mardi 28 avril 2026
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Face à Vinted, la résistance des associations monégasques

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Depuis une dizaine d’années, les sites de vente en ligne de deuxième main, Vinted en tête, rencontrent un grand succès. Au-delà de l’impact sur le marché de l’habillement, cette réussite vient aussi affecter les associations qui se financent grâce aux dons de vêtements.

« Nous sommes la plus ancienne association de Monaco, puisque la création remonte à 1876. » Laurie Saint-Jean préside la Société Saint-Vincent-de-Paul depuis le 15 janvier 2024. En 2008, lorsque Vinted a été lancé par Justas Janauskas et Milda Mitkute, à Vilnius, en Lituanie, cela faisait déjà 132 ans que la Société Saint-Vincent-de-Paul faisait fonctionner son réseau de charité et de proximité, au service des personnes démunies. « Nos bénévoles agissent localement : aides financières diverses, épicerie solidaire, maraudes, animations pour les seniors… Au total, une centaine de personnes sont aidées. Il s’agit à la fois de familles établies et de personnes sans hébergement. Nous œuvrons aussi sur le plan international : panneaux solaires, aides médicales, alimentaires… », raconte Laurie Saint-Jean. Cette association est organisée autour de trois conférences, et chacune a une activité particulière.

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« La conférence Saint Nicolas s’occupe des maraudes, une fois par semaine, à Roquebrune-Cap-Martin et à Menton. Ils s’occupent aussi de la distribution de colis alimentaires chaque mardi pour les familles nécessiteuses des environs de Monaco. Nous faisons également des animations dans les trois maisons de retraite de Monaco avec la conférence de l’Immaculée Conception : chez A Qietüdine, au Cap Fleuri, et au centre Rainier III, avec en plus un cadeau à Noël. Nous aidons les familles de plusieurs façons : paiement du loyer, paiement des charges, soins médicaux, soins dentaires, cantines, ameublement, électroménager, aide aux démarches administratives, colonies de vacances… », ajoute la présidente de la Société Saint-Vincent-de-Paul.

Créée en 1974, soit 34 ans avant Vinted, l’Œuvre de Sœur Marie fête cette année ses 50 ans d’existence à Monaco. Et, à l’époque, on était bien loin des problématiques liées à Internet et à la mode jetable

Créée en 1974, soit 34 ans avant Vinted, l’Œuvre de Sœur Marie fête cette année ses 50 ans d’existence à Monaco. Et, à l’époque, on était bien loin des problématiques liées à Internet et à la mode jetable. « En 1920, Sœur Marie avait été mutée à Monaco pour s’occuper des personnes vulnérables, et en particulier les personnes âgées. À l’époque, elle passait dans tout Monaco avec un panier pour récolter des dons, qu’elle redonnait ensuite aux personnes âgées en difficulté. Des kermesses ont aussi été lancées, glisse Béatrice Fresko-Rolfo, présidente de l’Œuvre de Sœur Marie depuis octobre 2020. La principale levée de fonds vient d’ailleurs de notre kermesse, qui vient d’avoir lieu. Nous en sommes à la 87ème édition. La première a eu lieu en 1935, mais nous avions célébré la 75ème en 2012. Des commerçants, des hôteliers, des restaurateurs nous donnent de très beaux lots pour pouvoir animer notre tombola. »

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Les bénévoles sont au cœur du fonctionnement de ces associations, comme l’explique la présidente de l’Œuvre de Sœur Marie : « Notre association regroupe 166 membres. Notre conseil d’administration regroupe neuf personnes, entièrement bénévoles. Pendant notre kermesse, nous avons à peu près 90 bénévoles, car l’organisation de cet événement est très lourde. Toute l’année, nous avons une vingtaine de ces bénévoles qui viennent trier ou travailler à l’Atelier. » Quand à la Société Saint-Vincent-de-Paul, elle s’appuie sur 80 bénévoles.

