mercredi 29 avril 2026
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Carole Gomez : « La géographie du rugby est plurielle »

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Du 8 septembre au 28 octobre 2023, la dixième édition de la Coupe du monde de rugby s’est déroulée en France. L’Allianz Riviera de Nice a accueilli quatre matches, et la finale a vu l’Afrique du Sud s’imposer contre la Nouvelle-Zélande. Au-delà de la simple dimension sportive, d’autres enjeux se sont noués pendant cette compétition. Les explications de Carole Gomez, assistante diplômée à l’Institut des sciences du sport de l’université de Lausanne, qui vient de publier un livre consacré à la géopolitique du rugby (1).

La première Coupe du monde de rugby remonte à 1987 : en 36 ans, ce sport est-il devenu un véritable outil de soft power ?

Le rugby est en train de devenir un outil de soft power. Depuis 1995, qui marque la professionnalisation du rugby, il y a eu une vraie accélération. Cela a été renforcé par le rugby à VII, et par l’introduction du rugby à VII comme discipline olympique à partir des Jeux olympiques (JO) de Tokyo, en 2020. L’attribution de la Coupe du monde 2031, masculine et féminine, aux Etats-Unis montre que le rugby est en train de changer de dimension. Cela ancre définitivement la géographie du rugby aux Etats-Unis, aussi. De plus, il est intéressant de voir qu’un certain nombre de pays qui n’ont pas forcément de tradition de rugby, comme le Qatar ou l’Arabie saoudite, pourraient organiser la Coupe du monde de rugby. Des rumeurs évoquent d’ailleurs une organisation de la Coupe du monde 2035 en Arabie saoudite. Cela montre à quel point, désormais, le rugby est convoité, parce qu’il est un enjeu de puissance.

À quel moment le rugby est-il devenu un outil de puissance, au point de voir le Japon organiser une Coupe du monde en 2019 ?

Depuis la fin du XIXème siècle, le Japon est un pays qui joue au rugby. Dès la première Coupe du monde en 1987, le Japon s’est qualifié. Par la suite, les Japonais ont participé à l’ensemble des Coupes du monde. Donc, voir le Japon organiser une Coupe du monde en 2019, ce n’est pas une anomalie. Accueillir cet événement participe à une stratégie de diplomatie sportive mise en œuvre par Tokyo, qui passe par la bonne performance de son équipe. L’accueil de cette compétition internationale a aussi été considéré comme une répétition, avant de recevoir les JO et les Jeux paralympiques de Tokyo l’année suivante.

Carole Gomez Rugby Géopolitique
« Dans l’histoire d’un sport, on sait combien il peut être important d’avoir une bonne performance à l’échelle locale, nationale, continentale ou internationale pour, éventuellement, provoquer un pic de nouveaux pratiquants et de nouveaux licenciés. Ces derniers découvrent un sport par le prisme de la médiatisation et des performances. » Carole Gomez. Assistante diplômée à l’institut des sciences du sport de l’université de Lausanne. © Photo DR

Mais, pour le moment, par rapport au football ou aux Jeux olympiques (JO), le rugby pèse beaucoup moins au niveau international ?

Oui, il faut relativiser. Si le rugby est né au début du XIXème siècle et qu’il s’est développé tout au long de ce siècle, il a vraiment une aura, une diffusion, et un poids politique, diplomatique, et économique moindre par rapport au football ou par rapport aux JO et aux Jeux paralympiques. Ces derniers avaient vraiment pour objectif de se diffuser très largement.

« Le rugby est en train de devenir un outil de soft power. Depuis 1995 qui marque la professionnalisation du rugby, il y a eu une vraie accélération. Cela a été renforcé par le rugby à VII, et par l’introduction du rugby à VII comme discipline olympique à partir des Jeux olympiques (JO) de Tokyo, en 2020 »

Comment a évolué la diffusion du rugby, depuis sa création, en novembre 1823 ?

