Après près de dix ans de réflexions, le projet de restructuration du centre commercial de Fontvieille entre dans une phase décisive. Travaux annoncés pour 2028, budget estimé à plus de 400 millions d’euros, recours possible à des opérateurs spécialisés : si les autorités monégasque promettent un nouveau lieu de vie pour le XXIème siècle, de nombreux commerçants dénoncent encore un flou persistant sur le calendrier, les loyers et l’incertitude sur leur avenir au sein du futur complexe. Contacté par Monaco Hebdo, le gouvernement monégasque n’a pas souhaité répondre à nos questions. Par Clément Martinet
Alors que les premiers coups de pioche sont annoncés pour 2028, la restructuration du centre commercial de Fontvieille continue de susciter interrogations, attentes et crispations. Présenté comme l’un des projets commerciaux les plus structurants pour la Principauté depuis trois décennies, ce chantier à 401,5 millions d’euros doit transformer un ensemble vieillissant en un véritable quartier de vie du XXIème siècle. Mais, à mesure que l’échéance approche, le flou persiste pour une partie des commerçants concernés. L’hypothèse d’une vente ou d’une délégation totale du centre commercial à un grand groupe privé a régulièrement alimenté les rumeurs. Une lecture que récuse fermement Corinne Bertani, vice-présidente chargée du commerce et de l’attractivité au sein de la commission des finances et de l’économie nationale du Conseil national. « Il n’a jamais été question de brader ou de vendre le centre commercial, ni de copier des modèles qui ne nous ressemblent pas », insiste-t-elle [à ce sujet, lire son interview publiée dans le cadre de ce dossier spécial — NDLR]. En revanche, un opérateur spécialisé dans les centres commerciaux a bien été associé au projet, notamment pour sa phase de conception. Une collaboration assumée, qui a nourri l’avant-projet aujourd’hui présenté comme « arrêté ». La nuance est essentielle : si certaines fonctions liées à l’exploitation, dont la prospection des grandes enseignes, les négociations commerciales, et la conception de surfaces spécifiques, pourraient faire l’objet de sous-traitance, le cœur de l’offre de proximité resterait sous gestion publique. Le rez-de-chaussée, dédié aux commerces du quotidien, continuerait d’être exploité par l’administration des domaines, avec une priorité donnée aux commerçants monégasques, indique Corinne Bertani. Contacté par Monaco Hebdo, le gouvernement monégasque n’a pas répondu à nos questions, tout en assurant qu’« en ce qui concerne les commerçants, chacun a reçu un courrier personnalisé de l’administration des domaines. Les discussions sont en cours. Chacun est invité individuellement, pour que chaque situation soit traitée au cas par cas. S’agissant du projet en lui-même, le gouvernement est en cours de discussion avec les acteurs concernés ». Alors que les premiers coups de pioche sont annoncés pour 2028, la restructuration du centre commercial de Fontvieille continue de susciter interrogations, attentes et crispations. Présenté comme l’un des projets commerciaux les plus structurants pour la Principauté depuis trois décennies, ce chantier à 401,5 millions d’euros doit transformer un ensemble vieillissant en un véritable quartier de vie du XXIème siècle. Mais, à mesure que l’échéance approche, le flou persiste pour une partie des commerçants concernés. L’hypothèse d’une vente ou d’une délégation totale du centre commercial à un grand groupe privé a régulièrement alimenté les rumeurs. Une lecture que récuse fermement Corinne Bertani, vice-présidente chargée du commerce et de l’attractivité au sein de la commission des finances et de l’économie nationale du Conseil national. « Il n’a jamais été question de brader ou de vendre le centre commercial, ni de copier des modèles qui ne nous ressemblent pas », insiste-t-elle [à ce sujet, lire son interview publiée dans le cadre de ce dossier spécial — NDLR]. En revanche, un opérateur spécialisé dans les centres commerciaux a bien été associé au projet, notamment pour sa phase de conception. Une collaboration assumée, qui a nourri l’avant-projet aujourd’hui présenté comme « arrêté ». La nuance est essentielle : si certaines fonctions liées à l’exploitation, dont la prospection des grandes enseignes, les négociations commerciales, et la conception de surfaces spécifiques, pourraient faire l’objet de sous-traitance, le cœur de l’offre de proximité resterait sous gestion publique. Le rez-de-chaussée, dédié aux commerces du quotidien, continuerait d’être exploité par l’administration des domaines, avec une priorité donnée aux commerçants monégasques, indique Corinne Bertani. Contacté par Monaco Hebdo, le gouvernement monégasque n’a pas répondu à nos questions, tout en assurant qu’« en ce qui concerne les commerçants, chacun a reçu un courrier personnalisé de l’administration des domaines. Les discussions sont en cours. Chacun est invité individuellement, pour que chaque situation soit traitée au cas par cas. S’agissant du projet en lui-même, le gouvernement est en cours de discussion avec les acteurs concernés ».
