Jusqu’au 15 avril, le Nouveau musée national de Monaco rend hommage au maître contemporain Richard Artschwager, décédé en 2013. Une exposition organisée par le Whitney Museum of American Art de New York, en partenariat avec la Yale University Art Gallery du New Haven.
Par Margaux Biancheri.
« Si tu es de « l’école de… », tu es mort. La seule façon de ne pas se noyer, c’est d’être original », affirme Richard Artschwager dans le très touchant biopic Shut up and look, signé Maryte Kavaliauska et projeté au NMNM. Tantôt considéré comme minimaliste, issu du mouvement pop art ou du conceptuel, l’artiste reste en effet inclassable. Sa démarche se veut simple, quasi enfantine : utiliser l’imagination du spectateur pour réinterpréter le monde. Peintures, sculptures, objets « inutiles » et colorés à l’instar du fameux Exclamation Point (Chartreuse, 2008)… Les 135 œuvres exposées aujourd’hui au Nouveau musée national de Monaco (NMNM) offrent une rétrospective complète du travail de l’Américain. Toujours le même but pour Artschwager : dérouter en créant une discontinuité entre les attentes du spectateur et l’œuvre. Sa philosophie : « Le plus longtemps tu regardes quelque chose, le plus intéressant, il devient ».

Crins en plastique sur un noyau en acajou avec peinture latex. © Richard Artschwager Photo par Robert McKeever


Focus sur la perspective
Entre illusion et réalité, ce pionnier du contemporain n’a cessé, en 60 ans, de brouiller les pistes. Jennifer Gross, commissaire de l’exposition, explique : « Les œuvres qui sont présentées ici défient nos attentes en matière d’esthétique par rapport à une représentation physique et visuelle de ce qu’elles devraient être ou ce qu’elles devraient nous révéler ». La série Formica datant des années 60 illustre parfaitement cette impression. Au premier abord, il est étonnant que Richard Artschwager, menuisier passionné, ait choisi cette matière « cheap » qu’il décrit lui même comme « superbement horrible ». Il l’utilise pourtant avec habilité pour créer des œuvres constituées de formes familières de notre environnement. Des meubles, par exemple, avec Description of Table (1964), pour relier l’espace à la perception que nous nous en faisons. « On aurait dit que le bois avait traversé le temps comme si cette chose n’avait existé qu’à moitié… C’est une image de quelque chose, bref un objet », justifiait l’artiste. Même idée avec le support du Celotex et la série Destructuration. Des panneaux de fibres bon marché qui donnent à ses peintures un relief impressionnant, notamment sur Triptych V (1972). S’il souhaitait que l’on prête davantage d’attention à la perspective et au ressenti, Richard Artschwager porte une grande importance aux détails qui rendent son travail unique. A découvrir également, ses dessins dont Light Bulbs (2007) ou In the Driver’s seat 2007. Mais aussi son invention : La boule oui/non, qui donne la réponse à la question posée par celui qui la lance.
Des BPLS dans la ville
Mais ce qui a sans doute le plus marqué le travail de l’artiste, ce sont les BLPS (prononcez Blips), des points noirs qu’il diffuse partout. Dans les musées notamment au Museum of Contemporary Art in Los Angeles mais aussi en milieu urbain : dans le métro, sur les façades. Une marque noire — un trou noir ? — ou plutôt un accroche-regard qu’il distille dans le quotidien des passants pour susciter l’interrogation. C’est pourquoi vous remarquerez partout dans la principauté la touche artistique du maître. L’office du tourisme et les établissements de la Société des bains de mer (le Casino, l’Hôtel de Paris, la Rascasse, le Monte Carlo Beach, la salle des Etoiles, le Buddha Bar) bénéficient déjà de cette installation. Tout comme le conseil national. Une chose est sûre, post-mortem, Richard Artschwager aura encore une fois accompli son ambition artistique : être original. Et l’exposition de ses œuvres permet au NMNM de gagner ses galons sur le plan international. « Présenter cette rétrospective au NMNM, après le Whitney Museum, le Hammer Museum et le Haus der Kunst est une formidable opportunité pour le musée d’exposer le travail de cet artiste unique et de placer Monaco dans le circuit des grandes institutions muséales internationales », s’enchante Marie-Claude Beaud, directrice du NMNM.
Entrée : 6 euros (gratuit pour les moins de 26 ans), gratuite le premier dimanche du mois.



