jeudi 16 avril 2026
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La Bourse de Francfort a le vent en poupe

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Bourse de Francfort
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Il est encore temps d’attraper le train de la hausse des actions allemandes. Décryptage par Henning Gebhardt, directeur des actions européennes chez DWS Investments.

Monaco Hebdo?: Comment expliquez-vous la performance de la bourse de Francfort en 2010, notamment comparée au reste de la zone euro??

Henning Gebhardt?: La progression de plus de 15 % des actions allemandes de l’an dernier qui, bien sûr, tranche avec le reste de la zone euro, est le reflet d’une forte reprise économique, avec une croissance de 3,6 % contre moins de 2 % pour la zone euro, mais également de la croissance des résultats des entreprises outre-Rhin. L’Allemagne a réussi à sortir rapidement de la crise économique à la faveur d’importants ajustements structurels réalisés depuis la réunification du pays, notamment en matière de réduction du coût du travail, qui lui ont permis de restaurer sa compétitivité. Dix ans plus tard, l’Allemagne est le cinquième pays le plus compétitif au monde, juste derrière les Etats-Unis. Qui plus est, l’Allemagne est un pays où la part de l’industrie reste plus importante dans le PIB, et donc dans la composition des indices boursiers, que dans le reste de l’Europe en général. D’où une plus forte sensibilité à la reprise économique.

M.H.?: Est-il néanmoins encore temps de se positionner sur les actions allemandes??

H.G.?: Malgré le rallye boursier de 2009 et 2010, les actions allemandes n’ont pas encore retrouvé leur niveau d’avant crise. Le DAX 30 est, par exemple, encore en baisse de plus de 10 % par rapport à début 2007. Qui plus est, les valorisations actuelles ne nous semblent pas refléter la dynamique de croissance du pays et des résultats des entreprises qui bénéficient d’un environnement très porteur. Il ne serait néanmoins pas étonnant que les valeurs cycliques et technologiques reprennent leur souffle à court terme à la faveur, par exemple, du secteur financier toujours à la traîne. La Bourse de Francfort reste par ailleurs sujette, comme les autres marchés d’actions, au sentiment des investisseurs sur l’évolution de la situation financière de la zone euro et du problème de la dette souveraine. Elle ne sera pas épargnée en cas de nouvelles secousses sur les marchés financiers.

M.H.?: Quels sont précisément les facteurs de soutien pour les prochains mois??

H.G.?: Les actions allemandes vont bénéficier, comme l’ensemble des marchés d’actions, du retour de l’appétit des investisseurs pour le risque et donc pour ce type d’actifs, d’autant que les rendements des produits monétaires restent faibles. Qui plus est, dans un environnement où la notion de “risque pays” revient en force, la Bourse de Francfort pourrait encore tirer son épingle du jeu. L’Allemagne bénéficie en effet des faibles taux d’intérêt en vigueur dans la zone euro et d’une devise, précisément l’euro, affaiblie ces derniers temps alors même que la dynamique de croissance du pays devrait induire une hausse des taux d’intérêt et une appréciation de la devise. L’environnement monétaire de la zone euro apporte donc un avantage supplémentaire à une économie déjà très compétitive.

M.H.?: Les exportations restent-elles le moteur de la croissance allemande??

H.G.?: Les exportations constituent en effet toujours un catalyseur pour la croissance allemande qui devrait osciller cette année entre 2 % et 2,5 %. La part des exportations dans le PIB allemand est d’ailleurs passée de 25 % en 1998 à plus de 45 % en 2008 alors que cette proportion est seulement passée de 22 % à 28 % pour la France et de 23 % à 29 % pour l’Italie. Mais la dynamique des exportations allemandes repose avant tout sur les zones avec lesquelles le pays a tissé de nouveaux liens commerciaux. La part de la Chine dans les exportations allemandes est ainsi passée en dix ans d’à peine plus de 1 % à 5 % alors qu’elle reste inférieure à 2 % pour l’ensemble des pays européens. La Chine est d’ailleurs devenue pour l’Allemagne un client plus important que les Etats-Unis. Il ne faut toutefois pas uniquement se focaliser sur les exportations. La consommation intérieure allemande se redresse et devrait contribuer fortement à la dynamique d’ensemble.

M.H.?: Privilégiez-vous toujours les valeurs fortement exportatrices dans vos portefeuilles??

H.G.?: Nous recherchons d’une manière générale des valeurs de qualité qui bénéficie d’un avantage compétitif et dont le modèle économique assure une croissance pérenne. Face à la dynamique de croissance toujours intacte de l’économie allemande, nous continuons effectivement à privilégier des sociétés industrielles et exportatrices qui répondent à ces critères fondamentaux. Nous recherchons notamment des sociétés qui bénéficient de tendances de croissance structurelle dans les pays émergents comme les changements d’habitude de consommation ou le développement des infrastructures.

“Rupture de compétitivité” entre l’Allemagne et la France
L’institut indépendant Coe-Rexecode a rendu public le 20 janvier les conclusions d’un rapport qui pointe une « véritable rupture de compétitivité » entre la France et l’Allemagne. « La France a perdu au cours des années récentes le seul avantage comparatif qui était le sien, celui de prix moins élevés, souligne le rapport. Une enquête exclusive auprès de 500 acheteurs européens montre que la compétitivité-prix des produits allemands est désormais souvent supérieure à celle des produits français alors que la perception de la qualité des produits Made in Germany demeure en moyenne supérieure. » Pour Coe-Rexecode, cette rupture s’explique largement par des politiques du travail opposées des deux côtés du Rhin. A quoi s’ajoute la nouvelle donne de la monnaie unique qui ne permet plus les ajustements par les monnaies. Coe-Rexecode recommande donc que les pouvoirs publics et les organisations syndicales et professionnelles concluent rapidement un « Pacte de compétitivité industrielle », autour de cinq axes détaillés dans ce rapport, sans quoi la persistance d’une telle divergence entraînerait des scénarios « préoccupants »?: « L’Allemagne se positionne de plus en plus comme le pôle majeur de l’économie industrielle européenne tandis que la compétitivité des territoires français connaît un véritable décrochage. La persistance d’un tel écart avec une même monnaie se traduirait inévitablement par une disparité des niveaux de vie entre les deux pays et pourrait menacer, à terme, la cohésion de la zone euro », met en garde l’institut.

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