mercredi 29 avril 2026
AccueilActualitésÀ la découverte des cétacés du sanctuaire Pelagos

À la découverte des cétacés du sanctuaire Pelagos

Publié le

C’est un refuge pour cétacés de 87 500 km2 entre l’Italie, le nord de la Sardaigne et la Côte d’Azur. Le sanctuaire Pelagos est né d’un accord trilatéral signé par Ia France, l’Italie et Monaco. L’objectif est de protéger une biodiversité riche dans les eaux entre ces trois États, limitant ainsi les actions de l’homme. Le 25 juin 2025, une classe de CM2 a eu l’occasion de se rendre au cœur de ce sanctuaire. Ils étaient accompagnés de scientifiques pour étudier et observer les animaux.

Il est 8 h 15 le mercredi 25 juin 2025 sur le quai des États-Unis à Monaco, et la foule d’enfants patiente, gilet de sauvetage sur les épaules. Lentement, l’Atlantide 2 accoste et laisse embarquer la classe de CM2 de l’école monégasque Saint-Charles. « Ne vous penchez pas par-dessus les rambardes, même si c’est tentant », lance au micro Pierre Brezzo, le propriétaire de Riviera Navigation, l’entreprise qui met à disposition son bateau pour la découverte du jour. Dans les yeux des enfants, une étincelle : l’envie de voir enfin des cétacés. Un espoir qui, après quelques kilomètres en mer, s’amenuise « Malheureusement, vu les conditions en mer, il est possible que nous n’observions pas de cétacés », explique le patron du navire au micro. La forte houle d’un mètre laisse dans son sillage des traces blanches au sommet des vagues, empêchant une belle visibilité.

Plus de 11 000 cétacés ont été répertoriés sur l’ensemble de la Méditerranée. Mais qu’en est-il des cétacés au sein de Pelagos, un refuge qui se trouve au sein de la juridiction de l’Accobams ?

11 000 cétacés observés en Méditerranée en 2018

Pourtant, les cétacés sont bien présents, dans cet espace de 87 500 km2, un sanctuaire pour la faune et la flore où les cétacés s’épanouissent. Sur le bateau, avec les élèves, un ensemble de professionnels de la mer et des cétacés profitent de la sortie pour aller sur le terrain. C’est notamment le cas de Camille Montiglio, salariée de l’Accord sur la conservation des cétacés de la mer Noire, de la Méditerranée et de la zone Atlantique adjacente (Accobams), un accord signé en 1996 à Monaco, et qui a pour objectif de réduire les menaces et la pression de l’homme sur les cétacés. « Estimer les populations de cétacés est un travail assez compliqué à faire, parce que, de la même façon que les poissons, ça bouge. On ne peut pas descendre et les compter à vue. On met donc en place des suivis aériens et par bateau. » Le dernier en date a eu lieu en 2018. Une grande campagne de recensement, couvrant l’entièreté de la Méditerranée, a été lancée par Accobams. Au total, il y a eu 800 heures de survol en avion sur plus de 70 000 kilomètres, ainsi que 22 000 kilomètres parcourus en bateau. Les résultats sont saisissants : plus de 11 000 cétacés ont été répertoriés sur l’ensemble de la Méditerranée. Mais qu’en est-il des cétacés au sein de Pelagos, un refuge qui se trouve au sein de la juridiction de l’Accobams ?

Sanctuaire Pelagos
« Voir ces animaux en mer c’est une chance, c’est quelque chose de magnifique et d’inoubliable. Je veux absolument que vous viviez cette expérience, qui vous marque à vie. Je vous offre donc à tous un voyage en mer en juillet ou en août [2025 — NDLR]. » Pierre Brezzo. Propriétaire de Riviera Navigation. © Photo Amaury Caillault / Monaco Hebdo

Rorqual, grand cachalot, dauphin bleu et blanc…

Parmi les dix-huit espèces de cétacés répertoriées en Méditerranée nord-occidentale, six espèces sont considérées comme « communes » dans les eaux du sanctuaire Pelagos : le rorqual commun, le grand cachalot, le dauphin de Risso, le grand dauphin, le globicéphale noir, et le dauphin bleu et blanc. En 2012, une grande campagne de recensement réalisée au sein de Pélagos, via des observations en bateau et en avion, avait permis d’estimer le nombre de ces six espèces à 6 083 individus. Ces chiffres seront étayés par une nouvelle campagne de recensement d’ampleur prévue en 2026. Cet espace de la mer Méditerranée, classé en « aire spécialement protégée d’importance méditerranéenne » (Aspim), contient énormément de cétacés. Les différents acteurs tentent de limiter l’impact de l’homme sur ce milieu. Filets de pêche, collision avec des bateaux et bruits sous-marins sont les trois principaux dangers pour ces populations de mammifères. Ces enjeux, les enfants de CM2 à bord de l’Atlantide 2 les connaissent déjà, à l’image de Grégoire, un élève qui s’est placé au bord du bateau pour mieux admirer la mer : « On a appris beaucoup de choses cette année, notamment que c’est notre action, à nous les hommes, qui tue les cétacés. »

