dimanche 19 avril 2026
AccueilActualitésSociétéDécès tragique d’André Muhlberger

Décès tragique d’André Muhlberger

Publié le

L’ancien directeur de la Sûreté publique, de septembre 2006 à octobre 2012, est décédé, dimanche 23 juin en fin de journée, après avoir été happé en pleine nage par les hélices d’un bateau au large de la Mala à Cap-d’Ail.

La nouvelle a secoué la Principauté, dimanche dernier. Entre 18h15 et 18h30, un drame s’est produit au large de la crique de la Mala à Cap-d’Ail. Un homme nageant entre les bateaux était happé par les hélices d’une embarcation. Jambes broyées, tête blessée, le nageur encore conscient était ramené à bord du Joÿka, un Mangusta 72. Ce yacht de 22 mètres, appartenant à l’un de ses amis de nationalité russe, battait pavillon maltais. Sur place, les sapeurs-pompiers et la police maritime de Monaco, un médecin du CHPG, le Smur de Menton ainsi que des secouristes héliportés par Dragon 06, l’hélicoptère de la Sécurité civile, ont tenté de le ranimer. En vain. Il décédait de ses blessures quelques minutes après. En début de soirée, l’identité de la victime filtrait : André Muhlberger, ex-directeur de la Sûreté publique, qui avait quitté ses fonctions en octobre 2012 après avoir été en poste pendant six ans. L’annonce a été ressentie comme un choc violent à Monaco.

Aucun témoin direct
André Muhlberger avait passé l’après-midi dans la crique de la Mala à Cap-d’Ail, entouré de plusieurs amis et de sa compagne. D’abord sur le yacht, puis le groupe était parti se ravitailler dans un établissement qui borde la plage. Aux alentours de 18h15, l’ex-chef de la police monégasque a choisi de rejoindre l’embarcation de son ami à la nage, en compagnie d’une femme, tandis que les autres protagonistes l’ont regagné via une navette mise à disposition par le restaurant. Le yacht mouillait à plus de 300 mètres de la plage de la Mala. La houle s’est levée et les amis de l’ancien patron de la police monégasque n’ont pu que constater son corps ensanglanté flottant entre deux vagues. L’alerte a immédiatement été donnée auprès des secours monégasques. Les circonstances exactes du drame restent encore inconnues. La brigade de recherches de Nice en co-saisine avec la section de recherche de gendarmerie maritime de Toulon mène une enquête de flagrance pour homicide involontaire depuis lundi. « Nous n’avons aucun témoin direct de la scène, que des témoins indirects. Nous recueillons plusieurs témoignages », relate une source proche de l’enquête, qui précise : « L’embarcation en fuite, c’est une hypothèse dans la mesure où il a été happé par un bateau. Nous allons faire des investigations sur cette piste et attendons les constatations médico-légales qui feront suite à l’autopsie du corps à Nice. » De son côté, le procureur de Nice Eric Bedos a indiqué qu’« aucune piste n’est exclue ». Un bateau, pouvant correspondre aux témoignages collectés et placé en cale sèche à Saint-Jean-Cap-Ferrat, a été examiné, lundi, mais aucun élément n’a permis de l’identifier comme étant le bateau en fuite recherché. L’examen des bateaux présents sur zone, dimanche au large de la crique de la Mala, dont le Joÿka et le bateau-taxi, est en cours.

« Grande émotion »
Le gouvernement a adressé, lundi 24 juin, un communiqué dans lequel il exprimait sa « grande émotion » après le « tragique décès » d’André Muhlberger. « Au cours de ces six années passées à la direction de la sûreté publique, M. André Muhlberger a assuré avec professionnalisme et compétence le maintien de l’ordre public et de la sécurité à Monaco et a participé activement à l’organisation et à la réussite de nombreux événements. Le gouvernement princier s’associe à la peine de sa famille et de ses proches à qui il exprime ses vives et sincères condoléances. Il partage également l’émotion des fonctionnaires de police de la Principauté », indique le communiqué. Le moral était au plus bas dans les rangs de la Sûreté publique, les fonctionnaires étant profondément affectés par la disparition de leur ancien chef. « C’était un homme pragmatique et très efficace. Il était sûr de lui et audacieux dans beaucoup de domaines. André Muhlberger avait cette capacité d’être un véritable organisateur et possédait une vraie vision de service. Il était aussi capable de faire très rapidement la synthèse d’événements. Il a marqué la Sûreté publique. L’ensemble des fonctionnaires de la Sûreté lui sont reconnaissants. Les six années qu’il a passées au poste de directeur ont permis à l’institution de se moderniser de fond en comble tant sur le plan technique que sur le plan humain. Les résultats étaient et sont toujours là pour le justifier », souligne avec une vive émotion le commissaire Christophe Haget, chef de la division de police judiciaire.