En 1986, cent ans après sa création, la fédération internationale de rugby (2) ne comptait que huit fédérations membres. Après l’organisation de la première Coupe du monde à XV, en 1987, il y a eu une véritable accélération. En l’espace de quatre ans, 37 fédérations ont rejoint la fédération internationale de rugby, qui a pris le nom de World Rugby depuis 2014. Aujourd’hui, 132 fédérations font partie de World Rugby. Mais il y a eu une vraie réticence à s’ouvrir complètement pendant tout le XIXème siècle et pendant tout le XXème siècle. On voulait vraiment conserver ce sport là, pour qu’il soit joué dans certains pays, et dans certaines catégories sociales. Dans l’esprit des instances du rugby, le mondialiser aurait considérablement dénaturé ce sport.

Géopolitique du Rugby

Début septembre 2023, une polémique a éclaté sur les réseaux sociaux parce que vous avez dit au micro de France Culture que le rugby n’était « pas un sport si mondial que ça » : comment avez-vous vécu cet épisode et comprenez-vous son origine ?

Je n’ai pas été très claire sur le propos. D’autre part, la vidéo qui a fait polémique est composée de deux morceaux d’interview collés l’un à l’autre, qui répondaient à une question très précise. Cette question était : au total, combien de pays ont participé à la Coupe du monde masculine de rugby à XV ? Par ailleurs, le titre choisi par les équipes de France Culture pouvait prêter à confusion. Certains ont considéré que c’était une critique, alors que c’était un constat. J’ai expliqué qu’il y a eu dix Coupes du monde de rugby, et que seulement 26 équipes nationales ont pu participer à ces dix éditions, ce qui est relativement peu. On se retrouve toujours avec les 15 ou 16 mêmes équipes, avec un strapontin réservé à deux autres pays dans le monde. Le reste, c’est la magie des réseaux sociaux. On commente un extrait, sans savoir que c’est issu d’une émission de radio qui dure, en réalité, une heure.

Suite à cette Coupe du monde 2023 organisée en France, le rugby peut-il parvenir à devenir un sport vraiment mondial ?

C’est une question qui n’est pas encore tranchée. Au regard des différentes évolutions et de ce que l’on a pu voir ces dernières années, il y a une progression du nombre de pays qui pratiquent le rugby, mais il y a un ralentissement considérable par rapport à ce que l’on a connu à partir de 1987. Deux points sont importants. La féminisation du rugby a été pendant très longtemps l’angle mort de la fédération internationale. Depuis 2014, c’est devenu quelque chose qui est affiché comme une priorité. Différents plans d’action et de communication ont été menés sur ce sujet, avec parfois des imperfections.

Quel est le second point ?

Le second point, c’est l’introduction, à partir de 2016, du rugby à VII au sein du programme olympique. Il sera intéressant de voir si cette discipline sera conservée dans le cadre des prochains JO et des prochains Jeux paralympiques. Pour le moment, on sait que le rugby à VII sera présent, au moins, jusqu’aux JO d’été de Los Angeles, en 2028, mais la question reste entière pour la suite. Or, on sait à quel point le fait de faire partie du programme olympique est un sujet très important pour le comité international olympique (CIO). C’est un sujet qui est source de discussions, de débats, et de marchandages. Il sera très intéressant de voir comment World Rugby se positionnera et se saisira de ce sujet là.

Qu’est-ce qui freine la mondialisation du rugby ?

Le rugby est freiné par des raisons culturelles. Mais il y a aussi des questions d’infrastructures et de concurrence avec d’autres sports. Il y a toujours cette opposition avec le football qui est présente. Dans les autres sports, la mondialisation a été complètement accomplie, pour certains. Il y a donc un territoire qui a déjà été labouré par d’autres sports et qui, du coup, laisse moins de place à de nouvelles pratiques. Cette mondialisation va aussi dépendre des résultats. Car dans l’histoire d’un sport, on sait combien il peut être important d’avoir une bonne performance à l’échelle locale, nationale, continentale ou internationale pour, éventuellement, provoquer un pic de nouveaux pratiquants et de nouveaux licenciés. Ces derniers découvrent un sport par le prisme de la médiatisation et des performances. Le fait que la Coupe du monde de rugby soit relativement fermée limite de facto la poursuite de la mondialisation de ce sport.

