Depuis la fermeture du site de l’Annonciade fin décembre 2025 suite à un talus instable et à l’accélération de mouvements de terrain autour du bâtiment, les autorités monégasques ont dû imaginer un redéploiement du lycée Albert Ier. Objectif : réaffecter près de 950 personnes, entre le personnel et les élèves, dans d’autres lieux de la Principauté. La conseillère-ministre pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme, Céline Caron-Dagioni, explique à Monaco Hebdo comment l’Etat monégasque s’est mobilisé en urgence pour parvenir à trouver des solutions en un temps très court. Interview. Propos recueillis par Raphaël Brun
Quel est le problème posé par le mur de soutènement de l’Annonciade ?
Le mur de soutènement de l’Annonciade est un ouvrage ancien qui participe à la sécurité d’un secteur urbanisé. Depuis de nombreuses années, il fait l’objet d’un suivi instrumenté continu. Ce dispositif permet de mesurer en permanence les efforts, avec des indicateurs stables, jusqu’à très récemment. Dans ce cadre, des travaux de confortement préventifs ont été engagés dès juillet 2025, complétés par des sondages lors des vacances de la Toussaint. Courant décembre 2025, les dernières mesures ont mis en évidence une accélération soudaine et inhabituelle des indicateurs de suivi. Cette évolution a été détectée très rapidement, grâce au dispositif en place. Le mur de soutènement de l’Annonciade est un ouvrage ancien qui participe à la sécurité d’un secteur urbanisé. Depuis de nombreuses années, il fait l’objet d’un suivi instrumenté continu. Ce dispositif permet de mesurer en permanence les efforts, avec des indicateurs stables, jusqu’à très récemment. Dans ce cadre, des travaux de confortement préventifs ont été engagés dès juillet 2025, complétés par des sondages lors des vacances de la Toussaint. Courant décembre 2025, les dernières mesures ont mis en évidence une accélération soudaine et inhabituelle des indicateurs de suivi. Cette évolution a été détectée très rapidement, grâce au dispositif en place.
Quelle a été la réaction du gouvernement ?
Les équipes du gouvernement se sont immédiatement mobilisées pour analyser la situation. Et, sur la base des recommandations des experts géotechniciens, des travaux de renforcement complémentaires ont été engagés sans délai, incluant la mise en place de tirants actifs et la vérification des dispositifs de drainage.
Quelle est la situation, désormais ?
Sur la base des données actuellement disponibles, les experts considèrent que la situation à court terme est maîtrisée, tout en recommandant la poursuite d’investigations et de travaux complémentaires de confortement, qui se poursuivent encore aujourd’hui. Ces interventions devant être réalisées depuis l’intérieur du bâtiment de l’ancien collège. Celui-ci est aujourd’hui incompatible avec sa destination éducative.
Quels sont les bureaux d’études, experts géotechniques et entreprises de travaux sollicités par le gouvernement pour évaluer la situation et intervenir sur le site ?
Le suivi de la situation et la conduite des travaux sont assurés sous la coordination de la direction des travaux publics, en lien étroit avec les autorités françaises également concernées par ce phénomène. Ils s’appuient sur un dispositif solide et éprouvé autour d’experts géotechniciens, dont ceux du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), d’ingénieurs structure, et de bureaux de contrôle, notamment.
« Cette accélération [du chantier — NDLR] permet aujourd’hui d’envisager une mise à disposition anticipée des salles pédagogiques après les vacances de Pâques »
Une consultation a été organisée ?
La plupart des intervenants mobilisés étaient déjà sous contrat avec l’État depuis plusieurs années, dans le cadre de la surveillance continue du talus. Leurs travaux s’inscrivent donc dans la continuité, et en parfaite connaissance de l’ouvrage. Cette organisation préexistante a permis de mobiliser les ressources pour activer une réaction immédiate, sans délai, dès l’apparition de l’évolution constatée. Concrètement, des entreprises spécialisées, des bureaux d’études en génie civil et en géotechnique, ainsi que des organismes de contrôle et des experts indépendants interviennent de manière coordonnée pour analyser la situation, définir les solutions techniques, réaliser les travaux nécessaires et assurer un suivi instrumenté en continu, pour vérifier l’efficience des travaux mis en œuvre. Les interventions ont été engagées dans le respect des procédures en vigueur, avec un recours systématique à des expertises indépendantes, afin d’éclairer les décisions des pouvoirs publics.

