vendredi 17 avril 2026
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L’opposition prône le changement pour 2013

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Laurent Nouvion
Laurent Nouvion?: «?Nous proposerons une refonte complète en matière de comptabilité publique pour optimiser nos finances publiques.?» © Photo EdWrightImages

A un peu plus d’un an des élections nationales, Rassemblement & Enjeux a tenu son premier grand meeting. Avec la volonté manifeste d’incarner le changement pour les Monégasques.

A la salle du Canton, le 23 novembre, le message était très clair?: en 2013, pas question pour Rassemblement & Enjeux de faire de la figuration. « N’en doutez pas un seul instant, nous serons majoritaires », a ainsi entonné Alain Ficini, le vice-président de R&E à une assistance de près de 400 personnes.
Et pour y arriver, le mouvement a adopté une nouvelle posture. Pour remporter les élections, le mouvement d’opposition n’a pas 36 solutions. Il lui faut certes conserver son électorat traditionnel RPM — qui représentait 40 % en 2008 —, en rappelant, avec nostalgie, que les « anciens » ont su engranger des recettes et contribuer à faire prospérer Monaco. Mais aussi en débordant sur le terreau de la majorité. Ce qui est désormais possible grâce au rapprochement avec Christophe Spiliotis-Saquet. L’ancien président de l’UP a d’ailleurs fait mouche à l’applaudimètre. Mais R&E ne s’est pas gêné non plus pour faire un appel du pied aux anciens électeurs de Stéphane Valeri. L’ex-leader de la majorité, tant de fois décrié, était d’ailleurs caressé dans le sens du poil mercredi dernier, présenté comme l’un des présidents du conseil national « qui tenaient la baraque ». Stratégie gagnante?? A voir. En tout cas, on comptait dans les bancs du public l’un des fidèles de l’UP, Jo Déri.

Mot d’ordre?: pas d’invectives

Pour incarner le changement, Rassemblement & Enjeux doit en tout cas forcément se démarquer. La campagne s’annonce agressive?? Promis, les attaques ne viendront pas du côté de R&E. Ce qui n’empêche pas d’affûter son esprit critique… « A l’inverse de 2008, la majorité n’a pas de bilan. Elle ne va pas pouvoir nous resservir éternellement la construction des logements. La loi-phare de la mandature, sur l’accession à la propriété, est un échec patent. Et l’empilage de textes étudiés et votés à la va-vite ne donne que l’illusion d’un vrai travail législatif », commente Jean-Charles Allavena. Avant de donner un petit coup de griffe?: « La majorité n’a plus de leader incontesté, elle va tenter des manœuvres de pseudo-réunification pour essayer de masquer ses déchirements de la mandature, mais d’ores et déjà, elle sait qu’elle va perdre. » En clair, selon Jean-Charles Allavena l’UDM, l’Unam et l’UP ont échoué d’avance dans leur Koh-Lanta politique…
Christophe Steiner, lui, nous a fait grimper dans la machine à remonter le temps. Alors que « 2008, c’était encore l’époque de tous les possibles, aujourd’hui, après quatre ans de législature et à un an des élections, qu’en reste-t-il?? L’ASM avec le premier budget de la L2 est au fond du classement et continue de creuser avec enthousiasme le tunnel qui pourrait la mener en national. L’État affiche année après année des déficits qui se succèdent et se ressemblent. La SBM affiche des résultats à l’image du budget national, et l’on commence à parler de plan social, et de gel des écoles de jeu. Le taux de TVA reversé par la France dépasse péniblement les 10 %. La majorité du conseil national s’est autoconsummée, une partie de cette majorité, se prenant pour le phénix, n’a réussi à faire renaître des cendres qu’un canard boiteux… » Un bilan à charge contre la majorité parlementaire juste avant que l’élu ne rappelle les propositions de loi R&E déposées au sein de l’hémicycle. Des textes visant à moderniser les règles de fonctionnement des règles budgétaires ou à renforcer les règles du secret professionnel. Le début du changement??

Changement de mentalités

Car c’est bien cela que prône R&E?: un changement de mentalités. Tant du côté du gouvernement, jugé « complice » de la majorité pour jouer le rôle de la cigale dans la fable de La Fontaine, que du côté de l’administration qui peine à se réformer. L’une des nouvelles têtes de R&E, Jean-Marc Rué, a ainsi fustigé la modernisation de l’administration. Clamant haut et fort ce que beaucoup de fonctionnaires pensent tout bas. « En dehors des horaires dynamiques, de l’évaluation annuelle et des tickets restaurants, l’administration s’auto-condamne à faire du surplace avec des séminaires inutiles et des enquêtes orientées. » Et de lancer une idée qui, elle, devrait faire débat?: « Il faut optimiser les méthodes de travail et gérer l’administration comme une entreprise. Le service public ne peut se faire en croûlant sous les méthodes bureaucratiques et la gabegie organisée?! » L’ancien conseiller communal Thierry Poyet abondait dans son sens en proposant la création d’une agence de développement économique, destinée à pister et ramener à Monaco des investisseurs. Une société d’économie mixte qui fonctionnerait sur le modèle du privé, avec une culture du résultat.

Un milliard d’euros de recettes fin 2014

A la fin du meeting, c’est Laurent Nouvion, président du mouvement, qui s’est chargé de lister les pistes qui seront probablement inscrites dans le projet politique de la liste menée par R&E. Avec l’objectif de dégager au moins 1 milliard d’euros de recettes fin 2014. « Notre seul salut, c’est l’autofinancement ». Comment?? « Nous proposerons que le secteur secondaire de Fontvieille et les futurs délaissés Charles III soient réhabilités avec les propriétaires privés et l’Etat afin de créer un quartier d’affaires, qui pourra d’une part, proposer aux entreprises déjà présentes de développer leur bureau d’études et de recherches, et d’autre part, offrir des plateaux de m² disponibles à de nouvelles entités avec des abattements de charges sociales », souffle Laurent Nouvion. Autre piste?: lancer des opérations urbanistiques mixtes, « neutres pour le budget de l’Etat ». Par exemple sur les sites Herculis – Moneghetti ou de la Crémallière. « Pour cela, il sera impératif de libérer des droits à bâtir. Ces deux opérations feront partie de notre projet 2013 – 2018 car elles sont à forte valeur ajoutée, à la fois stratégiques et sociales ». Les opérations mixtes, R&E les propose aussi pour les enfants du pays. Tandis que dans la zone autour de la Villa Ida, Laurent Nouvion demande au gouvernement de livrer un immeuble domanial uniquement constitué de studios et de 2 pièces.
Sur l’hôpital, R&E se veut aussi iconoclaste. Après avoir remis en cause la capacité du budget à financer la construction du nouveau CHPG pour près de 600 millions d’euros — en remboursant dans le même temps près de 500 millions d’euros de rachat au Fonds de réserve, pour Odéon et la ZAC Saint-Antoine —, Laurent Nouvion conteste la date de livraison du futur CHPG en 2024-2025.
Reste désormais à savoir quels échos auront ces propositions dans la population monégasque. Du côté des élus de la majorité, la réponse ne devrait pas tarder à arriver. Les séances budgétaires démarrent le 9 décembre.

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