Débutée en 2020, la rénovation du stade Louis II se poursuit. Elle devrait prendre fin en 2035, après trois phases de travaux. Le prochain objectif sera d’être opérationnel pour accueillir les Jeux des petits États d’Europe, qui se dérouleront à Monaco du 26 au 31 mai 2027. Mais, pour réaliser ces chantiers, le gouvernement monégasque doit libérer de la place dans les parkings du stade, ce qui cause parfois incompréhension et mécontentement chez les usagers.
« Les sujets de mobilité tendent un peu tout le monde », glisse la conseillère-ministre en charge de l’équipement, de l’environnement et de l’urbanisme, Céline Caron-Dagioni. À la veille de la suite des grands travaux au stade Louis II, les parkings commencent lentement à être vidés. Le gouvernement princier souhaite réaliser une opération de déménagement de la majorité des utilisateurs du parking du stade, afin de libérer de l’espace, « notamment pour les engins de chantier », explique Nicolas Sosso, directeur de Monaco Parkings, les parkings publics de Monaco.
« On anticipe ces transferts pour que l’utilisateur ne retrouve pas sa voiture sale tous les soirs »
Début septembre 2025, une phase d’un an et demi de travaux doit être lancée en prévision de l’organisation, par Monaco, des Jeux des petits États d’Europe. Un total de 34 millions d’euros sera investi pour améliorer les conditions d’accueil au sein de cette enceinte sportive. Tribunes et gradins plus confortables, buvettes modernisées, blocs sanitaires plus nombreux et agrandis… Bref, le confort devrait augmenter pour les spectateurs et les utilisateurs du stade. Mais l’horloge tourne au-dessus de la tête de la conseillère-ministre pour l’équipement, qui a reçu pour mission de terminer ces travaux avant la réception des Jeux des petits États d’Europe, en mai ou juin 2027. Ces travaux ne sont pas compatibles avec le nombre de places actuellement disponibles, assure Nicolas Sosso : « Vous ne faites pas une emprise de chantier sans avoir de la poussière dans les parkings, sans avoir du mouvement incessant. L’intérêt est là : on anticipe ces transferts, pour donner la meilleure expérience possible à l’utilisateur, afin qu’il ne retrouve pas sa voiture sale tous les soirs. »
« Oui, il y avait une pression. Une pression, parce que si on ne vide pas les parkings du stade, moi je ne commence pas les travaux, et si je ne commence pas les travaux, je ne peux pas livrer les gradins pour les Jeux des petits États d’Europe. Et je ne pense pas avoir la capacité de décaler la date de cet événement »
« Pression »
Ce déménagement est massif et définitif pour près de la moitié des usagers de ce parking, car seulement 643 places sur 1 400 resteront opérationnelles au stade Louis II pendant et après les travaux. Le problème, c’est que le parking du stade accueillait, jusque-là, de nombreux salariés des entreprises basées dans le quartier de Fontvieille. Beaucoup ont été surpris de devoir déménager au parking des Salines, à environ 15 minutes à pied du stade Louis II, ou au parking Saint Antoine de Cap d’Ail, situé à une centaine de mètres environ. Anonymement, des anciens utilisateurs du parking du stade, contraints de déménager aux Salines sous peine de perdre leur place de parking, se sont plaints de la pression mise en place par le gouvernement pour accélérer les démarches. Une pression que ne cache pas du tout la conseillère-ministre, Céline Caron-Dagioni : « Oui, il y avait une pression. Une pression, parce que si on ne vide pas les parkings du stade, moi je ne commence pas les travaux, et si je ne commence pas les travaux, je ne peux pas livrer les gradins pour les Jeux des petits États d’Europe. Et je ne pense pas avoir la capacité de décaler la date de cet événement. »

Des salariés qui dénoncent la manière de faire
