mardi 28 avril 2026
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No Finish Line 2019 : condamné pour blessures involontaires, Serge Telle fait appel

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Près de six ans après l’accident survenu sur la digue Est de Fontvieille lors de la No Finish Line, la justice monégasque a reconnu coupables l’ancien ministre d’État Serge Telle, le fondateur de la course Philippe Verdier et l’association Children & Future. En cause : une série de négligences qui ont conduit à la réouverture d’une digue pourtant fermée pour raisons météorologiques, et à de graves blessures pour une participante, dont la vie a été durablement bouleversée.

La justice a tranché. Le tribunal correctionnel de Monaco a reconnu coupables de blessures involontaires l’ancien ministre d’État Serge Telle, le fondateur de la course solidaire Philippe Verdier et l’association Children & Future. Une décision très attendue, rendue mardi 16 décembre 2025, qui clôt un dossier à la fois technique, mais aussi politique. Le 23 novembre 2019, une vague d’une rare violence a submergé la digue Est de Fontvieille. Plusieurs participants ont été fauchés, dont une jeune femme. Projetée par-dessus la rambarde, elle a ensuite chuté de quatre mètres, avant de s’écraser sur une voiture stationnée en contrebas. Fractures du bassin, séquelles durables, impossibilité de mener une grossesse : sa vie, dira-t-elle à la barre, a été « bouleversée à tout jamais ». Au cœur de l’affaire, une décision : celle de rouvrir la digue, fermée depuis la veille, à 22 h 30, en raison d’alertes météorologiques défavorables. À midi, le jour de l’accident, Serge Telle, alors ministre d’État, avait autorisé la réouverture de cette portion du « long circuit », à la demande de Philippe Verdier, inquiet d’une trop forte concentration de près de mille coureurs sur le petit tracé de 700 mètres. À l’audience, l’ancien chef du gouvernement princier a évoqué un « souhait », un « avis » pris après une observation sur place, à savoir de la pluie, mais ni vent ni houle apparente. « Pas de danger immédiat », estime-t-il alors.

Selon la justice, Serge Telle n’a pas vérifié que les mesures de sécurité qu’il avait recommandées pouvaient être effectivement mises en œuvre. Au moment de l’accident, une seule bénévole se trouvait à distance, sans moyen de communication

Responsabilité

Le tribunal ne suivra pas cette lecture. Il a retenu une négligence caractérisée : la décision a été prise sans s’appuyer sur l’ensemble des données disponibles, alors même que les prévisions de Météo France et de la préfecture des Alpes-Maritimes annonçaient une dégradation sévère. Surtout, selon la justice, Serge Telle n’a pas vérifié que les mesures de sécurité qu’il avait recommandées pouvaient être effectivement mises en œuvre. Au moment de l’accident, une seule bénévole se trouvait à distance, sans moyen de communication. Pour ces raisons, Serge Telle a été condamné à deux mois de prison avec sursis et 5 000 euros d’amende. Une peine conforme aux réquisitions du ministère public, qui a souligné « une grande négligence dans la prise de décision », tout en rappelant l’absence d’antécédents de l’ancien ministre. La responsabilité des organisateurs est, elle aussi, lourdement engagée. Philippe Verdier, fondateur de la No Finish Line, a écopé de six mois de prison avec sursis et de 9 000 euros d’amende. Les juges ont retenu son insistance à vouloir rouvrir la digue, malgré un premier refus des autorités, l’absence de dispositif de surveillance adéquat et l’inaction face à la dégradation des conditions météorologiques. L’association Children & Future, organisatrice de l’événement, a pour sa part été condamnée à 8 000 euros d’amende avec sursis. Le tribunal a pris en compte sa vocation caritative pour moduler la sanction, sans occulter les défaillances constatées.

L’affaire n’est cependant pas conclue : le 22 décembre 2025, l’ancien ministre d’État a annoncé son intention de faire appel de sa condamnation pour blessures involontaires par le tribunal correctionnel

Appel

Les trois prévenus devront verser solidairement une provision de 20 000 euros à la victime, dans l’attente d’une indemnisation définitive, qui sera fixée après une nouvelle expertise médicale. Au fil des débats, une question a traversé l’audience : celle du rôle de l’État monégasque, « grand absent » du procès pénal, selon la défense. Si l’État ne peut être poursuivi en tant que tel, la juridiction a néanmoins rappelé que l’organisation d’un événement rassemblant des milliers de personnes crée, pour ses organisateurs, une obligation de prudence autonome. L’argument de la hiérarchie ou de la confiance dans l’autorité publique n’a pas suffi à exonérer les responsables. L’affaire n’est cependant pas conclue : le 22 décembre 2025, l’ancien ministre d’État a annoncé son intention de faire appel de sa condamnation pour blessures involontaires par le tribunal correctionnel.

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