Si certaines fonctions liées à l’exploitation, dont la prospection des grandes enseignes, les négociations commerciales, et la conception de surfaces spécifiques, pourraient faire l’objet de sous-traitance, le cœur de l’offre de proximité resterait sous gestion publique
40 000 m² pour refonder Fontvieille
Dans ses grandes lignes, le futur centre commercial doit changer d’échelle et de philosophie. Avec une surface d’environ 40 000 m², ce projet vise à créer un véritable quartier commercial de vie, mêlant commerces, restauration, loisirs, animations et espaces de promenade. « Ce n’est pas un projet au rabais », assure Corinne Bertani, tout en soulignant la vigilance constante du Conseil national sur le dimensionnement définitif, le calendrier et le budget. Au bout de presque dix ans de réflexions et 38 millions d’euros d’études, l’exécutif semble avoir repris la main sur un dossier longtemps enlisé. Mais les conseillers nationaux restent prudents, à l’image de Corinne Bertani : « Nous ne nous réjouirons réellement que le jour de l’inauguration. » L’investissement inscrit au budget 2026 s’élève à 401,5 millions d’euros. Une somme conséquente, mais jugée raisonnable par rapport à d’autres projets d’infrastructure, et présentée comme génératrice de recettes futures pour l’État. La transformation du site impliquera des travaux de grande ampleur, étalés sur plusieurs années. Dans un territoire contraint comme Monaco, impossible de construire sur des surfaces vierges. Le chantier se fera en pleine ville, avec toutes les nuisances que cela implique. Le gouvernement s’est engagé à maintenir une activité commerciale minimale pendant les travaux. Carrefour et la pharmacie de Fontvieille resteront ouverts, pour des raisons d’intérêt public. Le phasage du chantier, la gestion des flux et la limitation des nuisances constituent autant de points de vigilance pour les élus.

Indemnisations : une réponse au cas par cas
Sur le front sensible des indemnisations, une enveloppe de 10 millions d’euros a été prévue pour accompagner les commerçants affectés [à ce sujet, lire notre article Rénovation du centre commercial de Fontvieille : les indemnisations pour les commerçants sont chiffrées, publié dans Monaco Hebdo n° 1405 — NDLR]. Chaque locataire a reçu un courrier personnalisé de l’administration des domaines, et des rendez-vous individuels sont en cours. Pour Corinne Bertani, toute réponse globale serait, de toute façon, illusoire. « Chaque commerçant vit une situation spécifique », rappelle-t-elle. Ancienneté, investissements passés, perspectives d’activité : autant de paramètres qui rendent chaque dossier unique. A l’origine de la demande d’un accompagnement individualisé, le Conseil national observe que des règles de calcul ont bien été posées comme base de discussion. Reste une question centrale, encore sans réponse tranchée : celle du droit de retour. La phase de commercialisation du futur centre commercial n’est pas définie, et plusieurs options restent à l’étude. Les élus assurent néanmoins vouloir rester aux côtés des commerçants monégasques désireux de poursuivre leur activité dans le futur ensemble.
Des commerçants entre adhésion et incertitude
Sur le terrain, les réactions oscillent entre soutien au projet et inquiétude face au manque de visibilité. Installée depuis un an au centre commercial avec sa boutique de photographie d’iris You&Eye, Sarah Carpinelli ne se fait aucune illusion sur sa présence future [à ce sujet, lire l’article À Fontvieille, des commerçants partagés entre incompréhension et questionnements, publié dans ce numéro de Monaco Hebdo — NDLR]. Son activité, qu’elle qualifie elle-même d’« éphémère », ne s’inscrit pas dans la durée du projet. Pour autant, elle se dit satisfaite de la restructuration annoncée. « Entre la vétusté et le nombre de locaux vides, ce centre commercial est en train de mourir », observe-t-elle. Son principal grief porte moins sur le fond que sur la forme : « C’est le flou total, que ce soit sur les dates ou sur le contenu. » Comme d’autres commerçants, elle attend des réponses concrètes lors de la réunion prévue le 4 février 2026. À l’autre extrémité du spectre, Antonio Sillari incarne la mémoire du lieu. Propriétaire de la pharmacie de Fontvieille depuis 1986, présent dès l’ouverture du centre commercial en 1992, il se dit « particulièrement favorable » à une rénovation devenue indispensable. Mais, là encore, l’adhésion n’efface pas les zones d’ombre. Sa pharmacie, seule du quartier, restera ouverte pendant les travaux. Une exception dictée par l’intérêt public, mais qui n’annule pas les conséquences économiques du chantier. « On sera dans une zone de travaux, donc ça va impacter notre chiffre d’affaires », anticipe-t-il. Avec 21 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 et une cinquantaine de salariés, il espère des compensations adaptées à cette situation atypique.
Le gouvernement s’est engagé à maintenir une activité commerciale minimale pendant les travaux. Carrefour et la pharmacie de Fontvieille resteront ouverts, pour des raisons d’intérêt public
Une contestation qui s’organise
Faute de réponses jugées suffisantes, un collectif de commerçants envisage de se réunir le 9 février 2026. Une mobilisation destinée moins à contester le principe de la restructuration qu’à obtenir un projet clair, lisible et stabilisé. De son côté, le gouvernement assure que les discussions se poursuivent avec l’ensemble des acteurs concernés. Mais à seulement deux ans du lancement des travaux, l’écart reste sensible entre la vision portée par les pouvoirs publics et le besoin de certitudes exprimé par les commerçants. Au-delà des tensions actuelles, l’enjeu dépasse largement le seul périmètre de Fontvieille. Il s’agit, pour Monaco, de réussir la mutation d’un centre commercial en un lieu de vie capable de répondre aux nouveaux usages, sans sacrifier l’équilibre économique ni le tissu commerçant existant. Un exercice d’équilibriste, dont l’issue conditionnera durablement l’attractivité de tout un quartier.
Lire la suite de notre dossier | « Des formules de sous-traitance sont à l’étude, pour une partie du centre commercial »