Oeuvre de Soeur Marie
Le prince Albert II en compagnie d’une partie du conseil d’administration de l’Œuvre de Sœur Marie. © Photo Œuvre de Sœur Marie

Moneyval

Mais pour faire fonctionner ces deux associations historiques, il faut aussi de l’argent. Or, depuis le 30 septembre 2024, de nouvelles dispositions législatives sont applicables pour les associations monégasques. Objectif : répondre aux attentes de Moneyval, l’organe anti-corruption du Conseil de l’Europe. Pour tout don supérieur à 200 euros, le donateur doit désormais présenter une carte d’identité à l’association concernée. « Certains ne veulent pas être fliqués et souhaitent donner de manière anonyme, sans avoir à fournir leurs données personnelles, comme leur lieu de résidence. […] Nous n’avons pas de résistance sur les gros dons, mais plutôt sur la population 70-90 ans, qui avait l’habitude de faire son chèque », a déploré le secrétaire général de la Croix-Rouge Monégasque, Frédéric Platini, le 21 février 2024, à l’occasion d’une conférence de presse [à ce sujet, lire notre article Dons aux associations monégasques : moins de générosité à cause de Moneyval ?, publié dans ce dossier spécial — NDLR]. Mais il n’y a pas que Moneyval qui vient changer la donne.

« Vinted ? On a peut-être une qualité moindre, et je n’en suis pas sûre, car on reçoit encore de beaux produits. Nous n’avons pas été impactés par l’apparition de Vinted »

Laurie Saint-Jean. Présidente de la Société Saint-Vincent-de-Paul

Depuis la montée en puissance de la revente de produits d’occasion, et notamment de vêtements, le quotidien de certaines associations est devenu plus difficile. Si en 2016 Vinted a échappé de peu à la faillite, une restructuration, doublée du passage du site et de l’application en gratuit, a redonné des ailes à cette plateforme de vente en ligne de vêtements. Tout cela lui a non seulement permis de se relancer à partir de 2018, mais de battre ensuite des records. Avec un slogan simple : « Si tu ne le portes plus ? Vends-le ! ». La période de Covid-19 a renforcé un peu plus l’emprise de Vinted. Confinés, les utilisateurs en ont profité pour mettre de l’ordre dans leurs dressings, et pour vendre sur cette application ce qu’ils ne portent plus. En 2020, le nombre d’utilisateurs a augmenté d’un million en France. Résultat, en 2021, Vinted a réuni 45 millions de personnes, contre 30 millions en 2019. Moribonde en 2016, Vinted a vu sa valeur s’envoler, pour atteindre 3,5 milliards d’euros. Désormais disponible dans 20 pays, cette application a affiché un chiffre d’affaires en hausse de 50 % entre 2021 et 2022, pour s’établir à 370,1 millions d’euros. Quant au volume d’affaires, il a été de 3 milliards d’euros en 2022.

« Je sais que les gens revendent beaucoup sur Vinted. Mais on parvient encore à collecter des vêtements. Vous dire qu’ils sont tous de très bonne qualité : non. Mais, pour l’instant, on ne souffre pas de ce phénomène, parce que des gens de Monaco nous soutiennent. C’est peut-être une génération plus âgée qui joue le jeu. Peut-être que les plus jeunes seront tentés d’aller sur Vinted »

Béatrice Fresko-Rolfo. Présidente de l’Œuvre de Sœur Marie
Emmaus France
Emmaüs n’a pas tardé à s’inquiéter de la baisse des dons de vêtements, et à tirer la sonnette d’alarme. En mars 2023, cette association a décidé de contre-attaquer, en créant un faux profil sur Vinted, pour afficher son slogan sur des vêtements : « Si tu ne le portes pas, donne-le », en réponse au « Tu ne le portes plus ? Vends-le ! »

Faux profil sur Vinted

Si une telle croissance a fait tourner la tête de beaucoup d’observateurs dans le monde économique, elle a aussi attiré l’attention du secteur associatif. À commencer par Emmaüs, qui n’a pas tardé à s’inquiéter de la baisse des dons de vêtements, et à tirer la sonnette d’alarme. En mars 2023, cette association a même décidé de contre-attaquer, en créant un faux profil sur Vinted, pour afficher son slogan sur des vêtements : « Tu ne le portes pas, donne-le », en réponse au « Tu ne le portes plus ? Vends-le ! » initial. « Aujourd’hui, nous avons infiltré la plateforme Vinted pour l’utiliser comme un média, en créant de fausses annonces dans lesquelles les vêtements véhiculent notre message d’appel au don : Si tu ne le portes pas, donne-le, explique Emmaüs sur son compte Instagram. Nous avons infiltré Vinted pour rappeler que, grâce à notre modèle social et solidaire, ce sont chaque année plus de 70 000 personnes qui sont accueillies, hébergées, aidées ou accompagnées vers l’emploi grâce à Emmaüs. » Autre objectif pour cette association : « Inviter chacun et chacune à consommer moins et à consommer mieux. Contrairement aux idées reçues, les plateformes de seconde main ont un impact négatif sur l’environnement. Elles favorisent la « re-consommation », la “fast fashion” [la mode jetable — NDLR], les surplus de production, le gaspillage, ou encore la multiplication des déchets… », ajoute cette association créée en 1985 par l’Abbé Pierre (1912-2007).

