jeudi 1 décembre 2022
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Rigueur contre croissance, le grand débat

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Monaco vue d'Hélico
© Photo Christophe Giraudeau / Monaco Hebdo.

La préparation du budget primitif 2013, qui sera présenté en octobre, se fait sur fond de crise de la zone euro. En plein débat sur la relance de la croissance économique.

Après la Grèce, c’est désormais au tour de l’Espagne de s’enfoncer dans la crise. L’aide de 100 milliards d’euros aux banques espagnoles a beau avoir été actée, les marchés cèdent encore une fois à la panique… Depuis des mois, la zone euro tente de sortir de cette crise financière qui impacte lourdement l’économie de ses pays membres. Comment?? Après avoir promu les valeurs de l’austérité et de la maîtrise des dépenses publiques, Bruxelles a enfin reconnu la nécessité de mettre en place un pacte de croissance. Avec un « paquet » de 120 milliards d’euros (soit 1 % du PIB européen) distribué notamment entre la recapitalisation, avant 2013, de la Banque européenne d’investissement (BEI) et une hausse du capital de la BEI de 10 milliards d’euros lui permettant de financer des investissements en Europe. Pourtant, à peine ce plan avait-il été annoncé que la plupart des analystes avaient dénoncé son insuffisance. Un jugement réédité aujourd’hui par le fond monétaire international, qui demande à l’Europe, dans son dernier rapport mi juillet, d’accélérer le mouvement.

Virage
Car aujourd’hui, l’inquiétude est plus que jamais de mise. Et implique un véritable virage dans la prise de décision à l’échelle européenne. Quelle politique économique faut-il adopter?? Prôner la rigueur c’est bien mais investir c’est mieux, prônent certains analystes. Même les patrons d’Axa, de Telecom Italia et de Siemens ont, dans une tribune commune dans les colonnes du Monde, appelé les dirigeants de l’Union européenne à « faire de la crise actuelle une refondation » de l’Union, afin de restaurer la croissance…
Le Centre d’analyse stratégique (ex-commissariat au Plan) vient, lui, de livrer un document de travail préoccupant sur l’impact des politiques d’austérité en Europe. Interviewé par La Tribune, l’un de ses économistes, Thomas Brand, remet en cause l’idée selon laquelle « la baisse des déficits publics renforce la confiance et donc l’activité économique. » Selon lui, « quand on dépense plus, le PIB progresse d’un montant supérieur à la dépense publique injectée dans l’économie. Et quand, au contraire, la dépense se réduit, le PIB s’en trouve diminué »?! En Europe, jusqu’à présent, la vertueuse rigueur budgétaire allemande prévalait. Mais le modèle s’annonce de plus en plus difficilement transposable aux autres pays dans un timing aussi serré. Selon cet économiste, en revanche, « une politique d’investissement public aurait un effet favorable. A la fois à court terme, en dopant la demande, et à moyen terme, en renforçant la productivité. » Car aujourd’hui, en Europe, la paupérisation des populations fait craindre une véritable crise sociale. L’Organisation internationale du travail recense déjà 17,4 millions de chômeurs dans la zone euro et si les gouvernements continuent à ne réfléchir qu’en termes de coupes budgétaires, ce nombre pourrait franchir la barre des 22 millions d’ici 4 ans avec une contagion possible à l’ensemble de l’économie mondiale. « A moins que des mesures ciblées soient prises pour améliorer les investissements dans l’économie réelle, la crise économique s’aggravera et la reprise en matière d’emplois ne se produira pas. Nous avons besoin également d’un nouveau consensus mondial nous menant sur une nouvelle voie vers une croissance riche en emplois et la mondialisation », recommande l’OIT dans son dernier rapport.

