mercredi 29 avril 2026
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Comment Monaco compte attirer davantage de médecins

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Médecins généralistes, gynécologues, pédopsychiatres, pédiatres, psychiatres, pneumologues, rhumatologues… Un certain nombre de professionnels de santé manquent à l’appel en ville, a indiqué le conseiller-ministre pour les affaires et la santé, Christophe Robino. Face à ce constat, l’installation de ces praticiens sera aidée par le gouvernement, sous différentes formes. Explications.

« Des discussions ont été entamées avec le département des finances et de l’économie pour trouver une solution pratique à l’installation de nouveaux praticiens à Monaco. » C’est par ces mots que le conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé, Christophe Robino, a introduit son propos, à l’occasion d’une conférence de presse qui s’est déroulée le 4 octobre 2023. En cause, un manque exprimé par des habitants de la principauté, mécontents d’être contraints à prendre des rendez-vous de santé en France, faute d’avoir pu trouver le professionnel de santé dont ils ont besoin en bas de chez eux. « Je le reconnais bien volontiers, nous avons régulièrement des plaintes de la part de résidents qui disent ne pas avoir eu dans un délai satisfaisant des rendez-vous auprès de certains spécialistes », a convenu Christophe Robino. D’où vient ce problème ? C’est à travers le prisme français que le conseiller-ministre a avancé une explication : « La difficulté, c’est que le nombre de médecins à Monaco est relativement important au regard de la population. Mais, bien évidemment, de nombreux résidents des communes limitrophes, voire des Alpes-Maritimes, viennent consulter en principauté. Du coup, cela limite l’accès à l’offre de soins pour les résidents de Monaco. » Bien décidé à aller au-delà du simple constat, le conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé a décidé de passer à l’action.

« Dans la mesure où il y avait un besoin avéré, j’ai pris le parti d’autoriser un certain nombre d’installations, y compris contre l’avis des ordres professionnels »

Christophe Robino. Conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé

« Gynécologie obstétrique »

« Dans la mesure où il y avait un besoin avéré, j’ai pris le parti d’autoriser un certain nombre d’installations, y compris contre l’avis des ordres professionnels. Notamment en ce qui concerne la gynécologie obstétrique. Nous espérons bientôt pouvoir autoriser un pédiatre à Monaco. Cela répond à une attente réelle des résidents de la principauté », a-t-il expliqué lors de cette conférence de presse. Interrogé par Monaco Hebdo, le président du conseil de l’ordre des médecins de Monaco, Jean-Michel Cucchi a accepté de réagir à cette décision [à ce sujet, lire la réaction de Jean-Michel Cucchi, publiée dans ce numéro de Monaco Hebdo — NDLR]. Parmi les autres spécialités manquantes à Monaco, Christophe Robino a cité la pneumologie, la psychiatrie, la rhumatologie, la pédopsychiatrie, et, plus globalement, la médecine générale. « Malgré leur nombre, l’activité de médecine générale n’est pas suffisante. Donc, si des installations doivent se faire en association, ou à titre individuel, nous les accompagnerons », a promis le conseiller-ministre. Mais cela se fera selon une logique définie : « Le principe, c’est que ces candidats devront venir de suffisamment loin pour réellement augmenter l’offre de soins. » Sinon, cela revient à « grossir les chiffres pour grossir les chiffres », et cela « n’intéresse pas » Christophe Robino : « Un gynécologue qui serait installé à Beausoleil, je ne vois pas très bien l’intérêt de l’installer en principauté, car, en réalité, vous n’augmentez pas l’offre de soins. Par contre, nous avons pu recruter une gynécologue qui s’est installée dans un cabinet qui est actuellement occupé par un phlébologue. Elle exerçait dans les Alpes-Maritimes, en région niçoise. Elle a été candidate pour s’installer à Monaco, et nous l’avons autorisée, afin d’augmenter l’offre de soins. » Dans cette spécialité, le manque est là, et l’urgence nécessitait une action rapide, a estimé le conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé : « Je suis bien conscient que pour les jeunes femmes qui voudraient prendre rendez-vous chez un gynécologue, malheureusement aujourd’hui dans la plupart des cas on leur répond que les praticiens installés ne prennent plus de nouveaux patients, car leurs cabinets sont saturés. Donc, même si la discussion sur les besoins est parfois un peu contradictoire, j’ai pris le parti de l’autoriser à s’installer. »

Christophe Robino Médecins Monaco
© Photo Manuel Vitali / Direction de la Communication

« Le principe, c’est que ces candidats devront venir de suffisamment loin pour réellement augmenter l’offre de soins »

Christophe Robino. Conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé

« Pédopsychiatrie »

Un contact a aussi été établi avec un pédiatre « qui n’est pas de Monaco ou des communes limitrophes ». Des discussions sont en cours avec la direction de l’action sanitaire « pour juger de la validité de sa candidature », et un accord serait imminent : « Je n’ai pas trop d’inquiétudes, car il a un cursus universitaire français. Nous sommes tout à fait prêt à l’autoriser à venir s’installer en principauté, dès qu’il sera disposé à venir. » La situation est aussi tendue chez les pneumologues, qui manquent désormais à l’appel : « La pneumologie nous inquiète, parce que les pneumologues installés sont, pour la plupart, partis à la retraite. Une pneumologue s’est installée en ville, mais, à elle seule, elle n’est pas en capacité de reprendre l’intégralité de l’activité des praticiens qui sont partis. Donc, on encourage à recruter de nouveaux pneumologues pour venir s’associer à ceux qui sont déjà installés à Monaco. » La situation est quasi-identique en psychiatrie, un secteur de santé où le manque est criant, a estimé Christophe Robino : « Nous avons un psychiatre installé en ville, mais, dans la société actuelle, les besoins sont bien supérieurs à ceux d’un seul praticien. Nous l’encourageons à trouver un associé pour essayer d’augmenter l’offre. » Même chose en pédopsychiatrie, où « en dehors de praticiens hospitaliers ou de praticiens exerçant dans le cadre du centre Plati, il n’y a pas de représentation en ville de la pédopsychiatrie ». Et il y a pire. En effet, le conseiller-ministre a affirmé que d’autres spécialités ne sont pas du tout représentées en ville, comme la rhumatologie : « En dehors du centre hospitalier princesse Grace (CHPG), il n’y a pas de rhumatologue en principauté. » Et puis, « malgré leur nombre », l’activité de médecine générale n’est pas suffisante, a poursuivi le conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé, « donc si des installations doivent se faire en association ou à titre d’individuel, nous les accompagnerons ».

