Qualité de vie, logement des monégasques, santé, emploi, IVG… Les résultats de la consultation lancée par les élus du Conseil national auprès de la population monégasque ont été dévoilés publiquement dans la soirée du 26 novembre 2024.
Après les 40 questions sur la qualité de vie envoyées à 7 000 Monégasques par les élus du Conseil national en septembre 2019, les élus ont à nouveau décidé de consulter les nationaux. Cette fois, les questions étaient plus larges, et construites à partir de huit grand chapitres : contexte général, la principauté durable et la mobilité, économie et emploi, le logement des Monégasques, l’offre de la santé à Monaco, les questions de société, les loisirs, le sport et l’éducation des jeunes, et enfin, la perception du Conseil national et les actions possibles. Entre le 11 septembre et le 10 octobre 2024, 2 768 questionnaires ont été traités, 1 811 questionnaires « papier » et 957 questionnaires validés en ligne, sur Internet. A l’arrivée, le profil des répondants est plutôt féminin (55 %), âgé de 55 ans et plus (55 %), et dessine quelqu’un qui vit surtout dans les domaines de l’Etat (74 %), et se trouve autant actif que retraité (49 % pour chacun). Cette étude n’est pas un sondage, puisqu’aucun échantillon représentatif de la population monégasque n’a été construit et étudié. Il s’agit bien d’une consultation, analysée par l’Institut BVA XSight, à laquelle toute personne majeure et de nationalité monégasque pouvait répondre.
Commerces
Concernant les commerces de Monaco « une satisfaction majoritaire concernant la qualité de l’accueil et des services, ainsi que sur les gammes de produits, mais moins d’un Monégasque sur deux se dit satisfait concernant la variété des enseignes et le rapport qualité-prix », résume l’Institut BVA XSight. Les Monégasques pointent un trop-plein de magasins de luxe et un manque de commerces de proximité. Les travaux envisagés au centre commercial de Fontvieille doivent être une « véritable restructuration » pour 47 % des Monégasques, alors que 26 % militent pour « quelques aménagements et un rafraîchissement », et 25 % pour une « remise à niveau limité ». Grâce à cette étude, les conseillers nationaux disposent désormais de données chiffrées pour évoquer une multitude de sujets avec le gouvernement. De quoi alimenter les débats pendant les mois à venir.
Santé
Le chapitre « santé » de cette consultation évoque, bien sûr, le centre hospitalier princesse Grace (CHPG). La satisfaction à propos de la qualité de la prise en charge dans cet établissement de santé atteint 63 %. Si, globalement, les Monégasques apprécient le CHPG, ils évoquent, en revanche, des délais jugés souvent trop longs pour obtenir des rendez-vous, surtout avec des spécialistes. « Vous demandez une priorité pour les nationaux, car l’afflux de patients étrangers contribue à allonger les temps d’attente. Vous pensez que les urgences doivent faire des progrès », a commenté la conseillère nationale Marie-Noëlle Gibelli. Un projet est vu d’un très bon œil par les personnes interrogées. Il s’agit de la création d’une « maison de santé », poussée par les élus du Conseil national depuis le début de la mandature 2023-2028, et dont la mission consisterait à prendre en charge les maux bénins et les petites blessures. Cette idée est approuvée par 78 % des Monégasques interrogés.

Bonheur
Si neuf Monégasques sur dix se disent « heureux », 89 % donc, au niveau international, c’est la Finlande qui s’est classée première pour la septième année consécutive, selon un « rapport mondial sur le bonheur dans le monde » parrainé par l’ONU et publié en mars 2024. Derrière la Finlande, on trouve le Danemark, l’Islande et la Suède, pendant que la France occupe la 27ème position, avec 71 % de personnes qui se disent « heureuses ». En Italie, 41ème de ce classement, le pourcentage est de 58 %. A Monaco, c’est la qualité de vie, et notamment les bouchons, la qualité de l’air et le bruit, qui préoccupent 63 % des Monégasques interrogés. Derrière, la qualité des soins (37 %), la sécurité (34 %), le logement (26 %), l’inflation et le niveau de vie (21 %), et l’éducation (19 %) suivent.
Si neuf Monégasques sur dix se disent « heureux », c’est la qualité de vie, et notamment les bouchons, la qualité de l’air et le bruit, qui préoccupent 63 % d’entre eux. Derrière, la qualité des soins (37 %), la sécurité (34 %), le logement (26 %), l’inflation et le niveau de vie (21 %), et l’éducation (19 %) suivent
Voire la sécurité, qui arrive en troisième position, ce qui est une surprise, comme si l’inquiétude à ce sujet évoquée en France avait fini par contaminer Monaco. Les Monégasques estiment à 47 % que tout est fait en principauté pour préserver leur qualité de vie, ce qui représente 6 % de plus qu’en 2019. Mais 48 % pensent l’inverse. Le ras-le-bol par rapport aux bouchons incessants dans les rues de Monaco est plus que jamais présent. Sur le rail, 80 % jugent qu’il est urgent d’améliorer grandement la desserte SNCF de Monaco, pendant que 63 % souhaiteraient voir les bus de Monaco gratuits, ce qui rejoint l’une des attentes des conseillers nationaux.
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Quant au projet de navette maritime Nice-Monaco, puis, à terme, prolongée vers Menton et Vintimille, 58 % des Monégasques interrogés espèrent qu’il verra le jour.
La sécurité arrive en troisième position, ce qui est une surprise, comme si l’inquiétude à ce sujet évoquée en France avait fini par contaminer Monaco
Sur le même thème, l’installation d’un péage urbain à l’entrée de Monaco est vue d’un bon oeil par 53 % des Monégasques consultés, ce qui est un chiffre assez inattendu pour une telle mesure. Quant à l’idée de creuser une ligne de métro entre Nice et Monaco, dans un premier temps, avant peut-être de rejoindre, à terme, l’Italie du côté de Vintimille, le sentiment est à peu près le même : 51 % y sont favorables.
Logement
Sur le dossier du logement des monégasques, globalement, les personnes interrogées se disent satisfaites de leur appartement à 79 % : « les Monégasques estiment très largement que leur logement est en adéquation avec leurs besoins », mais « la satisfaction est moindre, bien que majoritaire, en secteur protégé ». Après le montant du loyer et des charges. Ensuite, 46 % des Monégasques regardent de près le montant du loyer et des charges, en vue de la concrétisation d’un contrat habitation-capitalisation. Ils sont également attentifs à la présence d’un parking dans l’immeuble (39 %), au type de quartier (36 %), et à l’isolation phonique (30 %). La surface (29 %) et le nombre de pièces (28 %) arrivent ensuite.
Les personnes interrogées se disent satisfaites de leur appartement à 79 % : « Les Monégasques estiment très largement que leur logement est en adéquation avec leurs besoins », mais « la satisfaction est moindre, bien que majoritaire, en secteur protégé »
Les Monégasques se disent donc près à faire passer le “standing” de leur logement au second plan, pour pouvoir se lancer dans un contrat habitation-capitalisation. Si les Monégasques interrogés se disent très favorables à la création d’une « agence domaniale » pour mieux gérer les mouvements d’un appartement de l’Etat à un autre, Pour près des deux tiers d’entres-eux, une agence domaniale devrait « prioritairement donner la possibilité de choisir entre plusieurs appartements », tout en offrant un « lieu unique regroupant les interlocuteurs traitant du logement ». Ces attentes sont jugés « plus prioritaires qu’une simplification des démarches ou une fréquence accrue des commissions d’attribution », indique cette étude.

