samedi 18 avril 2026
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“Je ne vois ni évolution ni sérénité”

Publié le

Sophie Lavagna
© Photo Monaco Hebdo.

L’ancienne présidente de la commission Législation Sophie Lavagna explique les motifs de sa démission du conseil national. Et lance quelques torpilles à ses anciens colistiers.

Monaco Hebdo?: Pourquoi avoir choisi de démissionner fin mars?? Ce n’est pas un coup de tête??

Sophie Lavagna?: Si j’ai choisi de démissionner, c’est loin d’être un coup de tête. C’est exactement pour les raisons que j’avais déjà indiquées dans vos colonnes précédemment. Les querelles partisanes de ces derniers mois me semblent desservir l’intérêt de Monaco et des Monégasques que nous nous étions engagés à servir, surtout dans le contexte économique actuel.

M.H.?: Pour vous ce type de querelles n’est-il pas simplement le jeu de la politique??

S.L.?: A mon sens, la vraie valeur de la politique est de défendre l’intérêt général. Et pour servir l’intérêt général, il faut être au-dessus de la mêlée.

M.H.?: Vous dénoncez un manque de rigueur dans la gestion du conseil national. Pouvez-vous donner des exemples??

S.L.?: On m’a inscrite au nouveau parti UDM sans même me le demander… Une chose plus dérangeante était que certaines réunions se tenaient off. Certains documents étaient communiqués à certains élus à mon insu alors que je pensais naïvement être la présidente de la commission de législation… Tout ceci n’est pas le signe d’une bonne politique. Il ne faut pas être idéaliste mais selon moi, la politique doit au minimum respecter les règles de droit élémentaires, les bonnes manières et la cohérence.

M.H.?: Mais encore??

S.L.?: Je fréquente beaucoup de Monégasques et vous savez ce qu’ils me disent?? « On n’y comprend rien » ou encore « c’est du grand n’importe quoi ce qui se passe au conseil national ». Les gens ne nous ont pas élus pour assister à cette mascarade. Ils ne s’y retrouvent plus. J’ai conscience de ma faiblesse et je sais pertinemment que ce n’est pas moi toute seule qui peux changer les choses. J’ai le devoir de ne pas m’associer à cette zizanie.

M.H.?: En tout cas, ce n’est donc pas pour des raisons de santé que vous avez démissionné??

S.L.?: Avoir communiqué sur mon état de santé est un manque de respect de la vie privée. J’ai eu un problème de santé et je suis guérie. Mais imaginez que je sois vraiment malade?! C’est une violation de l’article 22 de la constitution, de l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme et de l’article 22 du code civil. Je trouve méprisable que l’on utilise l’état de santé de quelqu’un pour essayer de la mettre à terre, et ce en violation de toute légalité. Je trouve minable d’obliger quelqu’un à s’expliquer sur sa santé. Surtout que les allusions sur mon état de santé viennent d’un avocat et d’un médecin, Jean-Charles Gardetto et Jean-François Robillon. Où est la déontologie dans tout ça?? Ce n’est pas le serment d’Hippocrate mais d’hypocrite. Si le fait se reproduit, je ne manquerais pas d’introduire une action en justice. Ce qui m’a le plus choqué dans ce non respect de la vie privée et ces fausses rumeurs est que mes enfants qui rentrent le soir me demandent quand est ce que je vais mourir…

M.H.?: Vous auriez pu rester élue et changer d’étiquette?? Devenir indépendante, rester à l’UPM voire passer dans le camp de l’opposition??

S.L.?: L’indépendance, je l’ai toujours eue. Elle s’est d’ailleurs manifestée très vite, par mes prises de position qui n’étaient pas forcément celles de la majorité UPM, y compris sous l’ère Valeri. Mais ce que je tiens à rappeler, c’est que j’ai été élue par le peuple et non par les membres de l’UP. Ça fait un moment que j’avais pris mes distances par rapport à l’UP. Je ne suis pas une femme de parti mais de convictions. Adhérer à une secte, ce n’est pas mon truc. J’ai envoyé un mail à Anne Poyard-Vatrican pour lui dire que je ne me présenterai pas au comité directeur il y a plusieurs semaines. Comité où je n’allais plus depuis un moment car la façon de débattre y était plus destructrice que constructive.

M.H.?: En quoi l’UP s’assimile à une secte selon vous??

S.L.?: Pour moi, il est en effet négatif qu’à l’échelle de Monaco, un parti s’assimile à ce point à une secte. On assiste à une bagarre des égos, c’est franchement navrant et dangereux. D’ailleurs les observateurs ne s’y trompent pas?: les gens vont désormais au conseil national comme ils iraient au cirque.

M.H.?: Mais qui est le gourou selon vous?? Pensez-vous au conseiller de gouvernement Stéphane Valeri, comme le suggèrent certains élus??

S.L.?: Stéphane Valeri ne s’est jamais caché de soutenir Anne Poyard-Vatrican. Si j’avais pensé que c’était une bonne chose, je n’aurais pas quitté l’UP. Ce n’était pas sain. Il vaut mieux dire les choses clairement plutôt que d’avoir recours au tamtam comme c’est le cas au conseil national.

M.H.?: Maintenant que le pic de tension est passé, avec l’élection de Robillon à la tête du conseil national, vous ne pensez pas que les choses peuvent s’aplanir??

S.L.?: Je n’ai pas de boule de cristal pour prédire ce qui se passera demain. Peut-être y avait-il besoin que quelqu’un ait le cran de partir du conseil national pour comprendre l’effet produit de cette désorganisation sur la population monégasque. L’UPM avait promis une évolution sereine. Aujourd’hui, je ne vois ni évolution ni sérénité.

M.H.?: Vous êtes consciente qu’il ne manque plus qu’un départ pour provoquer des élections partielles??

S.L.?: J’ai subi des pressions par rapport à cet argument. Mais autant je suis pour le débat de fond autant je suis contre les menaces ou les pressions. Ce n’est pas digne du conseil national.

M.H.?: Le parlement perd aussi une avocate et donc une juriste. Ce qui a obligé Jean-Charles Gardetto, en reprenant le flambeau, à présider deux commissions??

S.L.?: A ce propos, je tiens à rappeler que j’ai défendu les intérêts de tous les Monégasques et non pas seulement des avocats. Contrairement à ce que Jean-François Robillon a pu laisser entendre dans la presse, je n’étais pas au conseil national pour valoriser le lobby des avocats et mon départ n’est pas de nature à voir cette profession sanctionnée.

M.H.?: Vous n’avez pas peur que les Monégasques pensent que vous quittez le navire??

S.L.?: Ce n’est pas un navire mais le radeau de la méduse… Les anglais disent que tout se joue entre le combat ou la fuite?: « fight or flight ». J’ai choisi « flight ».

M.H.?: On ne vous verra donc plus sur la scène politique et on ne risque pas de vous voir dans une liste d’opposition en 2013??

S.L.?: Je redeviens simple électeur. Chez moi, la politique n’est pas quelque chose de viscéral comme peut l’être mon métier d’avocat.

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