Pour faire face à la « pénurie » de logements domaniaux, la majorité du conseil national réclame au gouvernement que deux opérations immobilières soient livrées à la fin de la législature.
Le débat à Monaco est récurrent. Et les querelles sur ce thème toujours musclées entre le parlement et l’Exécutif. Y a-t-il, oui ou non, une pénurie de logements domaniaux pour les nationaux ? Pour le docteur et président de la commission du logement, Jean-Michel Cucchi, pas de doute. « La liste Horizon Monaco avait fait le bon diagnostic. Il existe une pénurie de logements en principauté. Dans le secteur domanial, en particulier. Malgré ce que l’Etat en dit, dans les faits il manque près de 200 appartements sur 4 à 5 ans, a-t-il affirmé en conférence de presse le 3 juin. Nous espérons pouvoir sortir de la pénurie à la fin de la législature. » Pour ce faire, le conseil national a demandé au gouvernement que deux nouvelles opérations domaniales soient livrées à la fin de la législature, « ou dans l’année qui suit. » « Non pas pour des raisons électorales, mais pour des raisons de besoins avérés en matière de logements », assure Laurent Nouvion, dénonçant au passage le « manque de prévoyance » de l’ancienne majorité sur ces questions. Et selon le président du conseil national, la suggestion n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd… Le gouvernement étudierait sérieusement ces projets « Plus de détails à la rentrée de septembre », nous promet le parlement. A voir.
Selon Cucchi, le conseil national et le gouvernement travailleraient même à l’élaboration d’une liste d’appartements domaniaux, communément qualifiés d’« impropres » à l’habitation. En clair, « des appartements situés au rez-de-chaussée ou au premier étage, avec vue sur le local poubelle ou le mur d’en face, explique-t-il. Ils doivent être exclus du logement et transformés en bureaux ou en usage commercial. » Selon Laurent Nouvion, le gouvernement aurait même accédé au principe selon lequel chaque appartement refusé plus de deux fois, notamment dans les étages bas, soit considéré « comme transformé en bureaux… » Rien d’écrit encore, l’accord serait pour l’heure verbal.
Critères incohérents
La majorité du conseil national a également remis sur la table ses propositions de campagne. Notamment celle de la foncière d’Etat. Son principe ? Rapprocher en une seule entité, deux structures : l’habitat et les Domaines. Objectif : raccourcir les délais et redynamiser le parc domanial, constitué aujourd’hui de près de 3 000 appartements. « Il peut se passer entre 12 et 14 mois entre le moment où un compatriote quitte son appartement et le moment où le logement est de nouveau attribué. Ce n’est pas acceptable », déplore Laurent Nouvion. Autre amélioration à étudier : les critères d’attribution, qui selon Jean-Michel Cucchi « seront modifiés au plus tard à la fin de l’année. » « Certains ont trop de poids et d’autres sont incohérents. A titre d’exemple, quel que soit le bien que vous ayez à l’extérieur de Monaco, que ce soit un studio à Saint-André des Alpes ou une villa de 18 pièces à Saint Jean-Cap-Ferrat, vous perdez 8 points. Où est la logique ? »
Bloc C à l’hôpital
En matière de logement, l’autre coup de gueule, concerne l’opération Tamaris. « Là aussi nous avions fait le bon diagnostic, précise Cucchi. Non seulement l’immeuble des Tamaris va subir de plein fouet la destruction de l’ancien hôpital, mais il va aussi gêner la réalisation du nouveau. La preuve en est… Le gouvernement s’est rapproché du conseil national pour demander s’il serait envisageable que le bloc C — bloc situé le plus près du chantier du futur établissement — soit utilisé par l’hôpital pendant la période des travaux. » Le bloc C, qui contient 20 appartements, pourrait ainsi accueillir des unités de consultation ou encore des bureaux. « Nous avons également demandé au gouvernement que soit activée une unité de soins palliatifs, pour accompagner les gens en fin de vie dans les meilleures conditions possibles. Car aujourd’hui une telle unité n’existe pas à Monaco et les patients sont obligés de se rendre à Nice. » A suivre.