« En 1986, cent ans après sa création, la fédération internationale de rugby ne comptait que huit fédérations membres. Après l’organisation de la première Coupe du monde à XV, en 1987, il y a eu une véritable accélération. En l’espace de quatre ans, 37 fédérations ont rejoint la fédération internationale de rugby, qui a pris le nom de World Rugby depuis 2014 »

Comment le rugby peut-il faire émerger de nouvelles nations ?

La fédération internationale de rugby a évoqué la possibilité de réformer la Coupe du monde, pour faire passer cette compétition de 20 à 24 équipes. Sur le papier, c’est une très bonne chose, à condition que ce soit suivi dans les faits, avec des compétitions plus régulières. Et surtout, avec une opposition plus régulière entre les différentes équipes. Sinon, ce sont des équipes qui feront seulement quatre ou cinq matches à haute intensité une fois tous les quatre ans, pendant cette Coupe du monde. Ça n’aura pas de sens. On se retrouverait alors avec des scores fleuve, qui ne permettent pas véritablement de mettre en avant les performances des différents pays. Du coup, il est vraiment important d’avoir une approche globale sur ces sujets, et ne pas considérer qu’ouvrir une compétition va suffire à la rendre plus attractive et à acter sa mondialisation.

Intégrer des pays à marche forcée, cela peut aussi être dangereux pour l’intégrité physique des joueuses et des joueurs de rugby ?

Oui, bien sûr. Dans le rugby à XV masculin la hiérarchie est très figée. Au niveau du rugby à XV féminin c’est aussi figé, mais il y a sans doute de la place pour un certain nombre de changements éventuels. Pour le rugby à VII, beaucoup de choses peuvent se passer, du côté féminin, comme du côté masculin. C’est d’ailleurs pour cela qu’un certain nombre d’équipes ont investi cette pratique. Ils savent qu’ils ont très peu de marche de manœuvre et que le retard accumulé est beaucoup trop important à XV. En revanche, ils considèrent que le rugby à VII peut être une bonne façon d’apparaître sur la carte du rugby. Et Monaco en est une parfaite illustration.

Que ce soit en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud, ou en Irlande, le rugby a joué un rôle inclusif ?

Plusieurs travaux ont été réalisés sur la Nouvelle-Zélande, et sur la culture néo-zélandaise, notamment par Francine Tolron (3). Dès le début, le rugby est une pratique qui s’est enracinée, parce que d’une part, elle rappelait un jeu maori qui existait. Du coup, il y avait une sorte de familiarité avec cette pratique, avec ces gestes, et avec les règles du jeu. Cela permettait également de faire corps au sein de la société. C’est aussi cela qui a valu ce succès au rugby, à la fin du XIXème siècle. Aujourd’hui, les joueurs et les joueuses néo-zélandaises sont considérés comme des représentants à part entière de l’Etat, et quelque part, comme des diplomates sportifs. Une tournée des All Blacks est presque plus médiatisée qu’une tournée politique du premier ou de la première ministre néo-zélandaise.

Et pour l’Afrique du Sud ?

En Afrique du Sud, la victoire des Springboks en 1995 pour la Coupe du monde organisée chez eux, a été un symbole. Elle a fait naître beaucoup d’espoirs. L’histoire a été très largement romancée, notamment par le film Invictus (2009) de Clint Eastwood. Néanmoins, ce film demeure intéressant d’un point de vue politique. Si des progrès ont été faits depuis 1995, un certain nombre de difficultés demeurent. Notamment sur la question de l’accessibilité, de la mixité, et de la violence au sein des différentes communautés de ce pays.

« Il y a eu dix Coupes du monde de rugby, et seulement 26 équipes nationales ont pu participer à ces dix éditions, ce qui est relativement peu. On se retrouve toujours avec les 15 ou 16 mêmes équipes, avec un strapontin réservé à deux autres pays dans le monde »

Il y a aussi le cas de l’Irlande ?

L’Irlande est une exception totale dans le monde du sport. On voit deux Etats réunis sous le même maillot, ce qui n’est pas le cas dans les autres disciplines sportives. La guerre d’indépendance irlandaise a duré de 1968 à 1998 (4), et il y a encore des soubresauts aujourd’hui. De très fortes tensions entre les différentes communautés ressurgissent de temps à autres.

Pendant cette Coupe du monde de rugby, on a souvent entendu les supporters irlandais chanter Zombie (1994) des Cranberries : sport, politique et musique s’entremêlent ?