Parmi les dix-huit espèces de cétacés répertoriées en Méditerranée nord-occidentale, six espèces sont considérées comme « communes » dans les eaux du sanctuaire Pelagos : le rorqual commun, le grand cachalot, le dauphin de Risso, le grand dauphin, le globicéphale noir, et le dauphin bleu et blanc

« Les enfants d’aujourd’hui seront les décisionnaires de demain »

La connaissance des risques anthropiques, Grégoire l’a apprise cette année en classe, avec la venue de scientifiques. Pendant toute l’année scolaire, les enfants ont reçu une douzaine de visites de la part de l’Association monégasque pour la protection de la nature (AMPN). Ils ont été formés à l’importance de la sauvegarde des mers. Eugenio Di Franco, salarié de cette structure, explique les objectifs de cette collaboration : « Les enfants d’aujourd’hui seront les décisionnaires de demain. Ils ont un rôle de sensibilisation auprès de leurs parents. Nous, on leur amène une analyse du terrain local, ce que l’on connaît, et une explication de nos actions dans les aires marines protégées de Monaco, qui font partie du sanctuaire Pelagos. » Étude des populations de cétacés présentes en Méditerranée, étude de la flore, étude des actions mises en place et étude de l’impact de l’action de l’homme sur la mer… Pendant toute l’année, les enfants ont appris à « concilier l’idée du respect et de la protection de l’environnement avec les objectifs économiques, politiques et géopolitiques de cet espace ».

Sanctuaire Pelagos
« Il faudrait voir un souffle d’une baleine ou d’un cachalot pour être certains qu’ils sont là. Mais l’aileron d’un dauphin, là non, c’est peu probable », explique Eugénio Di Franco, salarié de l’Association monégasque pour la protection de la nature (AMPN). © Photo Amaury Caillault / Monaco Hebdo

Pendant toute l’année, les enfants ont appris à « concilier l’idée du respect et de la protection de l’environnement avec les objectifs économiques, politiques et géopolitiques de cet espace »

Créer des « trucs qui aident la Terre »

Une vision qui a donné des idées aux enfants, comme Grégoire, 10 ans, qui pense à sa prochaine invention : « Tout ce CO2 rejeté par les voitures, je me dis qu’une voiture à l’eau, ça pourrait tout changer. » À côté de lui, son copain Alexandre l’arrête : « Mais ça existe déjà, hein. » Réponse de Grégoire : « Ah bon ? Bah même si ça existe, moi je veux en faire une pour sauver notre planète. » Grégoire veut devenir scientifique, pour « changer les choses » et découvrir de nouveaux « trucs qui aident la Terre ». Grégoire et Alexandre resteront, casquette sur la tête, à fixer le large pendant l’ensemble du voyage, et pourtant aucun cétacé ne se montrera. Comme prévu, la houle est trop forte, et l’observation est devenue quasiment impossible dans le sanctuaire : « Il faudrait voir un souffle d’une baleine ou d’un cachalot pour être certains qu’ils sont là. Mais l’aileron d’un dauphin, là non, c’est peu probable », explique Eugénio Di Franco. Choux blanc pour les enfants qui rentrent au port sans avoir pu voir de cétacés. Mais les sourires sont bien présents sur les visages : « J’ai adoré cette sortie. On en a parlé toute l’année de Pelagos. Donc prendre le large c’est sympa, même si on ne voit rien », s’amuse Grégoire. Après quatre heures en mer, les enfants reviennent à Monaco, et bien qu’ils n’aient pas pu admirer de cétacés, ils sont réinvités, dès cet été 2025, à retenter l’expérience avec leurs parents par Pierre Brezzo, le patron de Riviera Navigation, à qui appartient l’Atlantide 2 : « Voir ces animaux en mer c’est une chance, c’est quelque chose de magnifique et d’inoubliable. Je veux absolument que vous viviez cette expérience, qui vous marque à vie. Je vous offre donc à tous un voyage en mer en juillet ou en août [2025 — NDLR]. » Nul doute que les enfants sauteront sur l’occasion pour ramener avec eux leurs parents, et pour transmettre leurs savoirs sur les cétacés, sans oublier l’importance de leur protection à Pelagos.

Newsletter

Une sélection quotidienne d'informations directement dans votre boite Mail