vendredi 20 mai 2022
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Coronavirus et chantiers
Stop ou encore ?

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En pleine pandémie de Covid-19, le prince Albert II a décidé de la fermeture de tous les chantiers publics.

Les chantiers privés peuvent continuer s’ils suivent scrupuleusement les règles sanitaires dictées par le gouvernement, sans quoi ils risquent une fermeture administrative. En revanche, pour les centaines de chantiers qui se déroulent dans des appartements privés, c’est plus flou.

C’est un sujet qui a enflammé les réseaux sociaux au cours de la semaine du 16 mars. Alors que les restrictions liées à l’épidémie de Covid-19 sont de plus en plus strictes, pourquoi certains chantiers sont-ils toujours en activité ? Confinés chez eux, des résidents se sont plaints de devoir subir les nuisances sonores toute la journée. En parallèle, des publications de photos et de vidéos d’engins de chantiers et d’ouvriers ont rapidement fait le tour de Twitter et de Facebook, notamment. Et certains ont immédiatement rapproché cet état de fait avec l’allocution télévisée du prince Albert II le 17 mars qui disait que « des chantiers devront être arrêtés ». Dans la foulée, le 18 mars, un communiqué du gouvernement a précisé les choses pour les chantiers de l’Etat, c’est-à-dire les travaux réalisés sous maîtrise d’ouvrage publique, directe ou déléguée. Tous ont été stoppés dans la semaine du 16 mars, travaux de voirie y compris (1). Un temps poursuivi, le chantier du quai des Etats-Unis a, lui aussi, été suspendu, car il était conditionné par le maintien ou l’annulation du 78ème Grand Prix de Formule 1 (F1) et du 12ème Grand Prix de Monaco historique. Une fois ces événements annulés, ce chantier s’est donc arrêté à son tour.

© Photo Monaco Hebdo

« Arrêt »

Quant aux chantiers privés, ils peuvent se poursuivre, uniquement s’ils respectent une série de règles sanitaires fixées par le gouvernement. Des règles qui imposent, bien évidemment, la mise en application des gestes barrières, mais aussi le respect d’une distance sanitaire qu’il semble quasi-impossible à respecter sur un chantier. Dans un communiqué, le gouvernement indique néanmoins que « pour maintenir l’activité sur un chantier, les maîtres d’ouvrage devront confirmer qu’ils sont en capacité de faire respecter ces mesures. Des contrôles seront réalisés pour s’assurer que les normes sanitaires sont effectivement bien respectées sur les chantiers qui continueraient leur activité. Tout manquement constaté au respect de ces normes impliquerait l’arrêt immédiat du chantier ». Le 19 mars, lors de la session extraordinaire du Conseil national (lire notre article dans ce numéro), la conseillère-ministre pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme, Marie-Pierre Gramaglia, a indiqué qu’un inspecteur de la direction du travail, Raphaël Espagnol, et un contrôleur de la direction de la prospective, de l’urbanisme et de la mobilité (DPUM) sont en charge d’effectuer ces contrôles. Avant d’ajouter : « La DPUM va mobiliser un deuxième contrôleur pour renforcer nos moyens de contrôles, au moins pendant la semaine à venir, et porter ainsi nos effectifs à trois contrôleurs. » Tous les acteurs du BTP en principauté ont été informés de ces nouvelles dispositions a assuré le gouvernement. « A ce jour [le 19 mars 2020 — N.D.L.R.] je peux vous informer que la quasi-totalité des chantiers privés devraient être fermés d’ici quelques jours, le temps nécessaire de leur mise en sécurité », a assuré Marie-Pierre Gramaglia. La « quasi-totalité », mais pas tous, donc. Notamment pas ceux de l’entreprise JB Pastor & Fils (lire l’interview de son président délégué, Patrice Pastor, par ailleurs). Assurant le 19 mars à nos collègues de Monaco-Matin qu’« on ne ferme pas des chantiers comme une porte de placard », Patrice Pastor a alors assuré que le nombre de ses salariés en activité allait passer de plus de 800 à « environ 90 », mais que le chantier de l’extension en mer allait se poursuivre. Dans l’interview qu’il nous a accordée (à lire ci-après), il estime qu’arrêter le chantier de l’extension en mer aurait été « une erreur monumentale ». Pour lui, le respect des distances de sécurité sur les chantiers qu’impose le Covid-19 n’est pas un problème insurmontable : « Cela passe par un travail de pédagogie, de suivi, de contrôle et d’accompagnement. Tout le monde est mobilisé […]. Le renforcement des équipements, le doublement des installations, la multiplication du matériel sont facteurs d’amélioration et de minimisation des risques de non-respect des distances notamment. »

