Le rugby à VII est-il l’avenir du rugby ? C’est la question que se pose (un certain nombre) d’observateurs, alors que la Coupe du monde de rugby à XV, qui s’est déroulée en France, a pris fin le 28 octobre 2023 sur une victoire de l’Afrique du Sud face à la Nouvelle-Zélande [à ce sujet, lire l’interview de Carole Gomez : « La géographie du rugby est plurielle », publiée dans Monaco Hebdo n° 1306 — NDLR]. Plusieurs paramètres penchent en faveur du rugby à VII. Sept joueurs au lieu de quinze, des durées de matches plus courtes, et un terrain identique à celui du rugby à quinze qui laisse la place aux attaquants pour marquer beaucoup d’essais. Moins complexe que le rugby à XV, plus rapide, plus ludique, le rugby à VII a convaincu, au point de faire son entrée aux Jeux olympiques (JO) en 2016, à Rio de Janeiro. La dernière participation du rugby à XV aux JO remonte à 1924. Il faut ajouter que l’écart sportif entre les nations qui jouent au rugby à VII est plus étroit qu’à XV, où seuls quelques pays dominent la discipline. Depuis la création de la Coupe du monde de rugby à XV, en 1987, seules quatre nations l’ont remporté : l’Afrique du Sud avec quatre victoires en 1995, 2007, 2019 et 2023, la Nouvelle-Zélande en 1987, 2011, et 2015, l’Australie en 1991 et en 1999, et enfin l’Angleterre en 2003. De son côté, la France a échoué trois fois en finale, en 1987, en 1999, et en 2011. Le rugby à VII semble donc plus ouvert, même s’il faut tempérer cette affirmation. En effet, la Nouvelle-Zélande a gagné 14 des 24 titres des World Series masculins et sept des 10 titres féminins [Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 7 novembre 2023 — NDLR]. Cependant, d’autres pays viennent parfois jouer les troubles-fêtes, notamment le Kenya, l’Uruguay, l’Espagne, les États-Unis, les Samoa, et le Canada. Les Fidji se font d’ailleurs particulièrement remarquer à VII, puisque ce pays d’Océanie qui compte environ 935 000 habitants, a gagné quatre titres de champion du monde, et ses deux seules médailles d’or olympiques chez les hommes. De quoi donner des idées à d’autres, à commencer par Monaco. Comme il l’avait indiqué à Monaco Hebdo dans une interview publiée en juin 2021, le prince Albert II estime que « si dans le rugby, la discipline phare reste le rugby à XV, le rugby à VII est très intéressant. Notamment pour des petits pays qui n’ont pas forcément les moyens humains de mettre sur pied une équipe de rugby à XV de niveau international. C’est comme ça que l’on a vu l’émergence d’équipes de rugby à VII dans des pays qui n’ont pas de grandes équipes de rugby à XV. […] Le rugby à VII donne davantage de possibilités à de petites nations du rugby de se développer et de participer à des grands championnats internationaux. » Si le rugby à VII s’affirme comme une discipline festive et amusante, World Rugby, l’organisme international qui gère le rugby à XV et le rugby à VII, continue de faire de la Coupe du monde de rugby à XV son événement phare. Un évènement suivi par des millions de fans, qui se consacrent aussi à d’autres compétitions de rugby à XV, comme le Tournoi des Six Nations, les championnats nationaux avec notamment le Top 14 en France, mais aussi les ligues et les franchises de haut niveau. De son côté, le rugby à VII permet de rajeunir l’image de ce sport, d’y ajouter du marketing événementiel, et de cibler de nouveaux marchés et de nouveaux fans. Pour cela, le rugby à VII n’en finit pas de muer, pour essayer de se montrer plus attractif. Chaque année, les Sevens Series, organisées par World Rugby depuis 1999 pour les hommes et 2012 pour les femmes, réunissent les meilleurs pays à VII dans une dizaine de mini-tournois de deux à trois jours, dans différents pays, de novembre à mai. Dernier changement en date : les Sevens Series ont changé de nom pour la saison 2023-2024, pour s’appeler SVNS. La compétition a été resserrée autour de 12 équipes et de huit étapes. Les circuits féminins se déroulent désormais en même temps, par souci d’égalité. Si Monaco devra travailler dur et s’organiser, comme l’explique le manager du Monaco Rugby Sevens Fabien Camin dans ce numéro, pour espérer un jour participer au SVNS avec une équipe de rugby à VII uniquement composée de joueurs avec un passeport monégasque, la principauté pourrait aussi s’intéresser à l’organisation d’une étape (1), comme le font déjà Dubaï et Hong Kong. Et ainsi, continuer à investir dans le rugby à VII.
1) Les huit étapes de l’édition 2023-2024 du SVNS se dérouleront à Dubaï (2-3 décembre 2023), au Cap (9-10 décembre 2023), à Perth (26-28 janvier 2024), à Vancouver (23-25 février 2024), à Los Angeles (2-3 mars 2024), à Hong Kong (5-7 avril 2024) et à Singapour (3-5 mai 2024), avec la finale à Madrid (31 mai au 2 juin 2024).




