vendredi 17 avril 2026
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La danse fait son show

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The Concert de Jérôme Robbins.
The Concert de Jérôme Robbins. © Photo Wiener Staatsballett/Dimo Dimov (Ballet de Vienne)

Du Bolchoï à un Lac signé Maillot et Jean Rouaud, en passant par des créations laissant la place à la nudité et à l’engagement politique… Les Ballets de Monte-Carlo et le Monaco Dance Forum, qui viennent de fusionner, ont misé sur l’éclectisme.

Lors de la présentation du Monaco Dance Forum à la presse, aucune équivoque n’était possible?: « Aujourd’hui, on ne parle pas budget mais culture », a prévenu Jean-Christophe Maillot. Pas question donc de revenir sur les 700?000 euros de coupes budgétaires entre 2011 et 2012 frappant le MDF et les ballets, impliquant une suppression en 2012 des spectacles aux terrasses du Casino. Ou sur les risques introduits par le sponsoring privé compensant le désengagement de l’Etat… Le directeur des Ballets de Monte-Carlo s’est cantonné à parler du Dance Forum. Et pour cause. Car à partir du 10 décembre, tenez-le vous pour dit, Monaco vivra au rythme des créations et des chorégraphies originales du MDF. Il y en aura pour tous les goûts. Vous avez adoré la chorégraphie de West Side Story?? Accompagné par l’orchestre de Prague, le ballet national de l’Opéra de Vienne, qui vient d’être repris par le danseur étoile Manuel Legris, rendra hommage à son créateur, Jérôme Robbins, dont le travail a été souvent ignoré. Trois pièces radicalement différentes du chorégraphe sont présentées (le 10 décembre). Le concert (1956), l’une des premières pièces comiques de la danse contemporaine, In the Night (1970), un chef d’œuvre de Robbins sur une musique de Chopin et Glass Pieces (1983) qui met en perspective la danse minimaliste.

Jean-Christophe Maillot
Jean-Christophe Maillot © Photo Ballet de Monte Carlo

Spectacles engagés

En 2010, le MDF avait rendu hommage à Pina Bausch, décédée en 2009, en accueillant le Tanztheater Wuppertal, qui ne s’était pas produit sur la Côte d’Azur depuis 30 ans. Cette année, c’est l’une des danseuses emblématiques de « Pina » qui apporte sa pierre à l’édifice (le 11 décembre). Marilou Airaudo propose en effet une chorégraphie engagée avec Irgendwo. « Je suis souvent réservé sur le hip hop car j’estime qu’il doit rester là où il est né, dans la rue. Mais ce spectacle là est surprenant et touchant, interprété par des gamins qui viennent des banlieues allemandes », commente Maillot. Des gamins que l’on retrouvera aussi dans le Oliver Twist de Josette Baïz. Cette pièce chorégraphique pour seize danseurs âgés de 8 à 15 ans traite de l’enfance maltraitée. « Ces enfants des quartiers difficiles de Marseille sont absolument époustouflants et je remonte une pièce pour eux », prévient le directeur des ballets monégasques.
Autre spectacle engagé?: la création de la Sud-africaine. Robyn Orlin livrera (le 13) une pièce inspirée par le destin terrible de la Venus Hottentote. Soit l’une de ces nombreuses femmes africaines montrées à travers l’Europe comme des animaux de foire. Présentée comme un spécimen ethnologiquement authentique du peuple africain, cette Vénus a dû exhiber ses organes génitaux avant d’être disséquée puis conservée dans du formol au musée de l’homme à Paris… « C’est un spectacle engagé politiquement et qui a une véritable prise de position par rapport à la nudité. A travers cette création, je défends aussi âprement cette grande chance qu’ont les artistes à Monaco?: avoir cette liberté de ton », rappelle Maillot pour qui « il faut se battre pour garder cette fonction d’agitateur. »
Et comme les grands danseurs font parfois de grands chorégraphes, Crystal Pite, élève de Forsythe, livrera elle aussi sa création (le 12). « Pléthore de chorégraphes ont essayé de reproduire le même schéma que Forsythe mais cette chorégraphe canadienne est une des seules à avoir digéré le travail du maître et à avoir une écriture chorégraphique particulière », explique Maillot.
Après avoir exploré la poésie de Virgilio Seni avec sa Natura delle Cose (le 14) et la danse nordique (le 16), retour à la tradition (le 17) avec 40 danseurs du Bolchoï. La soirée de gala sera en effet consacrée au Lac des cygnes. Avant de présenter sa nouvelle création Lac, du 27 au 31 décembre, Jean-Christophe Maillot a décidé de croiser tradition et modernité à travers une rencontre inédite entre les Ballets de Monte-Carlo et le prestigieux Bolchoï. « C’est une manière de présenter ce que l’on a souhaité faire avec Lac?: une relecture d’une œuvre que tout le monde connaît et que beaucoup apprécient pour son Acte blanc. C’est une rencontre qui met en perspective différents partis pris. »

