mercredi 29 avril 2026
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Mobilité : bientôt un parking relais de 3 000 places à la Brasca

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Lors de l’examen du budget rectificatif 2023, le ministre d’État, Pierre Dartout, a annoncé la création d’un parking relais de près de 3 000 places sur le terrain de la Brasca, pour tenter de fluidifier la circulation. Les élus du Conseil national, sceptiques, en demandent plus.

Bouchés. Les pendulaires en savent quelque chose : quotidiennement en heures de pointe, les accès vers Monaco sont bouchés, rallongeant toujours un peu plus le temps de transport au temps de travail en voiture, mais aussi en train, principalement sur la ligne menant à Nice, particulièrement empruntée par les travailleurs français. Ce problème, à force de perdurer, est devenu politique, et les élus du Conseil national ont, une fois de plus, interpellé le gouvernement à ce sujet, lors de la première séance relative au vote du budget rectificatif 2023. Des choses ont été faites, admettent-ils, et Pierre Dartout, ministre d’État, ne dira pas le contraire. Il met en avant la création de la dorsale, grâce au plan de déplacement urbain voté en 2003, et la politique nationale de mobilité entamée en 2019, qui a permis la reconfiguration du réseau de transport en commun et la mise en place, « pour la fin 2023 et le début 2024 », d’une desserte par transports en commun des trois quartiers « enclavés » des Fleurs, de l’Annonciade, et de la rue Plati. « Je peux également citer l’ouverture du parking des Salines au cours du premier semestre 2024, avec ses 1 800 places, l’instauration de différentes navettes permettant de desservir les zones les plus fréquentées », a ajouté Pierre Dartout, tout en prévenant qu’il faudra « être lucide », et que la circulation ne devrait pas chuter à court terme, « car elle est aussi la conséquence des manifestations qui font l’attractivité de notre pays ». Parmi ces réalisations, un autre projet, et non des moindres, a été annoncé en fin de séance, le 12 octobre 2023, par le ministre d’État.

Ce nouveau parking relais devrait voir le jour sur le terrain de 20 hectares situé à Èze, le long de la moyenne corniche, acheté en avril 2017 par l’État monégasque, pour 20 millions d’euros

Un parking relais « d’au moins » 3 000 places

« Je peux vous le confirmer ce soir, le gouvernement a comme objectif avant tout de réaliser un important parking relais d’au moins 3 000 places sur le site de la Brasca, qui permettra de capter une grande partie des flux routiers d’entrée de ville, contribuant ainsi à une diminution sensible du trafic. » Ce nouveau parking relais devrait donc voir le jour sur le terrain de 20 hectares situé à Èze, le long de la moyenne corniche, acheté en avril 2017 par l’État monégasque, pour 20 millions d’euros. L’idée étant de fluidifier l’accès par l’ouest de la principauté, alors que près de 15 000 véhicules transitent quotidiennement à travers cette zone. Il sera, sur le papier, complémentaire à la construction d’une trémie en double sens à Cap d’Ail, dont le chantier est sous le coup d’un recours administratif par le maire Les Républicains (LR) de la commune, Xavier Beck, depuis le 9 mai 2023, contre la métropole de Nice Côte d’Azur, compte tenu des désagréments que sa commune risquerait de subir à cause des travaux [à ce sujet, lire notre article Trémie entre Cap d’Ail et Monaco : les travaux ne débuteront pas avant la tenue d’une concertation publique, publié dans Monaco Hebdo n° 1287 — NDLR]. Pour être efficace, ce futur parking devra être couplé par une desserte expresse, qui assurera une liaison directe vers Monaco, rapide, et souterraine, probablement par rails, selon le ministre d’État. Le gouvernement monégasque est actuellement en phase d’étude pour « identifier les étapes et procédures à mettre en place, mais aussi et surtout auprès des autorités françaises », précise Pierre Dartout. Des réunions ont été programmées et des études environnementales lancées, selon le ministre d’État, en lien avec les représentants français en charge de la gestion du territoire. « Nous pouvons plus particulièrement évoquer l’étude « quatre saisons », pour laquelle un bureau d’étude spécialisé en écologie a été missionné au début du mois de septembre [2023 — NDLR], pour une durée de 13 mois. Il est ainsi question d’identifier les éventuelles contraintes règlementaires françaises liées à la présence d’espèces protégées sur l’emprise du futur parking, puis des résurgences liées à une liaison souterraine. L’objectif est de disposer de la hiérarchisation des enjeux écologiques et d’un véritable outil d’aide à la décision et de travail pour l’intégration environnementale de cette nouvelle infrastructure. Il s’agit là d’un préalable indispensable répondant à des obligations réglementaires françaises. »

« Le gouvernement a comme objectif avant tout de réaliser un important parking relais d’au moins 3 000 places sur le site de la Brasca, qui permettra de capter une grande partie des flux routiers d’entrée de ville, contribuant ainsi à une diminution sensible du trafic »

