Nouvelle présidente du syndicat des domaines skiables de France, Anne Marty revient sur la publication du rapport de la Cour des comptes concernant les stations de ski confrontées au changement climatique. Pour elle, de la méthodologie aux conclusions en passant par les données utilisées, « rien ne va » dans ce document. Elle insiste : si « les stations de ski sont en première ligne face au changement climatique », de nombreux efforts sont faits en la matière.
Quelle est votre réaction au rapport publié par la Cour des comptes sur les stations de montagne face au changement climatique ?
Nous avons été très déçus et nous sommes en désaccord sur plusieurs points de ce rapport. La Cour des comptes a voulu faire le « show », et elle a réussi son coup ! Tout d’abord, il faut souligner que la communication autour de ce rapport a été problématique. Nos représentants n’ont pas pu accéder à la conférence de presse où il a été présenté, ce qui nous a empêchés de répondre rapidement aux conclusions erronées ou imprécises qu’il contient. Par la suite, les médias se sont largement fait l’écho de ces conclusions, souvent sans prendre la peine de recueillir l’avis des acteurs de la montagne pour rectifier certaines erreurs.
De quelles erreurs parlez-vous ?
Elles sont nombreuses ! Sur le fond comme sur la forme, la Cour des comptes se trompe. Un exemple frappant concerne la part de l’eau utilisée pour produire de la neige artificielle. La Cour des comptes avance que cela représenterait 8 % des prélèvements en Savoie. Ce chiffre est faux. En réalité, cette part est de seulement 0,1 %. C’est moins de 10 millions de m³ sur les 10 milliards de m³ d’eau prélevés chaque année pour tous les usages dans le département ! De plus, cette eau est, pour l’essentiel, restituée au milieu naturel lors de la fonte des neiges. Ces données montrent à quel point les conclusions de la Cour sont inexactes.
La méthodologie employée par la Cour des comptes est-elle en cause ?
Oui, tout à fait. Les scores de vulnérabilité attribués aux stations sont discutables, tant sur le plan méthodologique que sur les résultats obtenus. Par exemple, des stations comme Courchevel et Font d’Urle, ou encore le Col de Porte et Les Deux Alpes, se voient attribuer des scores similaires. Cela n’a pas de sens, car ces stations n’ont ni les mêmes caractéristiques géographiques ni les mêmes capacités d’adaptation. On trouve même, dans le classement, des stations… qui n’existent plus !
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Les stations de ski ne seraient donc pas aussi vulnérables face au réchauffement climatique ?
Les stations de ski sont en première ligne face au changement climatique. Là encore, les affirmations du rapport sont très sévères et souvent indifférenciées. Nos stations intègrent le réchauffement climatique dans leurs investissements, en utilisant notamment un outil appelé Climso, selon différents scénarios – qui ne dépendent d’ailleurs pas uniquement de ce que font ou ne font pas les stations de ski. Cela permet de réfléchir à court, moyen et long terme. De plus, les usages changent, par exemple en matière de transport des clients vers les stations et de circulation au sein même de la station. Les énergies utilisées sont aussi plus vertueuses. Mais de tout cela, la Cour des comptes ne s’en soucie guère.
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