© Photo Monaco Hebdo

Restrictions

Autre problématique que le gouvernement n’a pas spécifiquement évoquée : que deviennent les chantiers privés qui se déroulent toute l’année dans plusieurs centaines d’appartements à Monaco ? Ces chantiers d’embellissement ou de réfection totale de logements réunissent souvent plusieurs ouvriers qui font chaque jour le trajet depuis la France ou l’Italie. Regroupés dans l’espace confiné d’un appartement, ces ouvriers accèdent quotidiennement aux parties communes des immeubles dans lesquels ils travaillent, et empruntent régulièrement les ascenseurs, considérés comme des vecteurs possibles de propagation du coronavirus. Potentiellement, ils sont donc susceptibles de véhiculer le Covid-19 à Monaco au cœur même de certaines résidences. Poignées de portes, rampes d’escaliers… On sait aujourd’hui que toucher une surface contaminée peut être suffisant pour tomber malade. Pour l’essentiel, le coronavirus se transmet par voie respiratoire et par contact physique. La transmission par voie respiratoire a lieu via les gouttelettes de salive expulsées par le malade, par exemple quand il tousse. Or, sur un chantier qui se déroule dans l’espace restreint d’un appartement, il semble très difficile, voire impossible, de conserver la fameuse distance d’au moins un mètre pour éviter d’être touché à son tour par le Covid-19. Le 24 mars 2020, alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro, aucune directive ou mesure spécifique du gouvernement ne visait en particulier ce type de chantiers, pourtant très répandus en principauté (2). Ce sont donc les normes sanitaires générales édictées par le gouvernement pour les chantiers « en général » qui s’appliquent. Mais une décision politique prise dans la soirée du 21 mars en Italie, pourrait avoir un impact, par ricochet, sur certains de ces chantiers. En effet, le premier ministre Italien, Giuseppe Conte, a annoncé la fermeture de « toute activité de production sur le territoire qui ne serait strictement nécessaire, cruciale et indispensable afin de nous garantir les biens et services essentiels ». L’Italie a donc fait un pas de plus dans les restrictions pour tenter de mettre un terme à la pandémie, ce qui pourrait impacter les entreprises italiennes qui font des chantiers en principauté. Désormais, seuls les supermarchés, les pharmacies, la poste, les banques, les services publics essentiels et les transports fonctionnent encore du côté italien. Le 22 mars, la pandémie de coronavirus avait tué 5 476 personnes en Italie, dont 793 décès supplémentaires en 24 heures, un triste record. Le nombre de cas en Italie était alors de 59 158 personnes. Particulièrement touchée avec plus de 3 000 décès, la Lombardie a décidé de prendre des mesures supplémentaires. Le président de la région, Attilio Fontana, a réclamé que les entreprises stoppent le travail, en excluant seulement les chaînes d’approvisionnement essentielles. Les marchés en plein air, les chantiers et les bureaux sont également fermés, et les activités physiques en extérieur, même individuelles, interdites. De plus, l’accès aux pharmacies et aux supermarché est conditionné par un contrôle de la température. Alors qu’en Italie les autorités ont très nettement durcit le ton, y compris sur les chantiers, certains regrettent qu’elles ne l’ait pas fait plus tôt. Le gouvernement monégasque va-t-il les imiter ?

1) Le gouvernement a décidé de suspendre les chantiers sous maîtrise d’ouvrage publique, qu’elle soit directe ou déléguée, à savoir : Helios, les Jardins d’Apolline, l’Engelin, le nouveau CHPG, l’Ilot Pasteur, la darse nord, le complexe du Larvotto, Honoria, Ida, Testimonio II, Picapeira, le maintien à niveau du centre hospitalier princesse Grace (CHPG), l’entrée de ville Jardin Exotique, le 17, rue Princesse Florestine, ainsi que tous les travaux de voirie et d’espace public.

2) Contacté par Monaco Hebdo, le gouvernement n’a pas été en mesure de répondre à nos questions avant le bouclage de ce numéro, le 24 mars 2020.

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