jeudi 16 avril 2026
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Corinne Bertani : « Des formules de sous-traitance sont à l’étude, pour une partie du centre commercial »

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Alors que les travaux devraient débuter en 2028, à quoi ressemblera le futur centre commercial de Fontvieille ? Corinne Bertani, vice-présidente pour le commerce et l’attractivité pour la commission des finances et de l’économie nationale du Conseil national, a répondu aux questions de Monaco Hebdo. Propos recueillis par Raphaël Brun

Le centre commercial de Fontvieille pourrait-il être vendu pour une longue durée à un grand groupe spécialisé, afin de bâtir une sorte de “mall” à l’américaine en Principauté ?

Attention aux malentendus. Il n’a jamais été question de brader ou de « vendre » le centre commercial, ni de copier des modèles qui ne nous ressemblent pas et qui auraient peu de chance de succès chez nous. En revanche, ça n’a jamais été un secret : un opérateur spécialiste des centres commerciaux a bien été associé à la démarche. Dans un premier temps, il s’agissait de s’entourer de ses conseils dans la conception du projet. D’ailleurs la version actuelle s’inspire de ses préconisations. Maintenant, lorsque l’on parle de l’exploitation au sens large, à savoir détection et négociation auprès des grandes enseignes, conception de surfaces spécifiques, ou contrats divers, il est évident que ce n’est pas le métier de l’administration des domaines. Donc oui, des formules de sous-traitance sont à l’étude, sur lesquelles le Conseil national restera vigilant, qu’il s’agisse de l’offre ou de la préservation des intérêts de l’État. Pour autant, nous ne parlons que d’une partie du futur centre commercial. Bien évidemment, le rez-de-chaussée, qui correspond grosso modo à ce que l’on connaît aujourd’hui en termes d’offres de proximité du quotidien, restera réservé en priorité à nos commerçants. Il sera toujours exploité par les domaines.

« Il n’a jamais été question de brader ou de « vendre » le centre commercial, ni de copier des modèles qui ne nous ressemblent pas et qui auraient peu de chance de succès chez nous. En revanche, ça n’a jamais été un secret : un opérateur spécialiste des centres commerciaux a bien été associé à la démarche »

Quel est précisément le contenu des travaux prévus : nature, ampleur, et phasage ?

Les réponses à toutes ces questions, parfaitement légitimes, sont entre les mains du gouvernement. Il y a quelques mois, nous avons eu connaissance d’un avant-projet qui nous a été annoncé comme « arrêté », et qui correspondait à l’esprit du projet initial. D’ailleurs, sans pouvoir vous donner des précisions techniques précises, que nous n’avons pas, ce qui nous a été présenté correspond à nos demandes répétées inlassablement depuis des années. Ce n’est pas un projet au rabais, même s’il reste raisonnable dans son ampleur, y compris financière. Il répond à l’ensemble des critères d’un vrai nouveau quartier commercial de vie, sur une surface conséquente, autour de 40 000 mètres carrés. Pour autant, nous ne dormons jamais tranquilles sur ce projet, car nous ne nous réjouirons réellement que le jour de l’inauguration. Nous restons donc attentifs au dimensionnement définitif, au concept général, et, bien entendu, aux dimensions budgétaires et de calendrier de cette opération essentielle pour le devenir de Monaco.

Comment limiter l’impact des travaux sur l’activité ?

Il ne faut pas rêver. Si on veut vraiment repartir d’une feuille blanche pour bâtir un vrai nouveau lieu de vie, on ne se limite pas à deux coups de peinture. Donc oui, il y aura des travaux de grande ampleur, tout en maintenant une activité commerciale minimum, comme Carrefour et la pharmacie. Comptez sur nous pour être vigilants sur le phasage du chantier, la continuité commerciale, l’encadrement des nuisances, et la meilleure définition des flux, qu’il s’agisse de la circulation ou des piétons. Malheureusement, à Monaco, vous connaissez la situation. On ne peut pas se payer le luxe de construire sur des surfaces vierges. On doit construire sur place, donc en pleine ville, avec toutes les contraintes qu’on imagine.

« La somme inscrite à ce jour sur le budget 2026 est la suivante : 401,5 millions d’euros. Rappelons-le, cet investissement génèrera des recettes importantes à terme, et il reste raisonnable en comparaison de certains projets pharaoniques »

Quel est le coût total estimé du futur centre commercial, et comment ce chantier sera-t-il financé par l’État monégasque ?

Cela fait partie, bien évidemment, des informations que nous attendons de manière plus précise. La somme inscrite à ce jour sur le budget 2026 est la suivante : 401,5 millions d’euros. Rappelons-le, cet investissement génèrera des recettes importantes à terme, et il reste raisonnable en comparaison de certains projets pharaoniques.

Chaque commerçant sera-t-il reçu individuellement, comme le réclamaient les conseillers nationaux ?

Le conseiller-ministre Pierre-André Chiappori s’y est personnellement engagé. D’ailleurs, une partie de ces commerçants étaient présents dans l’hémicycle lors des discussions budgétaires, pendant lesquelles il a renouvelé cet engagement.