Oui. D’une façon plus générale, l’hymne qui est exécuté lorsque l’équipe de rugby irlandaise joue, Ireland’s Call (1995), a répondu à une vraie problématique : lorsque l’Irlande joue, fallait-il jouer le God save the King ou l’hymne de la République d’Irlande ? En 1995, une chanson a été écrite spécifiquement par le compositeur et producteur irlandais Phil Coulter, à la demande de la fédération irlandaise de rugby. Ceci afin d’éviter qu’au sein de l’équipe, il y ait des dissensions, et que les joueurs et les joueuses ne soient plus focalisés sur le match à jouer.

Par rapport au football, le rugby semble peu concerné par les problèmes de violences en tribune, d’homophobie ou de racisme : comment expliquer cela ?

Il est difficile de répondre à cette question, car il y a très peu de travaux qui ont été réalisés sur la sociologie des supporters de rugby, contrairement aux supporters de football, qui ont beaucoup été étudiés. Il peut y avoir cette impression là, mais il faut toujours essayer de vérifier si la réalité n’est pas plus nuancée, ou plus complexe, que ce que l’on peut penser au premier abord.

« Il y a une progression du nombre de pays qui pratiquent le rugby, mais il y a un ralentissement considérable par rapport à ce que l’on a connu à partir de 1987 »

Il y a pourtant eu récemment des cas de joueurs de rugby contrôlés positifs à la cocaïne (5) : cela risque de finir par ternir l’image de ce sport et de freiner son développement ?

Peut-être pas de freiner son développement. En revanche, sur la question de l’image, c’est une vraie problématique, qui est aussi valable sur un certain nombre d’autres sujets.

On parle beaucoup des « valeurs du rugby » : de quoi s’agit-il et cela existe-t-il vraiment ?

Les « valeurs du rugby » ont une histoire liée au jeu en tant que tel, et à la pratique pure. Mais, en revanche, il est important de prendre de la distance par rapport à ça. Et de souligner que c’est devenu un véritable enjeu de communication, repris par les fédérations nationales et par World Rugby. Ils en ont fait un outil marketing. À tel point que c’est devenu quelque chose de répété à l’envie, mais qui a presque été vidé de son contenu.

En 2021, Monaco a lancé une équipe de rugby à VII et a remporté le titre de champion de France en 2022 : cela permet-il à un pays de la taille de la principauté de rayonner en faisant du soft power ?

Oui, bien sûr. Le cas de Monaco et du rugby à VII est intéressant. Mais Monaco n’a pas attendu le rugby pour être considéré comme un « pays important » sur la scène internationale. On peut penser à la Formule 1 (F1), avec le circuit de la principauté qui est mondialement connu. On peut aussi penser au football avec l’AS Monaco, même si certaines saisons sont plus compliquées que d’autres. Enfin, la principauté héberge la fédération internationale d’athlétisme. C’est aussi comme ça qu’un pays rayonne sur la scène internationale sportive : par ses performances, par l’accueil de grands événements sportifs internationaux, et par sa voix dans les instances sportives.

Depuis quelques années, le rugby se développe aussi là où ne l’attend pas forcément ?

Dans la géographie du rugby à VII, Dubaï est une étape importante du World Rugby Sevens Series, le championnat international annuel de rugby à VII. Il y a Hong Kong, qui est aussi une grande étape, très connue et appréciée par les aficionados du rugby à VII. Cela a tendance à brouiller un tout petit peu la conception très traditionnelle que l’on peut avoir quand on parle de rugby et de géographie du rugby.

Comment définir la « géographie du rugby » aujourd’hui ?

La géographie du rugby est plurielle. Elle s’entend à XV et à VII, de manière différente. Cette géographie est sans cesse en évolution. Et c’est cela qui rend ce sujet absolument passionnant.

« La féminisation du rugby a été pendant très longtemps l’angle mort de la fédération internationale. Depuis 2014, c’est devenu quelque chose qui est affiché comme une priorité »

Monaco vise les JO avec le rugby à VII : c’est une étape importante si la principauté veut être vu au niveau mondial ?

