vendredi 27 mai 2022
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Hôpital :
pourquoi pas les délaissés ?

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CHPG
© Photo Monaco Hebdo

Le gouvernement, qui s’est donné 9 mois de réflexion pour trancher, envisage de déplacer l’hôpital à Testimonio ou l’Annonciade. Le docteur Jean-Joseph Pastor, président du conseil d’administration, propose une alternative : le terrain des délaissés SNCF.

C’est la mémoire de l’hôpital. Avec 25 ans de présence au conseil d’administration dont 8 à sa tête, le Docteur Pastor en a vu de toutes les couleurs. Et des projets à la pelle. Surtout que « la volonté de reconstruire l’hôpital remonte à une vingtaine d’années », se souvient le cardiologue. Logique : depuis près de 40 ans, le CHPG s’est construit et agrandi pavillon après pavillon, service après service. Rendant le centre hospitalier difficile à gérer. « Cet hôpital pluripavillonnaire n’est pas opérationnel. Tout est en longueur. » Le constat s’impose donc : il faut construire un nouvel hôpital. Sans compter que depuis 1999, le CHPG a suivi la réforme de la politique de santé. Nouveau statut oblige, les médecins ont désormais un cabinet à l’hôpital. « Les chefs de service ayant leur cabinet en ville se sont vus proposer de venir à temps plein à l’hôpital contre des indemnités. Ils ont amené leur clientèle à l’hôpital », rappelle le docteur Pastor. Parallèlement, des professeurs (Dujardin, Rampal ou Saoudi), embauchés pour renforcer le staff médical, sont venus avec leurs assistants. Augmentant de manière exponentielle le nombre de médecins : « En 1999, on comptait 121 médecins en équivalent temps plein. En 2010, 179, précise Jean-Joseph Pastor. Au total, sur la même période, on est passé de 125 à 220 médecins. » Logiquement, « ce flux énorme de médecins a provoqué un afflux de malades. En 1999, on recensait 17 000 passages aux urgences contre 32 000 aujourd’hui. » Un chiffre qui explique d’ailleurs le nombre élevé de lits prévu dans le programme médical du projet Vasconi aujourd’hui remis encause. « Les architectes ont tout bâti sur la base de 482 lits programmés pour les services les plus importants (médecine, chirurgie, pédiatrie, réanimation, psychiatrie, hémodialyse). »

Nuisances au CHPG

Construire oui mais où ? Depuis que la décision de faire un nouvel hôpital a été validée en 2000, les scénarios qui se sont enchaînés se sont tous focalisés sur une seule hypothèse : la reconstruction sur le site de l’actuel CHPG. Pourtant, lors du conseil d’administration du 20 décembre 2001, Jean-Jo Pastor avait prévenu : les travaux sur site créeront des nuisances sonores qui pourraient faire fuir la clientèle. Sans compter que les conditions de travail seraient alors rendues très difficiles. C’est pourquoi le président du conseil d’administration avait alors suggéré un autre site : les délaissés SNCF, terrains de l’ancienne voie ferrée désormais souterraine. Une solution balayée par l’exécutif de l’époque : « Le gouvernement qui avait des visions autres que le pôle de santé a jugé que le site était un long cigare où les liaisons horizontales poseraient problème. »
La suite, on la connaît. Des 11 projets concurrents participant au concours d’architectes, c’est le projet Vasconi qui a finalement été retenu. « A partir de là, les embêtements commencent, diagnostique le docteur Pastor. De 350 millions d’euros, le projet a été chiffré à 630 puis 700 millions. Et comme je n’ai jamais vu en 30 ans de conseil national un projet qui n’ait pas doublé de budget, on peut imaginer qu’il aurait coûté 1,5 million d’euros… »

