Inaugurée en septembre 2024, la piscine du nouveau collège Charles III n’aura jamais accueilli d’élèves. Fuites majeures, défauts de conception, surcoût de 2,5 millions d’euros : le dossier embarrasse les autorités monégasques et interroge la gestion des chantiers publics en Principauté. Faut-il privilégier un règlement rapide ou engager un bras de fer judiciaire ? Dans un entretien avec Monaco Hebdo, le président du Conseil national, Thomas Brezzo, donne sa position. Propos recueillis par Raphaël Brun
Comment expliquez-vous que le Conseil national n’ait pas été alerté plus tôt de problèmes de conception pourtant identifiés dès la phase de chantier pour la piscine du collège Charles III, alors qu’ils ont finalement conduit à un surcoût de plusieurs millions d’euros ?
Pour être précis, lors de la rentrée de septembre 2024, nous avons été informés des problèmes rencontrés et de la nécessité de procéder à des travaux. Pour autant, nous ne savons pas à quelle date ces problèmes ont été identifiés et nous n’avons eu aucune nouvelle des mesures envisagées avant nos débats budgétaires de décembre.
« Il semblerait, sans doute, que les problèmes rencontrés soient aussi liés à des modifications du projet qui ont été demandées par le maître d’ouvrage qui, sans remettre en cause leur éventuel bien-fondé, ont limité les possibilités d’engager la responsabilité des prestataires »
Pourquoi le Conseil national a-t-il accepté que l’État prenne à sa charge 2,5 millions d’euros supplémentaires, au lieu d’exiger que l’entreprise et le maître d’œuvre assument l’intégralité des conséquences financières ?
Nous n’avons aucune autre information que celles qui ont été communiquées par la conseillère-ministre pour l’équipement, de l’environnement et de l’urbanisme, Céline Caron-Dagioni, lors des séances publiques budgétaires du mois de décembre 2025. Il semblerait, sans doute, que les problèmes rencontrés soient aussi liés à des modifications du projet qui ont été demandées par le maître d’ouvrage qui, sans remettre en cause leur éventuel bien-fondé, ont limité les possibilités d’engager la responsabilité des prestataires. En outre, j’ai souvent eu l’occasion de rappeler l’adage selon lequel il vaut parfois mieux un mauvais accord qu’un bon procès.
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Pourquoi ?
Parce que la solution d’avancer sans attendre permet de remédier le plus rapidement possible aux défauts de conception de la piscine, et ainsi de pouvoir espérer une utilisation normale, dans les meilleurs délais. En effet, une procédure judiciaire avec expertise prendrait de nombreux mois, voire plusieurs années, en paralysant l’ouvrage au détriment de la pratique des élèves de la principauté de Monaco. Sur le fond de votre question, c’est-à-dire notre « accord » sur la somme des 2,5 millions d’euros, je rappelle que, sans amendement budgétaire, il n’était pas raisonnable de bloquer toute la loi de budget pour ce désordre.
Le Conseil national compte-t-il engager ou soutenir des actions concrètes pour que la responsabilité du maître d’œuvre soit pleinement établie, y compris sur le plan juridique ?
Notre système est bien fait, et chacun doit rester à sa place. Il n’y a aucune volonté du Conseil national d’engager telle ou telle responsabilité. C’est un principe du droit classique qui prévoit que tout fait quelconque de l’homme qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. Le problème, c’est que, parfois, la charge de la responsabilité est difficile à déterminer.
« Sans amendement budgétaire, il n’était pas raisonnable de bloquer toute la loi de budget pour ce désordre »
Et si cette responsabilité était avérée ?
En revanche, si la responsabilité était avérée, il serait, à mon sens, normal que le gouvernement engage la responsabilité de tout co-contractant qui se montrerait défaillant dans l’exécution de ses obligations. On ne peut pas continuer à verser des sommes importantes à des prestataires qui profitent déjà du peu de marge de manœuvre dont dispose l’État monégasque pour appliquer des tarifs qui, pour différentes rais@ons, sont souvent supérieurs à ceux pratiqués à quelques kilomètres de là, si la qualité n’est pas au rendez-vous. C’est une question de volonté. Soit on essaye d’engager la responsabilité du co-contractant, soit on essaie de trouver une solution. C’est finalement toujours une balance, un équilibre à trouver entre l’intérêt à agir en justice, ou l’intérêt à trouver une solution amiable.
Après une inauguration en 2024 et une ouverture désormais repoussée au deuxième trimestre 2026, quelles garanties le Conseil national demande-t-il au gouvernement pour s’assurer que ce nouveau délai sera respecté ?
Malheureusement, nous n’avons aucune garantie que la piscine sera en état de fonctionner au deuxième trimestre 2026, ni même lors de la rentrée de septembre 2026. Cela dépendra des différents acteurs qui sont engagés sur ce projet. Charge au gouvernement de faire respecter les échéances qui ont été annoncées. Croyez-bien que si ce n’est pas le cas, nous ne manquerons pas d’interpeller le gouvernement, y compris lors des débats budgétaires, si la situation n’est pas réglée.
« Si la responsabilité était avérée, il serait, à mon sens, normal que le gouvernement engage la responsabilité de tout co-contractant qui se montrerait défaillant dans l’exécution de ses obligations »
Lors des débats budgétaires en décembre 2025, comment expliquez-vous la contradiction entre la version du gouvernement, affirmant que les cours de natation ont été maintenus par des délocalisations, et les témoignages de parents faisant état d’annulations effectives ?
Je pense qu’il y a eu une erreur de communication du gouvernement. D’après mes informations, les collégiens et les lycéens ont notamment bénéficié des infrastructures de la piscine du stade, ce qui a contraint les élèves des classes inférieures à devoir pratiquer la natation auprès d’autres établissements et sur un créneau horaire rendant impossible la pratique de cette activité. C’est ce qu’il s’est passé pour ma fille, qui est scolarisée à l’école de Fontvieille. Ce que voulait sans doute indiquer le conseiller-ministre pour l’intérieur, Lionel Beffre, dans le cadre de ses déclarations, c’est qu’aucun collégien ou lycéen n’a vu ses cours de natation supprimés. En revanche, ce sont des élèves des classes inférieures qui n’ont pas bénéficié du même régime de faveur. Vous devriez lui poser la question.
Au-delà de ce dossier précis, que dit cette affaire sur la capacité des institutions monégasques à protéger l’argent public et à garantir la qualité des équipements scolaires, et quelles leçons politiques le Conseil national en tire-t-il ?
C’est une question permanente. Encore une fois, ça fait plusieurs années que l’on regrette, et en tout cas depuis que j’ai pris la présidence du Conseil national [le 3 avril 2024 — NDLR], l’argent qui est mal utilisé dans le cadre de différents chantiers sur lesquels nous avons eu l’occasion de nous exprimer. Au contraire, les finances publiques, c’est-à-dire l’argent de tous les monégasques, doivent être gérées en bon père ou mère de famille. Nul doute que si cet argent était l’argent des personnes qui les engagent, ces derniers y feraient peut-être davantage attention. Dès lors, je ne conçois pas que si l’État est lésé dans le cadre de l’exécution d’un contrat, celui-ci n’ait pas la possibilité d’engager la responsabilité de son co-contractant. J’ai noté avec satisfaction que le ministre d’État, Christophe Mirmand, a annoncé en séance publique la volonté du gouvernement de faire évoluer les textes qui encadrent la réalisation des chantiers publics.