Oui, éventuellement. La hiérarchie sportive au rugby à VII est beaucoup moins ancrée et figée que dans le rugby à XV. Ce qui permet d’apparaître sur la scène internationale, de pouvoir rencontrer les meilleures équipes, et de pouvoir, éventuellement, glaner une médaille aux JO et aux Jeux paralympiques. Car, au final, l’une des premières choses que l’on regarde, c’est le classement des pays par médailles. Donc, obtenir une médaille dans cette discipline, et tenir la dragée haute à des superpuissances sportives, c’est quelque chose de très important.

Pour rayonner davantage, Monaco devrait investir dans le rugby à XV ?

Quand j’ai écrit mon livre, je posais systématiquement à mes interlocuteurs cette question : est-ce que rugby à VII est un concurrent du rugby à XV ou est-ce qu’au contraire, ça le renforce ? Tous m’ont répondu que c’était plutôt un renforcement du rugby, même si ce n’est pas la même pratique, si ce ne sont pas les mêmes pays, et même si ce ne sont pas les mêmes règles. Mais le rayonnement du rugby à VII participe au rayonnement du rugby tout court. Après, il faut faire preuve de pragmatisme. À XV, il sera extrêmement compliqué d’arriver à s’imposer dans la hiérarchie sportive internationale. Donc, d’un point de vue stratégique, il vaut mieux faire beaucoup d’efforts sur le rugby à VII, où il sera possible d’avoir des résultats plus rapides. Il y aura un vrai retour sur investissement, qui sera plus facilement accessible à VII qu’à XV.

La principauté mise sur le football, le basket, et les JO pour rayonner : comment jugez-vous les résultats obtenus ?

Il faut toujours se demander pourquoi on se lance dans une diplomatie sportive. Quels sont les objectifs ? On pourra juger la réussite, ou non, de cette stratégie au regard des objectifs. L’inscription de cette stratégie sur le long terme est aussi un point important. Si c’est quelque chose qui relève du coup de communication, comme certains pays essaient de le faire, c’est payant à l’instant T, mais il peut y avoir un effet contraire rapidement après. Mais ce n’est pas le cas de Monaco. Avec la principauté, il est intéressant de voir quelle sera la stratégie à horizon 2030, 2040, et 2050. Mais aussi quels sont les acteurs qui sont porteurs et bénéficiaires de cette stratégie, et sur quoi cela va déboucher.

Pour un pays de la taille de Monaco, le sport est vraiment un bon moyen d’exister en termes de géopolitique, ou d’autres moyens pourraient être utilisés ?

Le concept de soft power a été défini par le géopolitologue américain Joseph Nye en 1990. On considère que par différents canaux, comme le sport, la culture, la musique, la gastronomie, la danse, ou le cinéma par exemple, on peut arriver à donner une image positive d’un pays, et à convaincre d’autres pays de penser comme vous, ou de suivre votre politique. Le sport est quelque chose de relativement simple, parce que c’est quelque chose de parlant, qui est déjà présent dans les sociétés. En revanche, sur la question de l’efficacité, qui est essentielle, il y a un vrai point d’interrogation.

Pourquoi ?

Parce qu’on ne sait pas mesurer ce “sport power”. Si un investissement sur une nouvelle technologie ou sur le développement d’une activité économique permet d’avoir un lien direct sur le PIB et de rapporter « X » point de croissance par an, dans le domaine du sport, on n’arrive pas à quantifier son impact. On sent qu’il y a quelque chose qui se joue, on sent qu’il y a un objectif qui est atteint, ou qui est en passe d’être atteint, ou pas du tout atteint. Mais il est très compliqué de parvenir à le jauger. Différentes formules ont été mises en place. Mais aucune n’a été jugée satisfaisante.

« Les joueurs et les joueuses néo-zélandaises sont considérés comme des représentants à part entière de l’Etat, et quelque part, comme des diplomates sportifs. Une tournée des All Blacks est presque plus médiatisée qu’une tournée politique du premier ou de la première ministre néo-zélandaise »

Que peut-on observer ?