Pierre Dartout. Ministre d’Etat

Sceptiques

Pas vraiment convaincus par cette annonce, les élus du Conseil national se disent sceptiques. Si Franck Julien, président de la commission des finances et de l’économie nationale, a approuvé l’objectif du gouvernement de réduire de 20 % le trafic automobile à horizon 2030 en principauté, et souligné « l’effort important des services administratifs » pour tenter de résoudre ce casse-tête de la mobilité, les points d’accord s’arrêtent là. « Les échéances futures exigent une approche bien plus globale, et une stratégie à long terme, permettant une mise en perspective des solutions qui seront nécessaires pour relever le grand défi de la mobilité des résidents, des pendulaires et des touristes », a ajouté l’élu, qui réclame de toute urgence un « plan d’urgence mobilité », à définir avec le gouvernement, de manière synchronisée. Concernant le projet spécifique de parking relais à la Brasca, la présidente du Conseil national, Brigitte Boccone-Pagès, attend avant tout du concret, et déplore les délais annoncés par le chef de gouvernement : « Vous nous annoncez qu’une étude a été engagée depuis le mois de septembre pour une durée de 13 mois. Ces 13 mois se rajoutent à 6 ans depuis l’acquisition par l’Etat monégasque du parking de la Brasca. Nous aurons donc mis 7 ans avant d’avoir une étude de plus. Vous ne pourrez donc toujours pas nous fournir de calendrier précis pour la mise en œuvre de cet équipement indispensable pour le maintien de l’attractivité professionnelle de notre pays. » Ce plan d’urgence mobilité, imaginé par le Conseil national, imagine des solutions sur le court, le moyen, et le long terme. À court terme, les élus proposent des solutions « immédiates et rapides », comme la mobilisation et le renforcement de l’unité de préservation du cadre de vie. À moyen terme, ils proposent de refondre « l’ensemble des flux de circulation » et, à long terme, de réaliser des projets structurants, comme la création d’une ligne de métro. Sur ce dernier point, Pierre Dartout n’a pas fermé pas la porte, mais il a mis en garde une nouvelle fois la Haute Assemblée : « Ce grand projet structurant n’exclut pas, dans un second temps, un raccordement par métro avec Nice. Cette idée est en effet intéressante, mais elle est aussi particulièrement difficile à mettre en œuvre de par son ampleur, son coût et la multiplicité des acteurs qui seraient impliqués. Dès lors, vous l’aurez compris, notre priorité est de solutionner le principal goulet d’étranglement autour de Monaco. Ce que permet de faire le projet de la Brasca. »

À court terme, les élus proposent des solutions « immédiates et rapides », comme la mobilisation et le renforcement de l’unité de préservation du cadre de vie. À moyen terme, ils proposent de refondre « l’ensemble des flux de circulation » et, à long terme, de réaliser des projets structurants, comme la création d’une ligne de métro

À quand la navette maritime Nice-Monaco ?

Pour désengorger les routes et réduire les émissions de CO2, des grandes villes de la région comme Marseille et Toulon ont opté pour un service de navettes maritimes à bas prix, avec le succès qu’on leur connaît [à ce sujet, lire notre dossier spécial Mobilité : face à l’asphyxie, quelles solutions ?]. L’idée a également fait son bonhomme de chemin à Monaco pour développer une liaison depuis Nice, en collaboration avec la métropole Nice Côte d’Azur (NCA). Mais le temps passe, et rien ne semble émerger, comme l’a regretté l’élue du Conseil national, Marine Grisoul, lors de la séance budgétaire du 12 octobre 2023. Elle a alors rappelé que la Haute Assemblée est « très attachée à ce projet, qui propose un mode de transport alternatif à la voiture. » Le gouvernement n’a pourtant pas abandonné l’idée selon Céline Caron-Dagioni, conseillère-ministre de l’équipement, de l’environnement et de l’urbanisme. Le problème viendrait de la métropole NCA selon elle, qui attend d’avoir à disposition des solutions plus vertes, et moins polluantes : « Aujourd’hui, il n’y a pas de nouvel appel d’offre, puisque la métropole NCA avait suspendu l’appel d’offre en cours, en vue de déployer une navette à base d’hydrogène. Mais cette technologie n’était pas encore assez aboutie au niveau industriel pour ce faire. » La conseillère-ministre de gouvernement assure toutefois rester « régulièrement en lien » avec le groupe de travail porté par la métropole NCA, et se tenir informée sur « les meilleures technologies » pour que ce projet de navette maritime Nice-Monaco voie enfin le jour. Mais les élus, à l’image de Christophe Brico, président de la commission pour le suivi du fonds de réserve constitutionnel et la modernisation des comptes publics, ne veulent plus attendre davantage : « Pourquoi ne prend-on pas l’initiative » a demandé cet élu, alors que le dossier semble à l’arrêt côté français. « À un moment donné, on va atterrir dans un port français, ce qui nécessite de signer une convention transfrontalière. Donc on ne peut pas le faire seuls. »

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