mercredi 15 avril 2026
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Guillaume Rose : « Monaco exerce un capital sympathie très fort »

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Guillaume Rose, directeur général exécutif du Monaco economic board (MEB) a accompagné une délégation de 44 entreprises à Londres en juin 2024 pour attirer de nouvelles entreprises, et de nouveaux résidents, en principauté. Et cela, dans un contexte de possible exode de grandes fortunes, suite à la grande réforme fiscale engagée par le nouveau gouvernement britannique travailliste. Interview.

La fin du statut « non-dom » va s’accompagner d’un exode de résidents fiscaux depuis le Royaume-Uni ?

De ce coté, le MEB est plutôt tourné vers les entreprises. Bien sûr, ce sont les personnes qui les animent, mais notre champ d’action reste centré vers les entreprises. La suppression de ce statut, pour les personnes qui bénéficiaient jusqu’ici de certains avantages au Royaume-Uni, peut se traduire par un exode, mais leur profil est davantage géré par le Monaco Private Label, la cellule attractivité du gouvernement, qui travaille avec Frédéric Genta, délégué interministériel à l’attractivité et à la transition numérique.

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Cette réforme fiscale britannique peut conduire des entreprises à quitter le Royaume-Uni ?

Nous sommes à la recherche de tout business, et non pas de toute personne physique, susceptible de s’installer en principauté dans un “deal” gagnant-gagnant, et à la recherche de débouchés pour nos entreprises monégasques. Nous ciblons les entreprises anglaises susceptibles de servir de partenaire, de fournisseur ou de client à nos entreprises. Il y a beaucoup d’entreprises du secteur bancaire et financier, ainsi que du conseil juridique. Nous sommes également là pour leur expliquer le cadre juridique et bancaire nécessaire à l’établissement d’une entreprise à Monaco.

« Les Anglais savent que, contrairement au Venezuela, nous sommes un pays stable qui a à cœur de tenir ses engagements internationaux. Nous avons tâté la ligne, mais nous revenons vers ce qui est notre vocation naturelle : avoir une place dans le concert de nations stables et sérieuses »

D’où cette importante délégation envoyée à Londres en juin 2024 ?

C’était une énorme délégation, de 62 personnes, pour 44 entreprises. Nous avons mené trois opérations distinctes, grâce au soutien indéfectible d’Evelyne Genta, ambassadrice de Monaco à Londres. Nous avons été très gentiment reçus par nos partenaires de la galerie Hauser & Wirth avec des entreprises anglaises, puis au Royal Automobile Club. Nous nous sommes également rendus au siège de la société Savills, l’un des grands leaders de l’immobilier mondial, en compagnie de la London Chamber of Commerce and Industry. Nous sommes aussi allés au Royal Thames Yacht Club de Knightsbridge, à la rencontre d’une soixantaine de contacts dans la finance, qu’ils soient conseillers juridiques, family offices, fiscalistes, experts comptables, ou banquiers.

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Quel était leur point de vue vis-à-vis de Monaco ?

Ce qui est certain, c’est que Monaco exerce un capital sympathie très fort. Nous pressentions tous que nous risquions placement en liste grise, et nous ne l’avons pas caché. Nous avons expliqué ce qui se passerait après ce placement, mais les businessmen anglais ont toujours été attirés par la destination Monaco, malgré tout. Nous avons effectué plusieurs visites à Londres ces dernières années, et nous avions rarement constaté un aussi gros engouement. On ne peut donc pas considérer qu’il y ait eu un effet négatif marqué lors de notre visite, vis-à-vis de ce placement sur liste grise.

« Cette liste grise du Gafi est considérée à Londres comme une péripétie, et les prescripteurs des « ultra high net worth individuals » sont dans une perspective de long-terme. Un placement sur liste grise d’un an et demi ne leur semble donc pas dommageable »

Quels sont les arguments en faveur de Monaco, malgré ce contexte ?

Les Anglais savent que, contrairement au Venezuela, nous sommes un pays stable qui a à cœur de tenir ses engagements internationaux. Nous avons tâté la ligne, mais nous revenons vers ce qui est notre vocation naturelle : avoir une place dans le concert de nations stables et sérieuses. C’est profondément la conception des Anglais, quand ils parlent de Monaco.

Comment un placement sur la liste grise du Groupe d’action financière (Gafi), qui lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, peut ne pas les faire fuir ?

Cette liste grise du Gafi est considérée à Londres comme une péripétie, et les prescripteurs des « ultra high net worth individuals » sont dans une perspective de long-terme. Un placement sur liste grise d’un an et demi ne leur semble donc pas dommageable. Et ils savent que nous allons réagir de manière adéquate, et au bon moment.

Il va donc falloir attendre un an et demi pour espérer attirer ces profils en principauté ?

Je pense qu’il va falloir s’armer un peu de patience, car le prescripteur et le client ne sont pas pressés. Tout le monde est dans l’attente, notre déplacement à Londres était donc bien tombé. Nous nous sommes mis sur la carte, alors que la question du maintien au Royaume-Uni se pose pour eux.

