vendredi 17 avril 2026
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« L’islamisme est une étape »

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Tahar Ben Jelloun
Tahar Ben Jelloun © Photo Monaco Hebdo.

Ecrivain, poète, journaliste, Tahar Ben Jelloun est un homme qu’on ne présente plus. Présent à Monaco le 23 janvier dernier pour une conférence organisée par la fondation Prince Pierre, dont il est membre, il évoque pour Monaco Hebdo les suites du printemps arabe.

Propos recueillis par Romain Chardan.

Monaco Hebdo?: Tahar Ben Jelloun, quel est selon vous l’avenir du printemps arabe??
Tahar Ben Jelloun?: Ce que l’on a appelé « printemps arabe » est actuellement dans une phase hivernale. Nous sommes en train de passer par des étapes nécessaires, mais qui ne sont pas forcément positives. Je parle ici de l’avènement des partis islamistes au pouvoir, dans des pays comme l’Egypte, la Tunisie ou encore le Maroc. Les révoltes ne sont cependant pas achevées, il y a encore des protestations dans ces pays, et l’islamisation est une étape par laquelle on doit passer.

M.H.?: Justement, lors des dernières élections, surtout en Egypte, les partis islamistes ont été majoritaires. Quel peut être l’effet de ces résultats??
T.B.J.?: Ce n’est pas catastrophique en soi. Les scores en Egypte sont très forts, avec 2/3 des sièges obtenus. C’est donc dans ce pays que ce sera le plus dur. Au Maroc, ils ne sont pas majoritaires absolus. On va maintenant voir s’ils vont faire des miracles ou bien démontrer leur incompétence. Je pense que cela peut tout de même être bénéfique sur le plan de l’hygiène gouvernementale, étant donné qu’ils ont fait de la lutte contre la corruption leur cheval de bataille. Mais il n’y a pas que ça, et ils doivent vite s’en rendre compte. Il faudra qu’ils démontrent des compétences dans d’autres domaines comme l’économie ou la stratégie. Lutter ne suffit pas pour gouverner.

M.H.?: Pourquoi êtes-vous contre le fait que les partis islamistes soient au pouvoir??
T.B.J.?: Mon point de vue sur la question est simple, il est tout à fait laïc. Pour moi, il faut dissocier la religion du politique. La morale ou le prêche ne peuvent suffire, et comme je le disais, il va falloir qu’ils montrent leurs capacités.

M.H.?: Vous disiez il y a six mois que ces révoltes marquaient la défaite de l’islamisme, quel est votre point de vue aujourd’hui??
T.B.J.?: Je maintiens mon hypothèse. Les islamistes n’ont eu aucun rôle dans les révoltes, ils se sont même montrés méfiants vis-à-vis d’elles. Ils en récoltent les fruits, c’est dommage.

M.H.?: Que pensez-vous de la vague de violence qui continue encore aujourd’hui??
T.B.J.?: Après les révoltes, il y a toujours des moments difficiles, de chaos, de désordre, rappelez vous 1789. Les gens repensent souvent à la révolte des œillets (au Portugal, en novembre 1974, N.D.L.R.), mais là, des militaires avaient rendu le pouvoir. Aujourd’hui, nous assistons à des révoltes culturelles, sociales et politiques. C’est tout à fait différent.

M.H.?: Vous êtes déçu de la façon dont le Colonel Kadhafi a été retiré. Pourquoi??
T.B.J.?: Il était fou, un dictateur sanguinaire. Cependant, j’aurais préféré qu’il soit arrêté et jugé, pour montrer que la liberté et la démocratie sont des valeurs. Là, les gens ont perdu la tête et l’ont massacré. C’est une exécution qui appartient à la même violence que celle dont il a fait preuve toute sa vie.

M.H.?: Comment voyez-vous la situation en Syrie??
T.B.J.?: En Syrie, le problème est quasi insoluble. Vous avez une famille de mafieux au pouvoir depuis plus de quarante ans. Pour preuve, il n’y a qu’à voir que Bachar El-Assad continue de tirer sur la foule malgré les protestations de l’ONU et de la Ligue Arabe. Pour qu’il parte, il faudrait qu’il vienne à mourir, ou qu’un comité militaire fasse un coup d’Etat et le retire de la scène.

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