Emploi
En ce qui concerne l’application de la priorité nationale, 37 % des Monégasques qui ont participé à cette consultation estiment qu’elle n’est pas respectée. « Vous êtes nombreux à lancer des alarmes concernant la présence importante de Français dans les postes clés, et vous allez jusqu’à dénoncer des pratiques qui nuisent aux Monégasques. Pour vous, il ne suffit pas de textes : il faut changer les pratiques dans les faits pour les recrutements, notamment dans l’administration et les entreprises locales, pour préserver l’indépendance de Monaco et soutenir les générations futures », a souligné Mikaël Palmaro. « Vous êtes plusieurs à proposer la création d’une cellule de contrôle ou d’un organisme indépendant avec des pouvoirs de vérification et de sanction, pour mieux faire respecter cette priorité », a ajouté Fabrice Notari. En ce qui concerne leur activité professionnelle, les Monégasques interrogés se disent « épanouis » à 74 %. Aux Pays-Bas, ce taux atteint 86 %, contre 77 % aux Etats-Unis, 70 % en France, et 62 % en Italie. Mais seulement 62 % des Monégasques consultés se sentent « bien considérés », 59 % rémunérés à la hauteur de leur engagement, et 58 % se disent satisfaits de la progression de leur carrière. Toujours en lien avec le monde de l’entreprise, « des Monégasques sont globalement un peu dubitatifs sur l’incitation à créer une activité ou une entreprise à Monaco : un tiers d’entre eux ne se prononce pas, et plus d’un quart estime que ce n’est pas le cas – un jugement critique partagé par une majorité de chefs d’entreprise », indique l’étude de BVA Xsight.

Société
C’est l’un des chiffres les plus marquants de cette consultation : « Quatre Monégasques sur cinq [80 % — NDLR] se montrent favorables à la légalisation du recours à l’IVG, et même « tout à fait » favorables pour les deux tiers d’entre eux. » Face à un chiffre aussi marqué, le Conseil national peut se mettre au travail. Tout en précisant que les conseillers nationaux « n’utiliseront pas ce chiffre comme d’un levier de pression, mais plutôt comme un éclairage sur l’état de notre opinion publique sur les questions de société », Béatrice Fresko-Rolfo a confirmé que l’Assemblée étudierait « cette évolution législative au travers d’une proposition de loi à l’initiative du Conseil national […]. Nous prendrons tout le temps nécessaire, mais pas plus que ce temps nécessaire, et nous prendrons en compte les sensibilités de chacun. » Concernant la question du harcèlement, les Monégasques questionnés estiment que ce problème est réel.
« Quatre Monégasques sur cinq [80 % – NDLR] se montrent favorables à la légalisation du recours à l’IVG, et même «tout à fait» favorables pour les deux tiers d’entre eux »
A la question « pensez-vous que la question du harcèlement scolaire au sein des établissements de Monaco est traitée à la hauteur du phénomène ? », 36 % répondent « oui » et 31 % « non ». A noter que les moins de 35 ans et les étudiants pensent à 46 % que le harcèlement scolaire n’est pas suffisamment pris en charge. Toujours du côté des jeunes, sans surprise, depuis la disparition du Ni-Box en 2022, c’est un espace multi-activités qui est perçu comme l’équipement manquant le plus à la jeunesse en principauté : 66 % des Monégasques interrogés en espèrent un, et ce désir grimpe à 80 % chez les moins de 35 ans.

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Dans le détail, 30 % espèrent un lieu pour écouter ou jouer de la musique “live”, 27 % un bowling, 22 % un city-stade, et 18 % une patinoire en hiver. Autant d’activités qui pourraient trouver leur place dans le cadre de la restructuration du centre commercial de Fontvieille, par exemple. Autre donnée intéressante : deux Monégasques sur trois (67 %) jugent nécessaire la création d’une filière de classe préparatoire.