Lancée à pleine vitesse, pour le moment, on voit mal comment la locomotive Vinted pourrait dérailler dans les années à venir. Les associations caritatives devraient donc continuer à hériter, en partie, des invendus de Vinted et d’autres plateformes de vêtements de seconde main

Toujours sur Instagram, les réponses à cette campagne ont été assez mitigées en France. Parmi les commentaires à cette publication, certains ont en effet jugé que « prôner la solidarité c’est bien, à condition de pas vendre ce qu’on vous donne à des prix indécents, comme c’est le cas dans certaines de vos échoppes, preuve à l’appui », pendant que d’autres avancent un autre argument : « On nous paupérise. C’est normal que nous vendions ce que nous avons, pour gagner un peu d’argent. » Pourquoi opposer Vinted aux associations caritatives, pointe un autre commentaire, en estimant que l’« on peut faire les deux : je vends sur Vinted, si au bout d’un an, c’est pas vendu, je donne à Emmaüs. Vendre sur Vinted aide aussi à soulager nos portefeuilles, c’est nécessaire, pour ma part ». En période d’inflation, vendre sur Vinted permet parfois de boucler ses fins de mois avancent d’autres commentaires similaires.

« Nous fonctionnons uniquement grâce aux dons et aux ventes que nous organisons. Tous les mardis après-midi, la conférence Immaculée Conception organise une vente de vêtements, et de tout ce qui nous est donné, dans l’escalier des Revoires. Soit on donne, soit on vend. Quatre fois par an, on organise aussi une braderie sur le parvis de l’église Saint Charles »

Laurie Saint-Jean. Présidente de la Société Saint-Vincent-de-Paul

Afrique

Un communiqué publié le 12 avril 2023 par le ministère français de la transition écologique et de la cohésion des territoires, souligne que 244 500 tonnes de textiles usagés ont été collectés en 2021, et que la France dispose de 44 830 points de recueil. Que se passe-t-il ensuite ? « Une fois les textiles usagés collectés, l’étape suivante consiste à trier les textiles usagés collectés : en 2021, 190 550 tonnes ont été triées par l’un des 66 centres de tri conventionnés avec l’éco-organisme Refashion. Après avoir été triés, ces textiles sont destinés à 58 % à la réutilisation, 33 % au recyclage, 9 % à la valorisation énergétique sous forme de combustible solide de récupération (CSR). […] Cependant, la collecte des textiles usagés reste insuffisante : elle atteint environ 35 %, le reste des textiles usagés rejoignant les ordures ménagères pour être incinéré ou enfoui. En outre, la filière dépend de l’exportation pour la réutilisation et le recyclage des textiles usagés », indique ce communiqué. Dans un documentaire diffusé le 19 décembre 2021 sur France 5, Sur le front : où finissent nos vêtements ?, le journaliste Hugo Clément a estimé que sur les quelques 205 000 tonnes de vêtements et tissus usagés collectés en France en 2020, plus de la moitié sont expédiés à l’étranger, majoritairement en Afrique. Le Ghana et ses 33,4 millions d’habitants recevraient ainsi 15 millions de tonnes de vêtements chaque semaine. Incapables d’absorber une telle manne, à peu près 40 % de ce total échouerait dans des décharges à ciel ouvert, pour finir, par la suite, sur les plages et dans l’océan, raconte le documentaire d’Hugo Clément.