Cependant, alors que certains employeurs se plaignent de la manière dont les choix sont faits sur qui déplacer, ou non, vers le parking des Salines et ses 1 800 places, Nicolas Sosso se défend : « On essaye de préserver l’intérêt collectif, et donc de préserver les abonnés qui sont liés à des associations, et qui sont directement liés à l’usage du parking. Puis, en fonction de la typologie des abonnés, on prend les entreprises qui ont le plus gros ratios d’abonnés, et on fait en fonction. » Certains salariés, notamment de l’entreprise SBM Offshore, se sont plaints du ton, qu’ils ont perçu comme menaçant, lors de certains échanges téléphoniques avec le gouvernement. Un point que réfute le département de l’équipement : « Il y a eu un réel échange depuis plusieurs mois. Nous allons, avec Nicolas Sosso, à la rencontre des directeurs des ressources humaines des entreprises pour leur expliquer la manière dont le déménagement des places de parking va se dérouler. » Du côté du siège de SBM Offshore, le ton est à l’apaisement : « S’agissant du parking sous le stade Louis II, nous avons été informés en principauté que des travaux étaient à prévoir. En anticipation, nous avons rapidement engagé le dialogue sur ce point, depuis le dernier trimestre 2024, pour accompagner sereinement la relocalisation de nos collaborateurs vers des parkings situés en entrée de ville. » De son côté, Céline Caron-Dagioni réfute les menaces. Elle met en avant des envois d’e-mails, des appels téléphoniques, des courriers, ainsi qu’un suivi téléphonique, en cas de besoin : « On essaye de préserver systématiquement un choix qui va satisfaire l’intérêt collectif. C’est certain qu’individuellement, quand un utilisateur va être impacté, c’est plus difficile à supporter, puisque son quotidien change. Mais on cherche toujours à rendre service, et à faire en sorte que l’on puisse satisfaire le plus grand nombre. »

Certains salariés, notamment de l’entreprise SBM Offshore, se sont plaints du ton, qu’il ont perçu comme menaçant, lors de certains échanges téléphoniques avec le gouvernement. Un point que réfute le département de l’équipement
« On a également lancé les liaisons piétonnes pour accélérer les trajets »
Un salarié qui travaille à Fontvieille, qui se garait au stade Louis II et qui doit désormais aller au parking des Salines, doit prévoir une quinzaine de minutes de marche à pied. Cela peut sembler minime, mais cela impacte le quotidien, comme l’explique Delphine, salariée d’une grosse entreprise, basée à deux pas du stade : « Je dois partir plus tôt, et donc me réveiller plus tôt pour emmener mon enfant chez la nourrice. Et le soir, c’est la même chose. C’est un petit changement, qui bouleverse le quotidien. » Une remarque à laquelle répond le gouvernement princier en mettant en avant les nombreux ralentissements dans la principauté le matin et le soir. Autre argument mis en avant par Céline Caron-Dagioni : le travail d’adaptation fait sur les transports, depuis le parking des Salines : « On a mis en place plusieurs navettes pour que les abonnés aient accès à ce service avec leur abonnement. On a également lancé les liaisons piétonnes pour accélérer les trajets. Et il y en aura encore d’autres, pour pouvoir avoir plusieurs moyens d’accéder à son travail. » Quand certains accusent le gouvernement de vouloir remplir au forceps les 1 800 places du parking des Salines ouvert depuis le 16 avril 2024, le gouvernement assure que ce déménagement était obligatoire. Actuellement, le taux de remplissage des Salines est d’un « peu plus de 75 % » selon Nicolas Sosso, qui espère être complet d’ici l’été 2025.
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« Je dois partir plus tôt, et donc me réveiller plus tôt pour emmener mon enfant chez la nourrice. Et le soir, c’est la même chose. C’est un petit changement, qui bouleverse le quotidien »
Delphine. Salariée à Fontvieille
Places de parking disponibles à Monaco : une situation complexe et tendue
Le département de l’équipement se dit conscient de la situation complexe et tendue autour de la question des places de parking disponibles pour les automobilistes en principauté. Alors que la gare de Monaco voit sa fréquentation augmenter chaque année avec 9,3 millions de visiteurs en 2024 contre 8,1 millions en 2023, les transports en commun restent plébiscités par les salariés de la principauté. Mais cela ne suffit pas. Car un grand nombre de salariés continue de prendre sa voiture chaque matin. De son côté, Céline Caron-Dagioni se dit à « la recherche d’un progrès continu sur les moyens et sur la manière de pouvoir gérer ces parkings ». Malgré les mécontentements et malgré les critiques, le gouvernement assure qu’il va mener à bien sa mission de déménagement de plus de la moitié des abonnés du parking du stade d’ici la fin de l’été 2025.
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