Pourquoi le gouvernement a-t-il privilégié la construction de bâtiments provisoires à l’îlot Pasteur, plutôt que d’autres option et quelles alternatives ont été écartées ?
Plusieurs options ont été envisagées dès le début de la situation, afin d’anticiper l’impossibilité de retour sur site des élèves. Trouver de l’espace en Principauté pour développer près de 2 000 m2 est un défi. Les contraintes étaient particulièrement fortes : un délai extrêmement court pour éviter une mise en distanciel trop longue des élèves, la nécessité d’assurer une continuité pédagogique, le maintien d’une unité de lieu, autant que possible, pour que la solution soit opérationnelle rapidement, la capacité d’accueil requise pour 840 élèves, ainsi que la proximité des infrastructures scolaires existantes, dans un contexte foncier très contraint propre à la Principauté. Aucun bâtiment n’étant disponible pour répondre à ces besoins immédiats, le gouvernement a retenu la solution de bâtiments provisoires prééquipés à des fins pédagogiques.
Avec quels objectifs ?
La solution a été commandée avec pour objectif de l’implanter dans le périmètre proche du collège Charles III et du lycée Rainier III, sur l’îlot Pasteur. Cette proximité de localisation a permis à la direction de l’éducation nationale de la jeunesse et des sports de mobiliser des locaux existants, en particulier au sein du collège Charles III et du lycée Rainier III, et la réhabilitation rapide des locaux de l’ex-International school of Monaco (ISM) sous pilotage des services de l’Etat, en sus de la construction de bâtiments modulaires provisoires sur l’îlot Pasteur.
« Les interventions ont été engagées dans le respect des procédures en vigueur, avec un recours systématique à des expertises indépendantes, afin d’éclairer les décisions des pouvoirs publics »
Quelles autres solutions ont été exclues ?
Ce site était le seul choix permettant de concentrer les élèves sur un périmètre limité, de sécuriser l’organisation pédagogique et logistique, et de disposer, dans des délais compatibles avec le calendrier scolaire et la volonté de ne pas laisser les élèves en distanciel, d’un nombre suffisant de salles de classe adaptées, tout en garantissant des conditions d’enseignement organisées pour les élèves et les équipes éducatives. Cette mobilisation dans les établissements ainsi qu’une annexe construite à proximité permet d’offrir aux élèves un environnement scolaire complet : conseiller de vie scolaire, conseiller d’orientation, psychologue, infirmerie, etc. Tous sont essentiels à la vie lycéenne.
Quel est le coût global estimé de cette crise immobilière scolaire, incluant les travaux, les bâtiments provisoires et le relogement des 840 élèves, et comment ce budget a-t-il été arbitré ?
La situation a conduit le gouvernement à engager des mesures exceptionnelles, à la hauteur des enjeux. Ces mesures portent à la fois sur des travaux de confortement et sur la mise en place de dispositifs supplémentaires de surveillance ciblés et évolutifs, adaptés au fur et à mesure des renforcements opérés, ainsi que sur le relogement temporaire des résidents du secteur et celui nécessaire à la continuité éducative des lycéens. Le tout, afin de garantir la sécurité des personnes et la continuité du service public de l’éducation. Ces décisions ont été prises dans un cadre d’urgence, avec des priorités gouvernementales clairement établies : la protection des personnes, le maintien de l’enseignement dans les meilleures conditions possibles, et la maîtrise des deniers publics. Les éléments financiers feront l’objet d’un bilan global, une fois l’ensemble des opérations livrées, afin de disposer d’une vision consolidée et transparente de l’ensemble des mesures mises en œuvre.
Quel est le calendrier détaillé des travaux et des relogements ?
Le calendrier de relogement des lycéens a été construit dans un contexte d’urgence, avec un objectif clair : réduire au maximum la durée du distanciel et permettre un retour rapide et organisé en présentiel. Dès le 29 décembre 2025, les équipes de l’État ont engagé les travaux d’aménagement du site de l’ex-ISM, sur le quai Antoine Ier. Ces travaux ont été menés dans des délais extrêmement contraints, afin de réhabiliter, équiper et rendre ces locaux compatibles avec un usage scolaire. Le 9 janvier 2026, soit en moins de deux semaines, les locaux ont été mis à disposition de la direction de l’éducation nationale de la jeunesse et des sports, permettant une reprise partielle des cours en présentiel dès le 12 janvier 2026. Puis, progressivement et en priorité, pour les classes à examens et les enseignements nécessitant des équipements spécifiques.