La “fast fashion”, la mode jetable, va donc s’échouer en Afrique, bien loin de la Société Saint Vincent de Paul et de l’Œuvre de Sœur Marie. « Vinted ? On a peut-être une qualité moindre, et je n’en suis pas sûre, car on reçoit encore de beaux produits. Nous n’avons pas été impactés par l’apparition de Vinted, assure Laurie Saint-Jean. C’est au départ que la qualité est moindre, avec beaucoup de chaînes, comme Shein par exemple. Ensuite, les gens donnent ce qu’ils ont acheté. On reçoit toujours la même quantité de dons. Ça veut dire qu’à Monaco, on est privilégié. À Monaco, on dit « merci » tous les jours. » De son côté, Béatrice Fresko-Rolfo estime que l’impact lié à Vinted est surtout qualitatif : « On a moins de vêtements de marques, mais cette année on a eu trois donatrices qui nous ont offert des vêtements exceptionnels. Je sais que les gens revendent beaucoup sur Vinted. Mais on parvient encore à collecter des vêtements. Vous dire qu’ils sont tous de très bonne qualité : non. Mais, pour l’instant, on ne souffre pas de ce phénomène, parce que des gens de Monaco nous soutiennent. C’est peut-être une génération plus âgée qui joue le jeu. Peut-être que les plus jeunes seront tentés d’aller sur Vinted. Mais je ne suis pas inquiète. »

L’originalité pour sortir du lot, c’est l’un des points clés pour tenir dans la durée dans le secteur caritatif monégasque, estime Béatrice Fresko-Rolfo

« Levée de fonds »

Chaque année, l’Œuvre de Sœur Marie a besoin de 80 000 à 90 000 euros, explique sa présidente. Ce qui permet de financer une multitude d’aides : « Tous les dossiers nous parviennent par le biais d’assistantes sociales. Ce sont elles qui nous saisissent sur les cas de personnes qui ont de grosses difficultés financières, que ce soit pour payer un loyer ou une facture d’électricité, par exemple. On ne reçoit aucune demande en direct, parce que nous n’avons pas les moyens de vérifier ou de monter un dossier. Notre conseil d’administration prend ensuite les dossiers et décide d’aider ou de ne pas aider. Les cas où l’on n’a pas aidé sont extrêmement rares. J’ai assisté à un seul refus. Ensuite, deux choix sont possibles : soit on fait des aides régulières, c’est-à-dire tous les mois, tous les deux mois, ou chaque trimestre. Soit on fait une aide exceptionnelle, par exemple pour une prothèse dentaire. Nous invitons aussi 12-15 personnes à des vacances pendant l’été, à Saint-Martin-de-Vésubie, pour une quinzaine de jours. » La kermesse annuelle représente « environ 75 % des dons » perçus par cette association, le reste étant apporté par des « généreux donateurs ».

Si l’Œuvre de Sœur Marie ne touche pas de subvention directe, elle est aidée autrement par le gouvernement monégasque : « Nous utilisons des locaux qui appartiennent au gouvernement monégasque. Cela ne concerne pas notre local principal. C’est un local où nous avons des dames qui animent un stand qui s’appelle l’Atelier. Toute l’année, elles vont là-bas, et elles cousent des choses qu’elles vont ensuite vendre pendant la kermesse. Ensuite, on nous met aussi à disposition des locaux pour entreposer toutes les affaires que nous avons pour nos kermesses : livres, jouets, vêtements femmes… », souligne Béatrice Fresko-Rolfo. Pour financer ses activités, cette association mise sur d’autres manifestations, en plus de sa kermesse annuelle : « La première se déroule en décembre : il s’agit de compositions florales. Certaines bénévoles du Garden Club de Monaco créent des compositions florales, que nous vendons ensuite au profit de l’Œuvre de Sœur Marie. Cela nous rapporte pas mal d’argent. Ce n’est pas anodin. Ensuite, pour la troisième année consécutive, nous faisons une soirée disco au MK. Cette soirée n’est pas ouverte au public. Elle est réservée à nos membres, sur inscription. C’est comme une soirée de gala, mais en boîte de nuit. Cela nous permet aussi de faire une belle levée de fonds », glisse la présidente.

Oeuvre de Soeur Marie
« Chaque année, nous invitons 12-15 personnes à des vacances pendant l’été, à Saint-Martin-de-Vésubie, pour une quinzaine de jours. » Béatrice Fresko-Rolfo. Présidente de l’Œuvre de Sœur Marie. © Photo Œuvre de Sœur Marie

