André Dussollier passe des planches aux plateaux de cinéma sans sourciller. Il s’amuse également avec les mots au cours de lectures au public. Rencontre avec l’acteur, qui a présenté récemment, sur la scène du Théâtre Princesse Grace, A livres ouverts.
Sa voix, reconnaissable dès les premières secondes, porte moins qu’à l’accoutumée. Un soupçon de gêne, une pointe de timidité, une once de stress sont palpables alors que cet immense acteur du cinéma français s’exprime. André Dussollier le dit d’ailleurs lui-même : il est « impressionné d’être à Monaco », pour sa première sur les planches du TPG. Pour le comédien, le cinéma n’est que secondaire aujourd’hui. L’heure est au théâtre et à la littérature. Un univers dans lequel il aime à se perdre, pour y découvrir « des mondes différents. La littérature, c’est une manière de regarder l’être humain de façon inattendue, personnelle, on va le scruter. C’est ça qui me plaît le plus », avoue-t-il en souriant. S’il a réalisé de belles études littéraires, celui qui est devenu un lecteur public incontournable ne s’y destinait pas vraiment lors de ses premières années sur les bancs de l’école.
Découverte
« Je n’étais pas un élève très assidu, et j’étais loin de passer mon temps dans les livres, c’était même une obligation. Et ça a duré jusqu’à l’âge de 20 ans à peu près. Avant ça, je n’avais pas envie de lire, ça me barbait », explique celui qui fut révélé au cinéma par François Truffaut dans Une belle fille comme moi en 1972. C’est d’ailleurs la découverte du jeu et du théâtre qui a fait naître cette passion des Lettres chez Dussollier. « Le plaisir a alors pris le pas sur l’obligation, et j’avais la liberté de lire tel ou tel auteur. » Une liberté nouvelle, qui plus que l’avoir amené sur scène, le poussera à se lancer dans des lectures au public. Que ce soit sur les planches ou à la radio, Dussollier multiplie les lectures, « pour faire découvrir au public des textes peu connus ou oubliés de certains auteurs ». Parmi ses favoris, les textes de Roland Dubillard (1923-2011) : « Ce sont des dialogues dans lesquels j’ai beaucoup puisé et qui ont été joués au théâtre du Rond-Point. Je les ai adaptés en monologue, avec l’accord de Dubillard bien sûr ».
Eclectisme
Mais ce qui marque aussi les lectures de Dussollier, de même que les rôles qu’il a pu interpréter sur les planches ou devant une caméra, c’est l’éclectisme. Tantôt dans la comédie, tantôt dans le tragique, en passant par le polar, ce haut-savoyard de 67 ans verse également dans la diversité littéraire pour ses lectures au public : « Cela peut aller de Victor Hugo à Alfred de Vigny, avec du André Frédéric ou quelques textes de l’Abbé de Lattaignant. Ce dernier n’est pas connu et était un chanoine qui écrivait sur les femmes, mais qui n’était pas du tout dans la ligne du sacerdoce de son époque… » Preuve de cette diversité, celui qui a joué pour les plus grands metteurs en scène français planche sur l’adaptation d’un texte d’Alessandro Baricco, « un monologue écrit pour le théâtre. Ça n’a jamais été joué de cette manière, avec 4 musiciens sur scène. C’est l’histoire d’un pianiste né sur un bateau à qui il arrive pas mal de choses, et je trouve que c’est une belle allégorie sur l’homme qui n’est pas émietté sur terre, et qui peut se consacrer à au plaisir de la musique en étant sur ce bateau ». Une pièce où le jazz aura la part belle, avant de retourner faire face à la caméra du 7ème art. Un coin qui inspire la littérature aujourd’hui, si l’on se fie à l’acteur : « La littérature sert quelquefois au cinéma, mais la littérature et le théâtre ont fortement été influencés par le cinéma. On a des écritures beaucoup plus elliptiques au théâtre aujourd’hui qu’il y a 10, 20, 30 ou 40 ans. »