Centre commercial Fontvieille oct 2023
« Pour l’instant la phase de commercialisation n’est pas encore définie. Plusieurs options sont sur la table. » Corinne Bertani. Vice-présidente pour le commerce et l’attractivité pour la commission des finances et de l’économie nationale du Conseil national. © Photo Iulian Giurca

Le dispositif d’indemnisation imaginé par le gouvernement monégasque est-il équitable pour tous les commerçants et est-ce que l’enveloppe gouvernementale de 10 millions d’euros pour les aides aux commerçants est suffisante ?

C’est une question purement rhétorique, à laquelle on ne peut pas répondre de manière globale. Chaque commerce, ou plutôt chaque commerçant, vit une situation spécifique, qui dépend de son ancienneté sur place, de son activité propre, des travaux engagés par le passé, des perspectives logiques de développement. Chacun défend son dossier avec ses arguments, et ce n’est pas à nous de juger si les solutions proposées sont appropriées ou non pour tous. Il faut leur poser la question individuellement. Le Conseil national avait vivement insisté pour que chaque commerçant puisse être accompagné en cette période délicate de transition, ce que le gouvernement fait aujourd’hui. Les échanges sont en cours, mais nous ne pouvons que constater que le gouvernement a bien mis en place des règles de calcul d’indemnisation, comme base de discussion.

Les commerçants actuels bénéficieront-ils d’un droit de retour ou d’une priorité réelle dans le futur centre, ou devront-ils candidater à armes égales avec de nouveaux entrants ?

Pour l’instant la phase de commercialisation n’est pas encore définie. Plusieurs options sont sur la table. Vous pouvez être certain que nous serons toujours aux côtés des commerçants monégasques qui souhaitent, ce qui est légitime, poursuivre et développer leur aventure commerciale au sein du centre, comme nous le sommes auprès de la population qui a de grandes attentes pour ce nouveau centre, tout en étant historiquement attachée à certains de ces commerces.

Les concessions dans le domaine public sont précaires : faut-il revoir leur encadrement ?

J’ai eu l’occasion d’évoquer cette question avec le gouvernement. On peut travailler sur des améliorations, mais, dans l’ensemble, le système fonctionne plutôt bien. A condition de toujours considérer chaque cas comme unique, comme symbole d’un projet personnel, et d’une activité qui correspond aux attentes de la clientèle sur la base d’un “business plan” réaliste. Certains commerces de proximité indispensables au quotidien des consommateurs ne peuvent supporter des loyers astronomiques. C’est là que le dispositif a tout son intérêt.

« Ce n’est pas un projet au rabais, même s’il reste raisonnable dans son ampleur, y compris financière. Il répond à l’ensemble des critères d’un vrai nouveau quartier commercial de vie, surune surface conséquente, autour de 40 000 mètres carrés »

Au regard des indemnisations, du coût du chantier, de son financement et de ses conséquences sociales et économiques, le Conseil national estime-t-il aujourd’hui que le projet de rénovation du centre commercial de Fontvieille protège réellement les commerçants et l’intérêt général ?

La question centrale est évidemment, avant tout, la possibilité pour Monaco, de disposer d’un nouveau lieu de vie adapté aux nouveaux modes de consommation. Au-delà des commerces classiques et de nouvelles enseignes attractives, nous attendons des activités, des animations, des espaces de restauration, un cadre avec une nature harmonieuse, un vrai cinéma, et des aires de promenades. Bref, un centre de vie où il fera bon venir et partager en famille, y compris le week-end. Et pour les salariés, un endroit pour se restaurer et consommer au quotidien. Bref, un nouveau Fontvieille du XXIème siècle. Donc oui, l’avant-projet nous semble répondre à nos demandes et donc, comme vous le suggérez, à l’intérêt général pour la population comme pour les commerçants. Maintenant, il faut avancer concrètement.

Après près de dix ans de réflexions et 38 millions d’euros d’études, comment le Conseil national analyse-t-il la conduite de ce projet, et quelles garanties demande-t-il pour éviter de nouveaux retards, surcoûts ou changements de cap ?

J’ai le sentiment que le Conseil national a été largement à sa place, alors même que le bien-fondé de ce projet majeur pour la Principauté fut même remis en cause et a connu de multiples péripéties. Reconnaissons au moins au gouvernement qu’il semble, depuis, avoir repris les choses en mains, dans un esprit de dialogue avec nous. L’essentiel, c’est que nous sommes désormais tous à nouveau d’accord sur l’évidence de la mise en route d’un projet ambitieux et de qualité. Ne revenons pas sur le passé. Maintenant que le dossier paraît avancer dans la bonne direction, comptez sur le Conseil national pour rester vigilant et pleinement dans son rôle, à l’écoute des besoins de la population et des commerçants. Ce dossier est évidemment prioritaire, comme il l’a été hier, et il le restera jusqu’à son achèvement. Nous avons tous hâte de participer à son inauguration, mais les étapes sont encore nombreuses. Ne perdons pas de temps.

Lire la suite de notre dossier | À Fontvieille, des commerçants partagés entre incompréhension et questionnements

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