Post-Covid

Du côté de la Société Saint-Vincent-de-Paul, la présidente indique, sans donner de chiffres, que les aides collectées « varient en fonction des mois. C’est aléatoire. Il y a des années où nous avons des donateurs très généreux », mais, « en règle générale, nous n’avons pas à nous plaindre ». Et c’est uniquement sur ses différentes activités que cette association parvient à lever l’argent dont elle a besoin pour aider les plus démunis : « Nous ne touchons pas de subventions. Nous fonctionnons uniquement grâce aux dons et aux ventes que nous organisons. Tous les mardis après-midi, la conférence Immaculée Conception organise une vente de vêtements, et de tout ce qui nous est donné, dans l’escalier des Revoires. Soit on donne, soit on vend. Quatre fois par an, on organise aussi une braderie sur le parvis de l’église Saint Charles. » Si la pandémie de Covid-19 a mis beaucoup d’associations dans la difficulté, ce n’est pas le cas de la Société Saint-Vincent-de-Paul. « Depuis la fin du Covid, nous n’avons absolument pas à nous plaindre. Les gens sont très, très généreux. Nous avons fait une collecte alimentaire samedi 6 avril 2024, et j’ai trouvé les gens d’une générosité et d’une gentillesse sans égal. Pour les dons, nous devons dire « merci ». Après la période de Covid, je trouve que nous sommes bien repartis », affirme sa présidente.

La tonalité est presque similaire du côté de Béatrice Fresko-Rolfo : « Sur les cinq dernières années, les donateurs privés ont été fantastiques. Ils sont restés à nos côtés, même pendant la période de Covid. En 2020, le confinement a été activé une semaine après notre kermesse, qui n’a pas été mauvaise. En 2021, nous n’avons pas pris le risque de faire la kermesse au mois de mars, nous l’avons repoussée au mois d’octobre et elle a très bien fonctionné. L’édition 2022 a été replacée dans notre créneau habituel, c’est-à-dire mars ou avril. Mais comme elle était trop proche de 2021, elle n’a pas été ce qu’elle aurait dû être : nous avons à peu près fait la moitié de ce que nous visions. C’est pour ça que nous avons décidé de lancer une soirée au MK. »

Des dépenses « au plus juste »

Laurie Saint-Jean et Béatrice Fresko-Rolfo se rejoignent sur un point : la nécessité de constamment se réinventer, pour parvenir à toujours mobiliser les bonnes volontés. Lancée à pleine vitesse, pour le moment, on voit mal comment la locomotive Vinted pourrait dérailler dans les années à venir. Les associations caritatives devraient donc continuer à hériter, en partie, des invendus de Vinted et d’autres plateformes de vêtements de seconde main. Or, des vêtements de plus faible qualité signifient un chiffre d’affaires en baisse pour les associations. La Société Saint-Vincent-de-Paul continue, malgré tout, de croire en son modèle de départ, qu’elle compte même développer encore : « Nos nouvelles activités consistent à multiplier nos braderies. Nous organisions une ou deux braderie, et depuis 2023, on a multiplié par deux les braderies, afin d’en proposer quatre par an. Cela nous permet d’avoir un bon apport pour notre conférence. Et puis, il y aussi les donateurs qui nous sollicitent directement, parce qu’ils veulent nous aider. » Sans dénigrer pour autant les soirées de gala, auxquelles elle dit « participer parfois, d’ailleurs », la présidente de l’Œuvre de Sœur Marie ne voit pas l’intérêt d’en créer une de plus, sans apporter « quelque chose de nouveau, de différent ».

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L’originalité pour sortir du lot, c’est l’un des points clés pour tenir dans la durée dans le secteur caritatif monégasque, estime-t-elle. « L’attractivité d’une kermesse et d’une braderie : c’est ça qui m’inquiète, souffle Béatrice Fresko-Rolfo. Cette année, le samedi, on a eu moins de monde. Mais on a eu une grosse consommation au stand Belgique et Grèce. Le vendredi soir, notre apéro dînatoire a été une fête. C’est là-dessus que je mise. » Autant de points qui poussent cette responsable d’association à garder la tête froide, tout en restant lucide face au futur qui se profile. « On s’en sort bien, estime la présidente de l’Œuvre de Sœur Marie. On ne fait pas face à de grosses difficultés financières, loin de là. On a même une année d’exercice d’avance. On est très précautionneux sur nos dépenses pour être au plus juste, et, en même temps, faire un maximum de donations. Parce que c’est ça le plus important. »

1) Société Saint-Vincent-de-Paul : distribution des colis alimentaires au 32, rue Grimaldi : le mardi de 9 heures à 12 heures. Maraude sur Roquebrune-Cap-Martin et sur Menton le mardi soir. Boutique : escalier des Revoires, ouverte le mardi de 13 heures à 17 heures. Téléphone : (00 377) 93 30 23 14 (le matin). Œuvre de Sœur Marie : par e-mail soeurmarie@monaco.mc ou par téléphone au (00 377) 93 30 14 77.

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