Mis à l’écart par le parti qu’il préside Rassemblement & Enjeux et par Laurent Nouvion, Jean-Charles Allavena réagit. Pour lui, pas question de quitter la majorité Horizon Monaco.
Monaco Hebdo : Suite à votre « exclusion » de la majorité Horizon Monaco (HM). Quelle est votre réaction ?
Jean-Charles Allavena : Je suis désolé de vous décevoir, mais je n’ai pas été exclu de la majorité HM. J’ai découvert en lisant Monaco Hebdo que le président considérait que je m’étais de moi-même mis en dehors ou en congé de HM. C’est une décision personnelle, qui n’engage que lui, puisqu’il l’a prise seul (sans doute avec son stratège parisien). Depuis bientôt deux semaines, puisque son interview a été réalisée jeudi 9 octobre, nous ne nous sommes pas parlés pour clarifier cette situation, j’espère que nous aurons l’occasion de le faire bientôt.
M.H. : Il vous serait reproché d’avoir réclamé des « ajustements constitutionnels » : est-ce exact ? Pourquoi ?
J.C.A. : Le président fait allusion à des ajustements que j’aurais demandés, alors reprenons mon explication de vote, j’ai dit exactement : « Notre Constitution, ou l’usage que nous en faisons, ne donne aux élus que deux occasions dans l’année de s’exprimer politiquement, le vote des deux lois de budget. Cet usage conduit d’abord à des séances interminables : puisque les élus n’ont aucune autre occasion d’aborder publiquement certains sujets, d’importance ou de détail, ils le font dès que possible, au détour d’une ligne budgétaire. C’est pourquoi, sans qu’il n’y ait de ma part la moindre intention de dévoyer l’esprit de nos institutions, je crois qu’il est temps de réfléchir à la création de séances publiques régulières, au cours desquelles toutes les questions pourraient être abordées, ce qui éviterait de prendre le budget comme alibi. » Je voudrais qu’on m’explique en quoi parler des taxis, des parkings, de l’uniforme au cours d’une séance indépendante du budget ce serait contraire à la Constitution, alors qu’en parler pendant la séance budgétaire, c’est normal… C’est ridicule. En revanche, quand le président, au prétexte normal de demander à être associé aux négociations avec l’UE, se rêve dans la délégation ou à la table des négociations, je crois que c’est une entorse beaucoup plus grave aux principes de la Constitution. Bref, « on voit plus facilement la paille dans l’œil du voisin que la poutre dans le sien ».
M.H. : Toute la majorité HM sans exception a souhaité votre exclusion ? Qui vous soutient aujourd’hui ?
J.C.A. : Je le répète, au risque de vous décevoir, personne aujourd’hui n’a voté mon exclusion. Seul le président a décidé que je m’étais auto-exclu et l’a dit à Monaco Hebdo : les élus l’ont appris en lisant la presse ! Donc je n’ai pas à chercher qui me soutient ou à compter mes soutiens, je sais simplement, pour discuter beaucoup avec mes collègues, que le président se trompe totalement, quand il pense que je suis un dissident ou un fauteur de troubles isolé. D’ailleurs, je leur demande même de ne pas prendre parti, ils sont déjà bien assez mal à l’aise comme cela. La concertation, le vrai débat, la vraie écoute de ses collègues élus comme lui, ne sont pas le fort du Président, qui a l’habitude de décider seul. Il y a comme une sorte de déconnexion d’avec la base. C’est inquiétant. Je pense que le rôle des élus de la majorité est d’aider le président à corriger des travers comme ceux que nous voyons tous les jours dans la gestion du conseil national, j’y reviendrai… Mais je le redis aussi, mon seul but, c’est l’application du projet politique HM. J’ai été élu sur la liste HM, je veux que la majorité HM réussisse, c’est le seul sens de mon action.
M.H. : Vous allez démissionner de la présidence de la commission des relations extérieures et de R&E ?
J.C.A. : D’où tenez-vous cette information ? Je ne vais absolument pas démissionner de la présidence de la commission des Relations extérieures. J’y ai été élu comme mes collègues. J’y fais de l’avis général un travail sérieux, donc je compte bien poursuivre mon travail. Et allons au bout du raisonnement, si je démissionnais pour avoir rompu le pacte majoritaire, le président qui l’a à mon avis encore plus rompu que moi s’engage-t-il à démissionner aussi ? S’il le fait, je veux bien y réfléchir, dans l’intérêt de la majorité.
M.H. : Quant à R&E ?
J.C.A. : Quant à R&E, c’est une problématique très différente : il y a deux tendances marquées dans le mouvement. L’une qui considère que R&E est le parti du président du conseil national et doit rester strictement en ligne ; l’autre qui pense que R&E, comme les autres mouvements de la majorité, peut faire entendre une voix un peu différente sinon, pourquoi ne pas avoir fusionné sitôt après l’élection ? Ce débat interne passe par des hauts et des bas, il est largement pollué par un certain nombre de membres du comité politique très proches de l’ancien président, qui reste lui-même plutôt actif. Cela devient donc très difficile de travailler dans ces conditions. Nous aurons début novembre un comité politique qui traitera de ce sujet et on verra alors ce qui se passe.
M.H. : Comment allez-vous vous positionner désormais au conseil national ?
J.C.A. : Je vous l’ai déjà dit, je n’ai pas l’intention de changer de position au conseil national : j’ai été élu par des électeurs HM sur une liste HM, je souhaite travailler au succès de cette majorité. Si la majorité au complet en décide autrement (et donc pas le président tout seul), dans le cadre d’un large échange de vues et non d’un procès stalinien, il sera temps d’en reparler. Mais nous n’en sommes pas là, je ne veux pas prendre mes collègues en otage.
M.H. : Un rapprochement avec l’opposition UM est envisageable ?
J.C.A. : Là aussi, revenons à mon explication de vote lors du BR : « Quand la minorité a raison, je revendique de le dire, ce qui me donne d’autant plus de crédibilité pour la critiquer quand elle a tort, ce qui arrive assez souvent ». Ni plus, ni moins. Un rapprochement n’est pas d’actualité, même si je trouve, comme de nombreux élus, que les positions de la minorité sont très souvent pleines de bon sens, que les propositions de loi qu’ils déposent sont tout à fait dignes d’intérêt et qu’ils se comportent envers moi d’une manière très amicale et courtoise. Mais nous avons aussi, encore et toujours, beaucoup de points de divergence… Cela étant, nous sommes à Monaco, on ne va pas toujours prendre le contrepied de la minorité simplement parce que c’est la minorité. Nous sommes tous des Monégasques et élus avant tout.