Un trou de 50 millions d’euros

S’ajoutent alors deux problèmes : le décès de l’architecte Vasconi et surtout l’application de la T2A à Monaco. Il y a quelques années, personne ne s’inquiétait : les autorités croyaient même que la T2A allait générer des bénéfices. Loupé : « La T2A favorise des services performants, alors que le CHPG, qui assure un service public, gère des services déficitaires comme les urgences, la pédiatrie et la maternité, souligne le cardiologue. Il faut rappeler qu’en France, en dessous de 300 accouchements, une maternité ferme ses portes ! »
Du coup, lorsque la direction des ressources financières de l’hôpital effectue en mars une projection de l’application future de la T2A dans le nouvel hôpital -histoire de savoir à quelle sauce le CHPG va être mangé-, c’est la panique. Le résultat est alarmant : « La projection montrait un déficit de 37 millions d’euros pour un hôpital de 482 lits et de 17,6 millions d’euros pour le centre de gérontologie clinique Rainier III ! » Soit un trou gigantesque de plus de 50 millions d’euros contre 5 millions en 2010 et 1,2 en 2009. « Les risques financiers étaient maximisés. On ne pouvait pas se voiler la face. D’autant que le budget de l’Etat accuse un sacré déficit. » On parle en effet d’un trou de 100 millions d’euros dans les finances publiques.

“L’hypothèse des délaissés mérite d’être étudiée”

La révision du projet à la baisse, tant budgétaire qu’en nombre de lits, annoncée le 14 juin, ne surprend donc pas le président du conseil d’administration de l’hôpital. « C’est une décision sage, nous courions à la catastrophe. Il ne fallait pas que les politiques se cachent derrière les erreurs du passé. » Un passé qui, pour cet ancien conseiller national retiré des affaires, n’a plus rien à voir avec la situation actuelle : « Monaco avait un fonds de réserve équivalant à 5 années budgétaires et la principauté était florissante. » L’ex-élu UND puis RPM ne veut « plus parler de politique » mais il se rappelle qu’en 2007, il avait demandé au gouvernement de réduire le train de vie de l’Etat et de revoir son programme d’investissements et de travaux qui se chiffrait à 1,5 milliard d’euros. « On a toujours tort d’avoir raison trop tôt », soupire le docteur Pastor, qui revient sur le choix du site : « J’ai peur qu’une reconstruction in situ induise des nuisances sonores difficilement tolérables pour les patients. Et je ne vous parle pas du vuvuzela sud-africain ! » Pour le cardiologue, il n’y a pas photo. « On pourrait faire un monobloc sur plusieurs étages. C’est central, pas très éloigné du futur centre Rainier III et de Lou Clapas, situés sur l’actuel CHPG. » Une idée d’ailleurs partagée par le conseiller pour les affaires sociales Stéphane Valeri qui déclare dans les colonnes de Monaco-Matin : « L’hypothèse de la partie ouest des délaissés de la SNCF, à l’entrée de la principauté, mérite d’être étudiée. Même si elle aurait l’inconvénient d’obliger à construire un hôpital plus en longueur et en hauteur. » Réponse dans 9 mois.

“Il faut des parkings”

A certaines heures, trouver une place dans le parking de l’hôpital, relève de la gageure. Si l’on ne se trouve pas coincé dans les bouchons de l’avenue Pasteur, saturée par les automobilistes persistant à vouloir entrer dans un parking bondé…
C’est pourquoi, dès juillet, afin d’améliorer le trafic, une voie dédiée va être spécialement aménagée. Tandis que d’ici à la fin 2012, une partie des parkings de la ZAC Saint-Antoine devraient être réservés au personnel du CHPG. Suffisant ? Pas pour le Docteur Pastor. « Je suis opposé à l’idée de mettre les agents hospitaliers dans des parkings très éloignés avant de les ramener sur l’hôpital en navettes aux heures de service. J’ai été chef de service durant 40 ans. Si on rate une infirmière qui loupe la navette de 7 heures, c’est la pagaille dans tout le service ! » Et de proposer : « Pour un hôpital fonctionnel, il faut des parkings à côté du CHPG. Quel que soit le choix final, une reconstruction in situ ou sur un autre site, on pourrait raser les immeubles à loyer modéré à côté de l’actuel CHPG pour faire 10 étages de parkings. Ce parking servira de toute façon pour le centre Rainier III et ses 210 lits. » Une solution qui avait été évoquée par Stéphane Valeri fin 2009, lorsqu’il était encore président du conseil national. Solution aujourd’hui écartée puisque ces immeubles devraient accueillir, selon les dernières déclarations gouvernementales, des logements domaniaux.

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