On voit qu’il y a des conséquences. Mais ne sait pas isoler spécifiquement le fait que c’est dû au sport, ou à un autre investissement. Une croissance en hausse dans un pays peut être due à une conjoncture économique favorable, et pas uniquement au fait qu’elle ait accueilli un grand événement sportif international sur son sol. Cela a pu aider, notamment au niveau local, avec des recettes qui ont pu bénéficier aux hôtels, aux restaurants, et aux transports. Mais on ne sait pas qualifier et quantifier précisément l’impact.

Lorsque l’équipe de France de football a remporté la Coupe du monde 1998 organisée en France, on a pourtant beaucoup parlé des retombées positives ?

La victoire de la Coupe du monde de football en France en 1998 a débouché sur un effet d’euphorie dans la population. Mais est-ce que c’était dû à cette circonstance ? Ou est-ce que c’était dû à une conjoncture politique, économique, et diplomatique qui était favorable ? Il est très compliqué de parvenir à isoler cela. Il y a des faisceaux d’indices, mais on ne peut pas tracer directement un lien entre un événement et le bénéfice direct qui retombera sur le pays. Il est donc important de continuer à travailler sur ces sujets, pour essayer de trouver une espèce de matrice qui permette de mesurer cela.

1) Géopolitique du rugby de Carole Gomez (Dunod), 192 pages, 7,90 euros.

2) Créée en 1886, la fédération internationale de rugby a d’abord pris le nom de International Rugby Football Board (1886-1998), puis de International Rugby Board (IRB) (1998-2014), puis de World Rugby depuis 2014. Avec 128 pays membres et 5 pays membres associés, elle réunissait environ 3,5 millions de licenciés en 2018.

3) Le rugby : religion séculière de la Nouvelle-Zélande, de Francine Tolron (Les Indes savantes, 2013), 105 pages, 27 euros.

4) De 1968 à 1998, la guerre d’indépendance irlandaise a fait plus de 3 500 morts.

5) Le 12 octobre 2023, le Stade Rochelais a annoncé le contrôle positif à la cocaïne d’Oscar Jégou, 20 ans. Ce contrôle a été réalisé lors de la première journée de Top 14, le 20 août 2023. Mis à pied par son club, il risque d’un à trois mois de suspension si la consommation de cocaïne s’est déroulée dans un cadre festif. Sinon, la sanction peut aller jusqu’à quatre ans de suspension. Oscar Jégou a exprimé ses regrets, tout en précisant que la cocaïne avait été consommée dans un cadre festif et privé.

Coupe du monde de rugby 2023 : classement et résultats

Poule A

  1. France (18 points, 4 victoires)
  2. Nouvelle-Zélande (15 points, 3 victoires, 1 défaite)
  3. Italie (10 points, 2 victoires, 2 défaites)
  4. Uruguay (5 points, 1 victoire, 3 défaites)
  5. Namibie (0 point, 4 défaites)

Poule B

  1. Irlande (19 points, 4 victoires)
  2. Afrique du Sud (15 points, 3 victoires, 1 défaite)
  3. Ecosse (10 points, 2 victoires, 2 défaites)
  4. Tonga (5 points, 1 victoire, 3 défaites)
  5. Roumanie (0 point, 4 défaites)

Poule C

  1. Pays de Galles (19 points, 4 victoires)
  2. Fidji (11 points, 2 victoires, 2 défaites, +5 de différence de points)
  3. Australie (11 points, 2 victoires, 2 défaites, -1 de différence de points)
  4. Portugal (6 points, 1 victoire, 1 nul, 2 défaites)
  5. Géorgie (3 points, 1 nul, 3 défaites)

Poule D

  1. Angleterre (18 points, 4 victoires)
  2. Argentine (14 points, 3 victoires, 1 nul)
  3. Japon (9 points, 2 victoires, 2 nuls)
  4. Samoa (7 points, 1 victoire, 3 défaites)
  5. Chili (0 point, 4 défaites)

Quart de finale :

France 28 – Afrique du Sud 29

Irlande 24 – Nouvelle-Zélande 28

Angleterre 30 – Fidji 24

Pays de Galles 17 – Argentine 29

Demi-finale :

Argentine 6 – Nouvelle-Zélande 44

Angleterre 15 – Afrique du Sud 16

Finale pour la troisième place :

Argentine 23 – Angleterre 26

Finale :

Nouvelle-Zélande 11 – Afrique du Sud 12

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