A travers le groupe d’Amat, Charles-César d’Amat est le nouveau sponsor de l’AS Monaco Football Féminin. Séduit par « le beau jeu, l’engagement, l’envie et les résultats » des joueuses, en compagnie de Thomas Martini, directeur sportif, il explique à Monaco Hebdo le sens de son engagement en principauté.
Pourquoi avoir décidé d’investir dans l’AS Monaco Football féminin (ASM FF) ?
Charles-César d’Amat : Ce qui guide mes investissements, c’est le sens, la pédagogie, l’impact. Je cherchais depuis longtemps un symbole fort d’inclusion, de promotion des diversités et de l’égalité des genres. J’avais rencontré Thomas Martini voilà quelques années. Je me suis ensuite intéressé au football féminin, pour me rendre compte que j’y trouvais le plaisir et la simplicité qui existaient dans le rugby voilà quelques années. Cela m’a plu. Très vite, je me suis rendu compte qu’il y avait quelque chose à faire pour mon groupe. Et ça fonctionne : je suis impressionné par la vitesse à laquelle on crée des fans autour de l’ASM FF. Au début, j’ai ramené un ami, puis deux, puis cinq, puis quinze, puis vingt ! Tout le monde le constate : il y a du beau jeu, de l’engagement, de l’envie et des résultats.
Quel est le montant de votre investissement jusqu’à la fin de la saison ?
Charles-César d’Amat : Aux alentours de 10 000 euros. Pour le volet sportif, organisationnel, je me repose sur Thomas Martini. Je ne suis pas là pour tout changer.

Quels sont les changements attendus en termes de structuration et d’organisation de l’équipe ?
Thomas Martini : En termes de structuration et d’organisation, c’est très simple. Le groupe d’Amat nous accompagne sur la partie développement, que ce soit pour le rayonnement du club ou pour le renforcement de nos infrastructures. Mais aujourd’hui, ce n’est pas une intégration au sein du bureau exécutif. On n’est pas sur cette démarche-là, en tout cas pour le moment. André-Pierre Couffet reste le président de l’association sportive, par exemple.
« Ce qui guide mes investissements, c’est le sens, la pédagogie, l’impact. Je cherchais depuis longtemps un symbole fort d’inclusion, de promotion des diversités et de l’égalité des genres »
Patron du groupe d’Amat, investisseur et fondateur d’Impact Business Angels
Les prochaines semaines seront chargées sur le plan sportif : la montée en troisième division, c’est l’objectif ?
Thomas Martini : Oui, bien sûr. La dynamique est très bonne, en termes de résultats. Nous en sommes à sept victoires d’affilée, avec un plus grand nombre de points sur la phase retour que lors des matchs allers [cette interview a été réalisée en avril 2024. Le 6 mai 2024, l’ASM FF était deuxième au classement de Régional 1, à six points des premières, l’Olympique de Marseille (OM) 2 — NDLR]. Nos joueuses sont en forme, leurs performances sont bien supérieures au début de saison, et c’est ce qui compte dans la perspective du sprint final. C’est d’autant plus vrai que l’on a aussi une finale de Coupe de Côte d’Azur à jouer, après avoir atteint la demi-finale de la Coupe de la Ligue Méditerranée. Le tout, avec des joueuses qui travaillent la journée et s’entraînent le soir, dont il faut saluer l’investissement personnel.
Charles-César D’Amat : On a vraiment une équipe de gagnantes. De ce que j’en ai vu et de ce que Thomas m’a confirmé, par rapport au début de saison, elles ont pris confiance en elles. Elles font preuve de maturité et de synchronisation dans leur jeu, avec une rigueur qui, à mon sens, peut les emmener loin.

L’objectif, c’est la Division 3 à court terme, et la Division 1 à moyen terme ?
Thomas Martini : Oui, mais pour être totalement réaliste, cela demandera un changement structurel avec sûrement des investisseurs, la création d’une société… Si l’on doit se projeter en étant à la fois ambitieux et prudents, la D1 Arkema, c’est à envisager d’ici cinq ans, voire un peu plus. Cela dit, on pourrait rester en association et monter jusqu’en D1, puisque l’obligation d’avoir une société commerciale arrive quand on passe les seuils de 1,2 million d’euros de masse salariale et de 1,8 million d’euros de chiffre d’affaires.
« Le groupe d’Amat nous accompagne sur la partie développement, que ce soit pour le rayonnement du club ou pour le renforcement de nos infrastructures. Mais aujourd’hui, ce n’est pas une intégration au sein du bureau exécutif »
Quel est le budget de l’ASM FF ?
Thomas Martini : Actuellement, l’ASMFF, de l’école de football féminine à l’équipe senior, ça représente 230 000 euros de budget. Nous avons donc le temps de grandir, de nous rapprocher, voire d’atteindre notre objectif de première division, avant d’envisager une transition vers un autre type de structure. Ce temps nous permettra aussi de travailler sur nos installations, afin de permettre aux filles et aux femmes d’accéder aux mêmes conditions que les hommes. Pour les entraînements, par exemple, nous sommes sur six installations différentes. Cela devra changer, ne serait-ce que pour des raisons de simplicité pour les joueuses et leurs familles.