Keir Starmer Royaume-Uni
« Après ces législatives au Royaume-Uni, on est plutôt passé d’une droite décomplexée, qui a été au pouvoir depuis près de 15  ans, à une gauche « respectable ». Ce n’est pas la gauche de Jeremy Corbin, et je n’ai pas trouvé les Anglais inquiets. Ils s’attendaient à un changement de régime et ils sont restés sur une base libérale. Il n’y pas de panique des résidents à ce sujet, bien au contraire. » Guillaume Rose. Directeur général exécutif du Monaco economic board (MEB) [en photo, Keir Starmer, le nouveau premier ministre travailliste britannique — NDLR]. © Photo Fred Duval / Shutterstock

La concurrence est rude, ne serait-ce qu’en Europe, face à la Suisse, Malte et l’Irlande ?

Bien sûr, il y a de la concurrence, qui plus est au cœur de l’Union européenne (UE), par des pays qui ne figurent pas en liste grise. La Suisse, énormément, mais aussi la Belgique, Malte. Le Portugal offre aussi un régime très favorable pour les résident étrangers, et compte déjà énormément d’Anglais. Mais nous avons pour atout notre internationalisation totale.

Comment se traduit cette internationalisation ?

Parmi nos principaux atouts, nous comptons l’école internationale, the International School of Monaco, et l’école britannique, the British School of Monaco. L’éducation est devenue l’argument numéro un pour concrétiser un projet d’installation finale en principauté. Ce n’était pas le cas il y a encore quinze ans. Désormais, les écoles sont un puissant moyen d’attirer les personnes avec des moyens conséquents, qui souhaitent s’installer, ouvrir une entreprise, et profiter d’une bonne qualité de vie.

Il y a aussi un avantage fiscal à s’installer à Monaco ?

Je rappelle que notre niveau d’imposition reste unique en principauté. Du point de vue des entreprises, à Monaco l’imposition ressemble à peu de choses près à celle de la France. Mais, du point de vue des individus, c’est beaucoup plus intéressant pour les impôts directs et les droits de succession. On peut donc parler d’installation à long terme. Notre fiscalité est un atout, mais ce n’est pas la décision première pour autant.

Quel est le principal atout de Monaco alors ?

Le principal atout de Monaco, c’est sa qualité de vie internationale, car les résidents évoluent dans une communauté internationale. Et l’éducation pour les enfants. On sent de plus en plus que les personnes qui font fortune ont entre 35 et 55 ans. Ils ont des enfants, et ils sont soucieux de l’éducation qu’ils vont recevoir.

« Parmi nos principaux atouts, nous comptons l’école internationale, the International School of Monaco, et l’école britannique, the British School of Monaco. L’éducation est devenue l’argument numéro un pour concrétiser un projet d’installation finale en principauté »

Lors du Brexit, des résidents britanniques ont quitté Monaco ?

Il y a eu quelques départs, mais pas un exode. On a connu un petit mouvement de panique, mais les gens viennent encore plus nombreux aujourd’hui. Une part de tradition reste immuable : à Londres, on considère encore Monaco et Monte-Carlo comme des lieux magiques et mythiques. On y va toujours, et on y reste, parfois.

Le retour des travaillistes au pouvoir, depuis les élections élections générales du 4 juillet 2024, inquiète certains résidents britanniques ?

Selon moi, il n’en ressort pas une peur palpable. On est plutôt passé d’une droite décomplexée, qui a été au pouvoir depuis près de 15 ans, à une gauche « respectable ». Ce n’est pas la gauche de Jeremy Corbin, et je n’ai pas trouvé les Anglais inquiets. Ils s’attendaient à un changement de régime et ils sont restés sur une base libérale. Il n’y pas de panique des résidents à ce sujet, bien au contraire. Les Anglais ont tiré les leçons du Brexit. Leur nouveau parlement n’est plus dans la droite ligne de celui qui les y a conduit.

Quelle est la prochaine étape, pour attirer de nouvelles entreprises en principauté ?

L’opération séduction continue avec nos clients. Nous mettons ces clients en relation, et nous les laissons ensuite concrétiser leurs projets. Nous n’interférons pas après. L’installation en principauté est davantage gérée par la direction du développement économique. Notre priorité est de satisfaire nos membres, plus que de connaître leur chiffre d’affaires dégagé après une rencontre.

Vous pouvez compter sur de gros acteurs du business britannique pour attirer de nouveaux acteurs ?

Oui, ne serait-ce que la prestigieuse galerie d’arts internationale, Hauser & Wirth, implantée à Monaco depuis déjà trois ans. Nous disposons d’acteurs engagés à tous les niveaux, il y a une vraie communauté britannique à Monaco, c’est d’ailleurs la quatrième nationalité la plus représentée en principauté chez les résidents, puisqu’elle représente 7 % de cette population, après les Monégasques eux-mêmes, les Français et les Italiens.

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