« Malgré leur nombre, l’activité de médecine générale n’est pas suffisante. Donc si des installations doivent se faire en association, ou à titre d’individuel, nous les accompagnerons »

Christophe Robino. Conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé
Christophe Robino Médecins Monaco
« Avec le docteur Robino, nous avions milité avant sa nomination à la tête du département des affaires sociales et de la santé [Christophe Robino a été nommé le 13 avril 2022 — NDLR] pour la mise en place d’une aide de l’Etat sous une forme comparable à l’allocation différentielle de loyer (ADL), la possibilité d’obtention de locaux domaniaux devant être réservé aux nationaux. » Jean-Michel Cucchi. Président de l’ordre des médecins de Monaco. © Photo Manuel Vitali / Direction de la Communication

Solutions

Pour rendre l’installation de ces professionnels de santé plus simple, le gouvernement a décidé de s’attaquer à la problématique qui relève de l’immobilier et des locaux nécessaires à ces praticiens. Le prix du m2 à l’achat ou à la location à Monaco étant suffisamment élevé pour dissuader ces professionnels de santé, Christophe Robino a mis sur la table deux solutions. La première consiste à utiliser des « locaux qui appartiennent à l’Etat dans lesquels on pourra pratiquer des loyers encadrés et raisonnables, qui ne décourageront pas l’installation. Il ne s’agira pas de locaux domaniaux qui, eux, sont réservés aux candidats monégasques. Ce sont des locaux du domaine privé de l’Etat, dans lequel on pourrait contrôler le montant des loyers ». La deuxième solution envisagée repose sur la mise en place d’une aide financière pour faciliter l’installation de ces praticiens, « comme l’aide nationale au logement (ANL) vient, par exemple, compenser le montant des loyers par rapport aux revenus du foyer ». Pour ne négliger aucun de ces deux scénarios, des échanges ont déjà commencé au sein du gouvernement monégasque : « Des discussions sont en cours avec le département des finances, car il y a des implications budgétaires. Je pense que c’est la seule solution envisageable à Monaco, la création d’une maison de santé ne me paraissant pas adaptée au territoire monégasque. » Enfin, sur la forme, c’est au regroupement des professionnels de santé qui affichent la même spécialité qu’appelle Christophe Robino. Ceci pour une raison pratique : « Nous encourageons aussi le regroupement des praticiens pour ne plus avoir des cabinets unipersonnels, mais plutôt des cabinets dans lequel plusieurs praticiens exercent. Quand un praticien sera en vacances, cela évitera la fermeture du cabinet s’il n’a pas pu trouver de remplaçant. Cela permettra d’assurer une continuité de prise en charge. »

« Nous accueillons avec satisfaction les propositions du conseiller-ministre, qui est parfaitement au fait du risque grandissant de difficultés l’accès à certaines spécialités pour la population monégasque »

Jean-Michel Cucchi. Président de l’ordre des médecins de Monaco

Le conseil de l’ordre des médecins « satisfait » des propositions de Christophe Robino

Contacté par Monaco Hebdo, le président du conseil de l’ordre des médecins de Monaco, Jean-Michel Cucchi, a accepté de réagir aux décisions prises par le conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé, Christophe Robino, pour faciliter l’installation de professionnels de santé en principauté. « Nous accueillons avec satisfaction les propositions du conseiller-ministre, qui est parfaitement au fait du risque grandissant de difficultés d’accès à certaines spécialités pour la population monégasque, en espérant qu’elles puissent rapidement devenir effectives, afin de pouvoir préserver une qualité de soins optimale à Monaco », indique Jean-Michel Cucchi. Reprenant l’historique qui a conduit à cette situation, le président du conseil de l’ordre des médecins rappelle que « depuis plusieurs années, le conseil de l’ordre des médecins a régulièrement alerté le gouvernement sur l’évolution défavorable de la démographie médicale monégasque, particulièrement en ville. Cette situation étant liée aux conséquences de l’application d’un numerus clausus trop restrictif en France, au désintérêt des étudiants pour certaines spécialités considérées comme trop pénibles ou trop peu rémunératrices, à l’évolution des mentalités faisant privilégier par les nouvelles générations la qualité de vie aux heures de travail. Mais également, et ceci concerne plus spécifiquement la principauté, la difficulté d’installation du fait des prix des loyers et de l’absence de bail protecteur dans le secteur libre ». Les solutions mises en place aujourd’hui étaient déjà dans les tuyaux, souligne Jean-Michel Cucchi : « Avec le docteur Robino, nous avions milité avant sa nomination à la tête du département des affaires sociales et de la santé [Christophe Robino a été nommé le 13 avril 2022 – NDLR] pour la mise en place d’une aide de l’Etat sous une forme comparable à l’allocation différentielle de loyer (ADL), la possibilité d’obtention de locaux domaniaux devant être réservé aux nationaux. »

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