samedi 18 avril 2026
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« Un bilan objectif,
mais pas pessimiste »

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Jean-Dominique Giuliani (1), le président de la fondation Robert Schuman (2), était l’invité du Conseil stratégique pour l’attractivité le 27 octobre. En marge de la restitution des travaux annuels du CSA, il a effectué une conférence sur l’Union européenne, en évoquant ses réalités, ses évolutions et ses problèmes. Propos recueillis par Anne-Sophie Fontanet

Quel était l’objet de votre conférence ?

A titre de pure information pour ses membres, je me suis exprimé sur l’état de l’Union européenne (UE) et ses évolutions. J’ai évoqué les grandes questions et les grandes tendances. Qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui est faux… Il y a, c’est vrai, des questions très importantes qui se posent au niveau européen, mais il y a quand même beaucoup de choses qui fonctionnent.

 

Par exemple ?

C’est le plus grand marché de consommation du monde, la première économie mondiale devant les Etats-Unis et la Chine, la première puissance commerciale du monde avec plus de 200 accords commerciaux avec le monde entier… Il s’agit d’une vraie force qui est interpellée par toute une série de questions nouvelles. On l’a vu avec les dettes publiques, les problèmes de gouvernance économique et budgétaire. Et aujourd’hui les problèmes d’immigration. J’ai pu expliquer tout ce qui était en cours, comment cela pouvait évoluer… Et dresser un bilan objectif, mais pas pessimiste.

 

Quelles étaient les interrogations des membres du CSA ?

Ces membres sont des personnes informées, monégasques ou non monégasques, qui exercent des responsabilités internationales. Chaque fois que l’on parle de l’UE que ce soit en France, en Allemagne, en Belgique ou à Monaco, il y a des inquiétudes sur l’abaissement des frontières ou la libéralisation des marchés. Et aussi des avantages.

 

Que faire ?

Le tout est de peser tout cela et de bien négocier. Je crois que le Prince Albert a fait l’analyse stratégique visionnaire qui consiste à penser que Monaco, déjà très lié à la France et à ses voisins, ne pouvait pas faire l’économie de relations mieux codifiées avec l’UE. Il a parfaitement raison. Il reste maintenant à conduire de bonnes négociations. Cela relève des administrations et des diplomates. Et je crois que le gouvernement de la Principauté est très bien préparé à cela.

 

Quels sujets ont été abordés ?

L’objet était de parler de la réalité de l’UE et d’apprécier comment elle pouvait évoluer dans l’avenir face aux problèmes qu’elle rencontre aujourd’hui. En essayant de démontrer comment cela fonctionne, comment elle répond aux crises. Il y a eu des questions d’immigration, de commerce international, de gouvernance économique, que chacun connaît. Les solutions à ces questions importantes sont et seront trouvées progressivement et à son rythme. Car l’UE est un ensemble extrêmement puissant qui a les moyens de résoudre ces problèmes, même si souvent elle paraît lente à réagir.

 

Monaco a raison de se questionner ?

Je pense qu’il n’y a pas vraiment de soucis à se faire sur le fond. Il faut être vigilant et défendre ses intérêts. Refuser ce qui pourrait porter atteinte aux spécificités de Monaco, mais prendre acte du fait que la Principauté est la voisine d’une très grande puissance et d’essayer d’en tirer profit. Il y a dans ce Conseil des personnalités qui ont des responsabilités importantes à Monaco dans de grandes et petites entreprises. Ils connaissent la réalité de l’économie d’aujourd’hui et sont très ouverts sur le monde. Mais il est normal qu’ils se posent des questions sur l’évolution de l’UE. Et j’ai tenté de les éclairer en ma qualité d’observateur attentif.

 

La Principauté a des atouts à mettre en avant ?

Je crois que Monaco entre déjà bien mieux armé que tout autre dans ces négociations. La Principauté a tout à fait intérêt à conduire ces négociations, ne serait-ce que pour bénéficier pleinement de l’accès au grand marché unique européen. Un bénéfice qui lui est parfois refusé par certains Etats membres qui considèrent à tort que les produits monégasques (médicaments ou technologies) sont fabriqués en dehors de l’Europe. Alors qu’en réalité, Monaco est au cœur de l’UE et représente même un atout. C’est l’une des perles de l’Europe.

 

A Monaco les professions réglementées ont raison de s’inquiéter de ces négociations ?

Ce n’était pas l’objet de ma communication. Mais ce que je peux vous dire comme président d’un think tank européen, c’est qu’il est possible de répondre à cette inquiétude légitime en négociant correctement et en refusant certaines demandes européennes. Pour être franc, je ne crois pas qu’il y ait un grand risque en la matière et qu’une concurrence nouvelle vienne s’installer à Monaco.

 

Quels sont les travaux actuels de votre fondation ?

Les questions britanniques : quelles sont leurs revendications ? Vont-ils de sortir de l’UE ou pas ? Personnellement, je pense qu’ils ne quitteront pas l’UE, mais qu’ils ont des revendications, justement à l’égard de leurs citoyens avec d’autres types d’inquiétudes, auxquelles il faut savoir répondre.

 

Comment vous abordez ces questions ?

Nous abordons ces questions par des études précises sur le plan juridique et économique. Comment peut-on faire rentrer tout ça dans la bouteille européenne, en donnant satisfaction aux Britanniques sans casser les traités européens ? Ce sont des négociations compliquées, parfois techniques. Mais au bout du compte, personne n’a envie de sortir de l’UE, ni les Britanniques, ni les autres.

 

Mais les Européens semblent divisés ?

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les Européens sont naturellement divisés parce que différents. Grâce à l’UE, les Etats membres disposent de traités, de règles, de procédures et d’institutions communes, qui sont tous destinés à trouver un accord entre eux. A l’arrivée, on sait qu’il y aura une position commune. Dans ces négociations que ce soit avec Monaco ou le Royaume-Uni, les parties ne sont pas toutes d’accord mais négocient, discutent, mettent les sujets sur la table. Grâce à ces procédures et avec un peu de volontarisme on peut avancer pour le plus grand bénéfice de tous.

 

(1) Jean-Dominique Giuliani a notamment occupé les fonctions de conseiller spécial à la Commission européenne au côté de Jacques Barrot de 2008 à 2010. De 1992 à 1998, il était le directeur de cabinet du président du Sénat français, René Monory (1923-2009). Aujourd’hui, il se consacre principalement à l’étude des questions européennes à la tête de la fondation Robert Schuman.
(2) Créée en 1991, la fondation Robert Schuman est un laboratoire d’idées qui développe des études sur l’UE et ses politiques et en promeut le contenu en France, en Europe et à l’étranger.

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