Quels sont vos liens avec l’AS Monaco masculine, qui évolue en Ligue 1 (L1) ?
Thomas Martini : Nous sommes un club 100 % indépendant. Nous n’avons donc aucun lien formel avec l’AS Monaco amateur et l’AS Monaco Football Club. Nous avons des numéros d’affiliation différents et des structures totalement indépendantes.
« L’ASMFF, de l’école de football féminine à l’équipe senior, ça représente 230 000 euros de budget. Nous avons donc le temps de grandir, de nous rapprocher, voire d’atteindre notre objectif de première division, avant d’envisager une transition vers un autre type de structure »
Thomas Martini. Directeur sportif de l’AS Monaco football féminin (ASM FF)
Est-ce qu’il pourrait y avoir un rapprochement, un jour ?
Thomas Martini : Un rapprochement avec l’AS Monaco a été un temps discuté. Nicolas Holveck [directeur général adjoint de l’ASM de 2014 à 2020, Nicolas Holveck est décédé le 8 avril 2024 — NDLR] était notre interlocuteur à l’ASM à ce sujet, mais aujourd’hui il n’y a plus d’échanges sur cette question. Et il n’y en aura probablement plus tant que la vente de l’ASM par son propriétaire, Dmitry Rybolovlev, ne sera pas réalisée.
Charles-César d’Amat, envisagez-vous de poursuivre votre investissement à l’AS Monaco Football Féminin au-delà de cette saison ?
Charles-César d’Amat : Vous savez, je suis à la tête de ce que l’on appelle un petit groupe, valorisé entre 30 et 50 millions d’euros, ce qui n’est pas énorme. Les budgets pour la D1 Arkema que l’on évoque, c’est trop lourd pour nous. Mais, pour l’instant, nous sommes là. Le club envisage de passer de la Régionale 1 à la Division 3. Nous voulons faciliter les choses, et l’accompagner, dans la mesure de nos moyens et de nos savoir-faire. Et, qui sait de quoi demain sera fait ? Notre engagement court jusqu’à la fin de la saison, et je serai naturellement présent l’année prochaine. On n’a pas encore parlé de nos conditions avec Thomas Martini, mais je ne vais pas m’arrêter en si bon chemin.

Histoire : l’ASM FF, en bref
Reconnue officiellement par la Fédération française de football (FFF) dès 1970, l’ASM FF (de son ancien nom, à partir de 1976 et jusqu’en 2010, OS Monaco) est un club de football 100 % féminin. Il connaît une période faste dans les années 1980 puis 1990, avec plusieurs saisons en Division 1 (D1) et Division 2 (D2). Pour la saison 2023-2024, l’ASM FF compte plus de 170 licenciées, ce qui en fait l’un des plus importants clubs féminins de la région. « Les équipes démarrent à partir de cinq ans et vont jusqu’à l’âge adulte, avec une présence dans les plus grandes compétitions régionales, explique-t-on au sein du club. Au sein de l’équipe, certaines joueuses ont déjà joué en première division, comme Marina Makanza ou Élise Courel. De nombreuses jeunes joueuses ont également évolué au niveau D2, comme Margaux Brugeron ou Océane Basil, sélectionnée par ailleurs en équipe de France, dans la catégorie des moins de 16 ans. »
Actionnariat : Peak6, un départ digéré par l’ASM FF
L’arrivée du groupe d’Amat en tant que sponsor du club est l’un des symboles, pour l’ASM FF, de la nouvelle ère qui s’ouvre depuis le départ de son ancien actionnaire majoritaire, le groupe américain Peak6. Celui-ci était arrivé en juin 2021, avant de s’en aller, à la surprise générale, en mars 2023 [à ce sujet, lire notre article Laurent Banide et l’ASM FF, les raisons du divorce, publié dans Monaco Hebdo n° 1280 — NDLR]. Peak6 avait notamment nommé Laurent Banide au poste d’entraîneur principal, ce qui constituait sa première expérience à la tête d’une équipe de football féminine. Au moment de son départ – il avait été remplacé par Tony Ribeiro lors du désengagement de Peak6 –, le club occupait la première place du classement de Régionale 1, en compagnie de l’AS Cannes, mais avec un match de plus au compteur. L’équipe avait finalement raté d’un rien la montée, craquant dans le sprint final. Pour cette saison 2023-2024, le club a pratiquement entièrement repensé son effectif, avec de nombreuses arrivées à même de lui permettre de jouer les premières places, et de se mêler à la lutte pour la montée. Le 14 mai 2024, le club était deuxième de son groupe de Régional 1, avec 59 points (18 victoires, cinq nuls et une défaite), neuf points derrière l’équipe 2 de l’Olympique de Marseille (OM), mais à égalité de points avec le FC Rousset.