Il a aussi fallu construire des bâtiments provisoires ?
En parallèle, les bâtiments modulaires provisoires en cours d’installation à l’îlot Pasteur ont fait l’objet d’un calendrier de montage, d’équipement et de contrôle particulièrement resserré. Ainsi, les douze premiers modules du premier bâtiment sont arrivés sur site dans la nuit du 15 au 16 janvier 2026. Le dernier niveau de ce même bâtiment était attendu dans la nuit du 19 au 20 janvier 2026, et celui du second bâtiment dans la nuit du 22 au 23 janvier 2026.
« Les éléments financiers feront l’objet d’un bilan global, une fois l’ensemble des opérations livrées, afin de disposer d’une vision consolidée et transparente de l’ensemble des mesures mises en œuvre »
A quelle date les élèves pourront-ils retrouver un fonctionnement scolaire normal, en présentiel ?
L’ensemble du dispositif de relogement est pleinement opérationnel depuis le lundi 26 janvier 2026, permettant à tous les élèves de retrouver un fonctionnement scolaire stabilisé en présentiel. Ce calendrier traduit la mobilisation exceptionnelle et coordonnée des services de l’État et de leurs prestataires, qui ont su concevoir, aménager et livrer en quelques semaines des solutions complètes, dans un contexte de forte contrainte et avec un haut niveau d’exigence.
Annoncée pour fin avril 2026, la réintégration du lycée Albert Ier constitue-t-elle un engagement ferme, et que se passera-t-il en cas de retard ou de nouveaux problèmes structurels ?
Les travaux de rénovation du lycée Albert Ier, engagés depuis l’été 2025, prévoyaient une livraison courant juin 2026, permettant une remise en service de l’établissement pour la rentrée scolaire de septembre 2026. Dans le contexte actuel, le gouvernement a demandé que les phases du chantier relatives aux espaces pédagogiques soient menées plus rapidement, sans remettre en cause la qualité, ni la sécurité des travaux. Cette accélération permet aujourd’hui d’envisager une mise à disposition anticipée des salles pédagogiques après les vacances de Pâques.
Les élèves pourront réintégrer le lycée Albert Ier pour le baccalauréat 2026 ?
La mise en service effective d’une partie de ces locaux rénovés sera soumise à l’arbitrage de la direction de l’éducation nationale de la jeunesse et des sports, au regard du calendrier scolaire. Le plus probable serait un retour dans l’établissement pour passer le baccalauréat dans de bonnes conditions. Aussi, les solutions de relogement provisoire mises en place permettent d’assurer la continuité de l’enseignement dans de bonnes conditions, jusqu’à la fin de l’année scolaire.
Fermeture du site de l’Annonciade et relogement du lycée Albert Ier
Été 2025 : lancement des travaux de rénovation du lycée Albert Ier. Les élèves sont délocalisés à la rentrée sur le site provisoire de l’Annonciade, qui est aussi l’ancien collège Charles III.
Juillet 2025 : début de travaux de confortement préventifs du mur de soutènement de l’Annonciade, dans le cadre d’un suivi géotechnique continu.
Vacances de la Toussaint 2025 : réalisation de sondages complémentaires sur le talus.
Mi-décembre 2025 : les instruments de surveillance détectent une accélération soudaine et inhabituelle des mouvements de terrain.
24 décembre 2025 : évacuation du site de l’Annonciade, mise en sécurité du périmètre, et arrêt immédiat de toutes les activités scolaires sur place.
30 décembre 2025 : le gouvernement monégasque annonce officiellement que les lycéens ne retourneront pas à l’Annonciade.
5 janvier 2026 : reprise des cours en distanciel.
9 janvier 2026 : mise à disposition des locaux réhabilités de l’ex-International School of Monaco (ISM), sur le quai Antoine Ier.
12 janvier 2026 : reprise partielle des cours en présentiel.
26 janvier 2026 : dispositif de relogement pleinement opérationnel, retour de tous les élèves en présentiel.