« Un battant »
Le directeur du Ni Box, Richard Borfiga, est également bouleversé par le décès de son « ami et confident ». Il confie avoir « du mal à y croire ». « C’était un homme exceptionnel, droit, juste, qui disait ce qu’il pensait », dit-il. Après son départ de la Sûreté publique, lié à des faits de nature privée (notamment la parution sur Internet de photos en compagnie de sa nouvelle compagne), André Muhlberger avait été affecté à l’Inspection générale de la police nationale. Il devait quitter définitivement le milieu policier à la fin de l’été afin d’aller travailler aux Philippines pour le compte d’une entreprise spécialisée dans l’extraction de fer. « Il était très heureux à l’idée de partir là-bas. Il ne parlait que de ça », explique Richard Borfiga. « C’était un excellent nageur et un battant », poursuit-il, se remémorant une traversée en jet-ski reliant Monaco à Calvi avec l’ancien directeur de la Sûreté, au cours de laquelle « il n’avait rien lâché ». Aussi Richard Borfiga démonte-t-il l’image de « clubber » que certains en principauté avaient affublé à André Muhlberger : « Il connaissait bien la nuit mais c’était loin d’être un clubber. Il ne sortait pas pour rien, il savait mettre au point la sécurité dans les discothèques. On ne rigolait pas avec lui. André ne mélangeait pas amitié et travail. »

Monaco
Ancien des PJ de Marseille et de Bastia, l’Alsacien avait succédé à Jean-François Sautier, à la tête de la police monégasque en septembre 2006. Il débarquait de la Sûreté de Haute-Garonne à Toulouse qu’il avait commandé durant trois ans. Le passage d’André Muhlberger à la Sûreté publique s’était traduit par plusieurs actions (coopération élargie avec les polices étrangères et les institutions internationales, coopération avec les commerçants du Carré d’Or, passage au numérique pour la vidéo-surveillance, droits notifiés au gardé à vue,…). Il avait assuré la sécurité du mariage princier les 1er et 2 juillet 2011. Sous son égide, avec le chef de la PJ, Christophe Haget, la police monégasque s’est imposée comme l’une des leaders de la traque des Pink Panthers. Le gang avait braqué la bijouterie Ciribelli dans la matinée du 21 juin 2007. Trois autres Pink Panthers avaient été arrêtés, deux en octobre 2008 et un en juin 2009 avec deux complices, durant la planification de leurs casses. La reddition surprise du convoyeur Tony Musulin, le 16 novembre 2009, avait également marqué le mandat d’André Muhlberger, qui avait été renouvelé peu avant son départ précipité. L’Alsacien avait aussi dû gérer d’autres faits divers comme le vol par ruse de 103 400 euros au Crédit Foncier de Monaco, le 19 avril 2010 (seuls deux gangsters ont été retrouvés et condamnés à ce jour), et le braquage-éclair mystère de 35 000 euros à l’étage du Café de Paris, le 4 janvier 2011. Pour André Muhlberger, Monaco restait néanmoins « l’un des pays les plus sûrs au monde ». Ses obsèques se tiendront ce samedi à Altorf, commune du Bas-Rhin dont il était natif. Une cérémonie lui rendant hommage aura lieu le vendredi 5 juillet à 10h en l’église Sainte-Dévote.

Newsletter

Une sélection quotidienne d'informations directement dans votre boite Mail