Budget primitif 2013 sensible
C’est dans ce contexte de trouble que le gouvernement monégasque peaufine son projet de budget primitif 2013. Dans le plus grand secret puisque ni Marco Piccinini aux finances ni Marie-Pierre Gramaglia à l’équipement n’ont accepté de s’exprimer sur la stratégie gouvernementale d’investissement et de relance de l’économie. Seule certitude, alors que dans l’Union européenne, on parle de plan de croissance, à Monaco, le champ lexical reste cantonné à la « sagesse budgétaire ». « Le sujet du moment, c’est le projet d’extension en mer, défend le président du conseil national Jean-François Robillon. C’est bien la preuve que Monaco veut investir pour son avenir. Monaco n’est ni l’Europe ni la France. » Pour Robillon, « la croissance bâtie sur la dépense publique, qui est le modèle de croissance et de l’endettement de l’Union européenne et de la France, n’est pas transposable à Monaco. Ce serait même dangereux sauf si l’on veut que dans 10 ans, Monaco soit endetté. » Depuis le début de la crise, la politique de grands travaux aurait pourtant fait les frais des restrictions budgétaires, comme la culture. « On a un budget de 900 millions d’euros, on doit avoir 300 millions de dépenses d’investissements », tonne Laurent Nouvion, au nom de la fameuse règle de 30 % du budget de l’Etat réservés aux dépenses d’investissement. « Et qu’on arrête de nous raconter des salades avec les reports de crédits », indique l’élu Rassemblement & Enjeux qui donne une liste de priorités au gouvernement?: terminer une bonne fois pour toutes les chantiers en cours comme le port Hercule en 2014, construire un Monaco économique et financier à Fontvieille d’ici une quinzaine d’années, arrêter des schémas directeurs et ne plus y revenir, bref « le b.a.-ba de la gestion »… Pour le président du conseil national, il est au contraire illusoire de parler de cette règle des 30 %?: « En valeur absolue, sur les 10 dernières années, en moyenne, 200 à 210 millions d’euros ont été dépensés. Et quand on était à 300 millions de dépenses, c’était quand on rachetait au FRC. En 2009, on était passé sous le seuil des 200 millions. Mais entre les 20 millions de reports de crédits et la provision de l’hôpital, on revient cette année à la moyenne », résume le président pour qui seuls les frais fixes de l’Etat, les interventions publiques et les dépenses sociales de l’Etat ont explosé. Là dessus les deux adversaires sont pour une fois d’accord. Nouvion demande même au gouvernement de donner « une perspective à 5 ans en matière de cotisations sociales en dépenses ordinaires et de retraite des fonctionnaires. » Pour réfléchir à une meilleure gestion des finances publiques.

« Ne pas sacrifier le futur au présent »

Philippe Ortelli, le patron des patrons, prend position.

Monaco Hebdo?: Comment jugez-vous la politique d’investissement et d’équipement du gouvernement??
Philippe Ortelli?: Le contexte international doit nous inciter à la responsabilité, aussi nous ne pouvons que louer l’objectif du gouvernement. Toutefois, le déficit 2011 atteint 51 M€. Nous sommes soucieux de la progression des dépenses de fonctionnement de l’Etat qui, partant de 400 M€, ont crû de 100 M€ entre 2000 et 2005, puis de 200 M€ entre 2005 et 2010, soit une hausse de 75 %. Ces charges récurrentes ne laissent plus aujourd’hui de marges disponibles pour revenir à un ratio annuel d’un tiers de dépenses d’investissement/dépenses totales. Angela Merkel l’a déclaré?: « L’Europe mettra 10 ans pour assainir ses finances et sortir de la crise de la dette ». Face à l’austérité européenne, il serait prudent de ne pas miser sur des recettes budgétaires supplémentaires. Ces 25 dernières années, les pays ayant réussi leurs réformes budgétaires y sont arrivés en réduisant leurs dépenses de fonctionnement et non pas en accroissant leurs recettes. Il est important de conserver une indépendance financière afin de maintenir notre liberté politique.

M.H.?: Alors que les pays environnants veulent lancer un plan de relance pour la croissance à côté d’une politique d’austérité budgétaire, pensez-vous que cela serait utile à Monaco??
P.O.?: Il est crucial de ne pas sacrifier le futur au présent et de faire comprendre à tous que l’Etat ne sera pas une éternelle corne d’abondance. Notre concept d’Etat-Providence doit évoluer afin de le pérenniser grâce à une action communautaire dans laquelle tous participeraient. Ainsi, l’argent pour investir dans certains projets que l’Etat ne peut actuellement pas financer est disponible dans le secteur privé. C’est ce qui a par exemple été fait à Marseille avec le tunnel traversant à péage du Prado Carenage qui a amélioré le quotidien des Marseillais sans coûter un euro à la collectivité. Outre l’attrait financier de ces projets, ceux-ci généreraient un intérêt public et de la TVA pour Monaco. De même, des financements privés permettraient de développer des logements à loyers modérés pour actifs salariés monégasques dans les communes limitrophes sur des terrains de l’Etat, offrant ainsi de nouvelles opportunités aux entreprises du BTP monégasques. Là encore, il s’agirait d’une relance par l’investissement utile pour tous et qui ramènerait de la TVA de consommation dans les caisses de l’Etat.

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