
Un ancien employé de la Poste en principauté a ouvert plusieurs lettres, qu’il ne devait pas distribuer, durant l’année 2010. L’institution s’est portée partie civile.
«C’est la faute la plus grave pour un facteur?! ». Ainsi le président du tribunal correctionnel, Marcel Tastevin, qualifiait-il le délit commis par un ancien facteur de la Poste monégasque. Ce dernier comparaissait, mardi matin, pour violation de secrets de correspondances. Il a été reconnu coupable d’avoir ouvert et supprimé des lettres confiées à l’institution. Les faits remontent à juillet 2010, période à laquelle des soupçons planaient sur des ouvertures d’enveloppes par un employé de la Poste. Mais ce n’est qu’en octobre que l’ex-facteur a été confondu par une enquête interne. A l’aide d’une lettre piégée qui contenait une poudre colorant les mains de celui qui l’ouvrait en rouge. En plus de cette enveloppe, trois autres ont été ouvertes dans la même journée par le prévenu. Celui-ci ne choisissait que des courriers « festifs » (cartes d’anniversaires entre autres) susceptibles de contenir de l’argent et qu’il n’avait pas à distribuer. Il remettait ensuite ces courriers ouverts dans les casiers de ses collègues, avant leur tournée, pour ne pas être soupçonné du délit. « Quatre lettres dans une même journée, ça fait beaucoup. Vous aviez besoin d’argent?? », a demandé le président du tribunal. « J’avais pas mal de soucis sur les plans personnel et financier. Il ne faut pas tout me mettre sur le dos. Je n’étais pas le seul à le faire. Cela ne m’a pas rapporté grand chose et il n’y avait pas tout le temps quelque chose dedans », s’est défendu l’homme qui était en poste depuis 2003.
Interdit de fonction publique pendant 5 ans
La Poste monégasque s’est portée partie civile dans le procès. Me Alexis Mancilla, défenseur de l’entreprise, a indiqué que la direction de la Poste était « intransigeante » et a rappelé un cas similaire jugé l’an dernier en principauté. Le prévenu avait alors écopé de trois mois de prison avec sursis et 1?500 euros de dommages et intérêts. « Il y a deux types de préjudice dans cette affaire. Un préjudice d’image de la Poste pour lequel nous demandons 5?000 euros et un préjudice financier à hauteur de 1?500 euros. Si le code monégasque le permet, nous souhaitons une interdiction d’exercer dans la fonction publique pour le prévenu », a-t-il plaidé.
Pour le substitut du procureur, Michaël Bonnet, l’ancien facteur de Monaco avait « toute sa tête ». « C’était un stratagème bien pensé. De telle sorte que ses collègues auraient pu être accusés des faits qu’il a commis. Le choix des lettres était aussi pensé. Il y a eu un préjudice important », a relevé le ministère public. Deux mois d’emprisonnement avec sursis, une amende de 100 euros et une interdiction d’exercer toute fonction dans l’administration publique pendant cinq ans ont été requis. Me Sarah Filippi, avocate du prévenu, a balayé l’idée d’un « système organisé ». « On est davantage dans la délinquance instinctive. Ses actes n’étaient pas prémédités. Il faut une sanction symbolique. Le sursis devrait suffire », a-t-elle affirmé, ne voyant « pas d’atteinte avérée à l’image de la Poste ».
L’ex-facteur a été condamné à trois mois de prison avec sursis et à 5 ans d’interdiction d’exercer au sein de la fonction publique. Il devra en outre verser 1?500 euros de dommages et intérêts à la Poste.