Un « Lac » avec Rouaud et Pignon-Ernest

Avec Lac, Jean-Christophe Maillot veut en effet créer la surprise. Pourquoi s’attaquer au Lac des Cygnes, symbole du classicisme?? « Pendant longtemps, il y a trois ballets que je m’étais promis de ne jamais faire?: Giselle, Copélia car la musique m’est insupportable et le Lac car j’avais la trouille. Quand on vieillit, on a un peu moins peur », livre Maillot. Pas question pour autant de faire un copié-collé intergénérationel ou de détruire l’original dans la subversion. « Jusqu’à présent, les chorégraphes ont tenté des visions psychanalytiques du Lac des Cygnes ou des plaidoyers pour la place de l’homosexualité dans le monde », rappelle le chorégraphe, qui veut redonner sa dimension à l’ensemble de l’œuvre. En clair, l’histoire du Lac, c’est une femme transformée en cygne. On retrouvera sans aucun doute dans la chorégraphie de Maillot la difficulté d’un individu de se retrouver dans la position animale ainsi que la relation à l’autre, qui caractérise l’être humain. Mais aussi certainement de l’humour. « Le Cygne noir c’est la femme que l’on aime et le cygne blanc celle qu’on épouse… », plaisante le directeur des Ballets qui s’est reposé sur des fondamentaux dans ce ballet?: Ernest Pignon-Esrnest signe la scénographie et Philippe Guillotel la création des costumes. Tandis que Bernice Coppieters interprètera l’un des personnages clés.
En revanche, grande première pour Maillot?: pour créer une nouvelle dramaturgie, le chorégraphe s’est associé à Jean Rouaud, prix Goncourt 1990 pour Les champs d’honneur. Sans dévoiler le « pitch » du ballet, l’écrivain a au moins planté le décor?: « Au cours des dernières années, les interprétations successives du Lac des cygnes se sont tellement appliquées à subvertir le livret original pour se défendre de tout soupçon d’académisme qu’on en oublie que l’histoire empruntée aux vieilles légendes germaniques se nourrit de nos terreurs archaïques — la peur que la nuit ne l’emporte contre le jour, Van Rothbart contre Siegfried — et qu’elle fonctionne au plus puissant des moteurs de transgression?: le désir mimétique. Odette-Odile, cygne blanc-cygne noir, bonnet blanc-noir bonnet ». On n’en saura pas plus. Seule certitude?: cette collaboration Maillot-Rouaud est la première mais pas la dernière. Pour le Printemps des Arts 2013, les deux hommes ont un projet commun avec le compositeur Yan Maresz, qui a déjà travaillé avec les Ballets de Monte-Carlo sur Entrelacs en 2000 et Recto-Verso – d’une rive à l’autre en 2003. Au programme?: « Du Rouaud pur et un peu de Fred Astair »?! Là aussi, tout un programme…

Réservations?: 99?99?30?00. Tarifs?: de 10 à 33 euros. www.balletsdemontecarlo.com

Dancing Machine
Lors du Monaco Dance Forum, le Grimaldi Forum accueillera dans son puits de lumière Dancing Machine. Une exposition à la dimension ludique élaborée par des artistes de renommée internationale. Soit 14 installations interactives (prototypes de la discothèque du futur, machines à danser ou Igloos musicaux…) à tester en famille ou entre amis?!

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