« Pour un grand projet Ida »
La majorité du conseil national l’a souvent dit et répété. La Villa Ida, opération pilote destinée à loger les enfants du pays, est une erreur sur tous les plans. « C’est un projet qui ne satisfait personne, non seulement parce qu’il ne contient que 31 logements, mais aussi car les prix pratiqués seront très au-dessus de la demande sociale, déplore Laurent Nouvion. On ne comprend pas l’entêtement du ministre d’Etat sur ce sujet. L’idée est louable mais la réalisation est contreproductive. » Pire. Selon le président du conseil national, ce projet risque d’hypothéquer tout un quartier, qui pourrait être entièrement remembré dans les 5 à 10 ans. « Nous pourrions faire un grand projet Ida. Cela permettrait de contenter tout le monde : faire plus d’appartements pour les enfants du pays, beaucoup plus d’appartements pour les compatriotes, et réhabiliter ce quartier qui est aujourd’hui vraiment insatisfaisant », indique-t-il. D’autant que plusieurs propriétaires d’appartements adjacents à la Villa Ida se seraient rendus au conseil national pour manifester, précisément… leur volonté que le quartier soit remembré…
SBM : le coup de gueule de Laurent Nouvion
En conférence de presse, le président du conseil national a lâché les coups contre les responsables de la SBM.
La SBM aurait-elle oublié les bonnes manières ? En conférence de presse, Laurent Nouvion n’a pas hésité en tout cas à tacler sans ménagement les responsables de la SBM. Motif du courroux ? C’est dans la presse que le conseil national et son président ont appris le nom du nouveau directeur des jeux, l’Anglais John Galvani. « Les responsables de la SBM n’ont pas eu la délicatesse de m’envoyer ni son nom, ni son CV, ni l’échéance de son contrat. Je crois d’ailleurs qu’à un certain nombre de hautes autorités non plus », tempête le président de la haute assemblée, piqué au vif, et hésitant pour qualifier cette maladresse entre le « dysfonctionnement majeur » ou « l’impolitesse institutionnelle. » Le président du parlement monégasque prenant au passage un autre exemple, certes anecdotique, mais selon lui « symptomatique ». « La SBM n’a pas eu non plus la délicatesse de nous envoyer le livre sur les 150 ans de la SBM… »
Loi de désaffectation
Le silence de la société à l’égard du conseil national serait aussi de mise sur les projets phares à venir, la destruction du Sporting d’hiver, de l’hôtel de Paris et l’avenir de ses salariés ou encore la destruction du pavillon Saint James où, là aussi, les informations seraient livrées au compte-gouttes. « Il faut que les responsables de la SBM comprennent que l’information reste une nécessité et une obligation pour le bon fonctionnement institutionnel à Monaco. Sans cela, il n’est pas question que l’on se penche de près ou de loin sur une loi de désaffectation », menace encore Laurent Nouvion. Voilà qui est clair. Le manque de dialogue et d’informations n’est toutefois pas le seul grief. Alors que le parlement vient de lancer sa cellule de veille pour la priorité nationale, voilà qu’un Britannique, rafle le poste de directeur des jeux. « Si mes informations sont bonnes, deux personnes à ses côtés, non-monégasques, vont être recrutées pour s’occuper de la partie marketing des jeux. Cela fait donc 3 personnes dans la structure des jeux qui ne sont pas des nationaux », regrette encore Laurent Nouvion. Et Jean-Michel Cucchi de prévenir : « Le fait, qu’aujourd’hui, il y ait un étranger comme directeur des jeux ne peut être que provisoire. » Mais le conseil national l’a encore rappelé en conférence de presse : pas question de se « mêler des affaires internes de la SBM en matière de ressources humaines. Ce n’est pas notre rôle. Mais les compatriotes nous tiennent au courant de tout ce qui s’y passe, jour par jour, heure par heure. Et des dysfonctionnements se font jour. » La prochaine réunion tripartite au mois de juillet, entre gouvernement, conseil national et SBM s’annonce musclée…



