Après 14 ans au pouvoir, les conservateurs ont largement perdu leur majorité à la chambre des représentants, au Royaume-Uni. Les travaillistes, menés par Keir Starmer, reprennent les affaires et doivent désormais rassurer les marchés, alors que les prévisions sur l’économie anglaise ne sont pas au beau fixe.
Une fois n’est pas coutume, la gauche a été plébiscitée par une partie de la presse pro-business anglo-saxonne. Le 4 juillet 2024, les travaillistes menés par Keir Starmer ont remporté 411 sièges du parlement sur 650, se rapprochant du record du parti raflé par Tony Blair en 1997 (418 sièges). Keir Starmer est devenu le 58ème premier ministre britannique (1). Les conservateurs, au pouvoir depuis 14 ans, et menés par le premier ministre sortant, Rishi Sunak, n’en ont remporté que 121. Pour le Sunday Times, dont la ligne éditoriale se situe plutôt droite, c’était une bonne nouvelle. Ce journal, le supplément du dimanche du Times, a estimé que ce parti avait « perdu le droit de gouverner ».
Lire aussi | Fin du « non-dom » britannique : Monaco pourrait profiter de l’exode de grandes fortunes
Même son de cloche pour le Financial Times, qui a estimé que le nouveau premier ministre était le « mieux placé » pour diriger ce pays, alors que les Tories du Parti conservateur auraient « ruiné leur réputation » durant leur exercice. Il faut dire que le Royaume-Uni a subi une vraie crise politique, poussant presque les conservateur vers la sortie.
Crise politique
Pour comprendre cette crise politique, il faut se souvenir du scandale qui a mené à la nomination de Rishi Sunak comme premier ministre en octobre 2022. Avant lui, la conservatrice Liz Truss avait été évincée six semaines seulement après son intronisation. Centré sur une massive diminution des dépenses publiques, de baisse de l’impôt sur les hauts revenus, et de baisse des taxes sur les sociétés, son programme s’est vite confronté à une attaque sur les marchés obligataires, provoquant une hausse soudaine des taux d’intérêts sur les emprunts britanniques et une dégringolade de la livre sterling face au dollar. Le Fonds monétaires international (FMI) y avait même mis son grain de sel, en fustigeant une politique qu’il considérait comme « non ciblée » et « non financée ».
Lire aussi | Guillaume Rose : « Monaco exerce un capital sympathie très fort »
Suite à cet épisode, les conservateurs ont demandé la démission de Liz Truss après 45 jours aux manettes, et l’ancien banquier d’affaires et ministre des finances britannique, Rishi Sunak, a été désigné en catastrophe pour appliquer une nouvelle politique, plus gouvernable, selon eux. Mais la situation économique et géopolitique mondiale ne l’a pas aidé. Notamment l’inflation, qui a fait bondir les prix de l’énergie et des produits alimentaires au Royaume-Uni, jusqu’à 11 %, mais aussi le montant des loyers, suite à la crise immobilière qui a également sévi dans le pays. Dans l’opinion, la défaite des conservateurs était déjà actée, alors qu’ils affichaient près de 20 points de retard face aux travaillistes, avant la tenue des élections anticipées. Pourtant, si le basculement a bien eu lieu à l’issue des élections générales du 4 juillet 2024, les chiffres ne traduisent pas, non plus, un basculement idéologique des électeurs britanniques.
L’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) prévoit que le Royaume-Uni devrait afficher la plus faible croissance des pays riches du G7 en 2025, notamment à cause du niveau encore assez élevé de son taux d’intérêt (5,25 %), et de l’inflation qui perdure
Un vote rejet
En apparence, c’est un vrai contraste avec la France. Une vraie majorité apparaît nettement à la Chambre des communes, avec deux tiers des sièges pour la gauche libérale. Mais les travaillistes n’ont reçu que 33,7 % des voix, ce qui correspond donc à un vote sur trois. Or, c’est l’un des plus faibles score affiché par une majorité dans l’histoire politique britannique. Ils n’ont d’ailleurs progressé que de 1,6 % par rapport à 2019, année où les travaillistes n’avaient obtenu que 200 députés au Parlement, leur plus faible score, avec 32,1 % des voix. En revanche, le désamour vis-à-vis de la droite ne fait aucun doute à l’issue de ce scrutin : en 2019, 44 % des Britanniques avaient voté pour les conservateurs. En 2024, ils n’étaient plus que 24 % à les soutenir. Il s’agit clairement d’une défaite des conservateurs, plus que d’une victoire des travaillistes. La participation était d’ailleurs en baisse. Elle a tout de même été d’un peu plus de 59 %. Pour le moment, ce résultat n’a pas chatouillé les marchés, mais la nouvelle majorité aura du pain sur la planche pour regagner la confiance des investisseurs sur le long-terme. L’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) prévoit en effet que le Royaume-Uni devrait afficher la plus faible croissance des pays riches du G7 en 2025, notamment à cause du niveau encore assez élevé de son taux d’intérêt (5,25 %), et de l’inflation qui perdure.
1) Après Ramsay McDonald (1866-1937), Clement Attlee (1883-1967), Harold Wilson (1916-1995) et Tony Blair, Keir Starmer est le cinquième premier ministre britannique de gauche, depuis la création de ce parti en 1900.
Lire aussi | Pour consulter la suite de notre dossier, cliquez ici




