait signé deux permis de recherche dans le fer au Mali l’an dernier. L’entreprise avait fait partie de la délégation de la Chambre de développement économique rattachée au déplacement du prince Albert II en Afrique de l’Ouest (Mali et Burkina-Faso) en février 2012. « Rien n’a bougé. Nous n’avons pas développé ce projet. On attend », constate simplement Pascale Younes, administrateur délégué. La société de courtage et d’assurances Ascoma avait également pris part à cette mission de la CDE. Avec pour débouchés, la création de deux entreprises au Burkina-Faso, une d’assurance santé et une autre de courtage, ainsi que le projet d’ouverture d’une filiale d’Ascoma à Bamako. « Les négociations sont bien avancées. Notre filiale devrait ouvrir début février, il s’agira d’une petite structure », souligne le directeur général, Mathieu Dierstein. « Notre stratégie est entière. Il nous faut densifier notre maillage en Afrique subsaharienne. On aura notre filiale au Mali contre vents et marées. Il ne peut pas y avoir des trous dans notre couverture », développe-t-il.
Mercure International of Monaco (MIM), présidée par Adnan Houdrouge, demeure un autre acteur incontournable des liens entre Monaco et l’Afrique. En accompagnant Albert II en Afrique de l’Ouest, Adnan Houdrouge avait pour objectif de « développer dans la capitale de Bamako un centre commercial composé d’un supermarché et de magasins, sur le modèle de ceux qu’il possède et exploite à Dakar ou à Abidjan ». « Les contacts favorisés par cette mission de la CDE au Mali laissaient augurer d’une bonne probabilité de réalisation de ce projet, qui aurait été monté en partenariat avec des opérateurs ouest africains. Les troubles du deuxième trimestre dans la zone nord, le renversement d’Amadou Toumani Touré et la confusion persistante dans l’action des putschistes ne pouvaient que refroidir l’enthousiasme initial. Depuis lors, le projet est gelé », explique-t-on du côté de MIM. La société d’import-export et de distribution a pris des mesures pour « réorienter temporairement » ses capacités d’investissement sur la Côte d’Ivoire, rappelant que ce pays avait « connu des heures agitées » dans un passé récent. Un centre commercial y a ouvert ses portes fin 2012.

« Perte compensée »
Savent Brokers, société de courtage spécialisée dans l’exportation de matières premières alimentaires et de matériel industriel principalement à destination des pays africains, est implantée de longue date au Mali. « L’activité commerciale se poursuit mais les projets qu’on avait sont en stand-by. Nous en avions prévu dans la région où se concentrent les combats, donc nous n’allons pas démarrer une production agricole dans ce secteur. Nous attendons que ça se décante », indique Edmond-Patrick Lecourt. Et l’administrateur délégué de Savent Brokers d’ajouter : « Nous avons certes fait moins de chiffre d’affaires mais les autres pays dans lesquels nous sommes implantés se développent et compensent. Le Nord-Mali ne représente que 10 à 15 % de notre CA. » Monte-Carlo Fruit, sollicitée mais qui n’a pas donné suite à nos questions, fait aussi tourner l’agriculture du pays. Les mangues, papayes et goyaves qui constituent la base de ses concentrés, purées et jus sont cultivées dans des champs maliens. Mais la production n’est pas affectée, lesdits champs se trouvent dans la région de Sikasso, la plus au sud du pays.
Deux entreprises spécialisées dans le domaine des télécoms travaillent aussi au Mali, Monaco Telecom et la Sonema. En septembre 2012, le conseil des ministres maliens a octroyé officiellement la troisième licence téléphonique du pays à un consortium auquel l’opérateur monégasque était le partenaire technique. « Le déploiement devrait commencer quand les conditions politiques le permettront », signalait Monaco Telecom en octobre dernier. Quant à la Sonema, elle met en place des systèmes de télécommunications entre Monaco ou la France et un certain nombre de pays africains. Il s’agit de réseaux privés. Ses principaux clients sont des groupes bancaires. « L’installation se fait par l’intermédiaire de sociétés africaines, dont les personnels ont été formés par nos soins à Fréjus ou à Monaco », précise le directeur général de la Sonema, Gilles Datrier. Au Mali, elle travaille depuis dix ans avec l’entreprise Satlx It Services et compte 16 stations monitorées sur les 500 implantées en Afrique. Une seule se trouve en zone de guerre à Mopti. « Nous avons arrêté cette station car nous devions faire une intervention dessus. Nous ne rencontrons pas de soucis, notre partenaire un peu plus car il se charge des interventions physiques sur les stations », développe Gilles Datrier. Si le conflit venait à s’étendre dans le reste du Mali, la situation se compliquerait davantage. « Nous avons des clauses dans nos contrats avec nos partenaires sur l’arrêt de l’activité. La guerre étant une clause de force majeure, nos partenaires seraient amenés à suspendre leur collaboration. L’arrêt complet de l’activité correspondrait à une perte financière », détaille le directeur général de la Sonema.

L’expérience des conflits
Les entreprises monégasques présentes au Mali partagent une caractéristique : l’expérience des conflits africains. Elles savent donc s’adapter en temps de guerre. « Lors du conflit en République centrafricaine, les installations comme les nôtres étaient les premières à être démantelées. Les paraboles sont assez visibles. Les rebelles armés estiment que ce sont des moyens de communication qu’il faut éliminer », raconte ainsi Gilles Datrier. « Nous avons interdit à nos employés et partenaires de voyager dans la région du Sahel. On doit prendre des précautions. On est à l’écoute de nos distributeurs. En travaillant avec des locaux, nous sommes plus protégés que des expatriés parce qu’ils sont plus au fait de la situation. Ils savent ce qu’il se passe. Nous ne sommes pas des cibles premières. Au Niger, on a continué à travailler alors qu’il y avait des prises d’otages », poursuit-il.
Pour lui comme pour Edmond-Patrick Lecourt, l’intervention française était nécessaire. « Si le pays tout entier était tombé entre les mains des rebelles, la situation serait devenue très compliquée », analyse l’administrateur délégué de Savent Brokers, pour qui « les soubresauts sont réguliers en Afrique ». Même son de cloche pour Mercure International : « L’intervention de la France et des pays qui vont s’y associer va permettre de rétablir l’état de droit dans cette région du Sahel en prise aux phénomènes anarchistes. Mais, la sérénité nécessaire à la réalisation d’investissements à long terme mettra certainement quelques mois à revenir. » Malgré l’instabilité politique dans certaines régions, l’Afrique reste un sentier prospère aux investissements des entreprises monégasques. Selon Gilles Datrier, « l’Afrique est le continent qui progresse le plus en termes économiques. Les infrastructures télécoms sont plus que nécessaires à cette évolution. Il faut donc continuer à être présent. »

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