Spécialisé dans les montres de luxe, Piaget était présent au salon Art Monte-Carlo, du 7 au 9 juillet 2025. À cette occasion, Monaco Hebdo a pu rencontrer Yves G. Piaget, ancien patron et actuel président honorifique de cette entreprise. Il représente la quatrième génération de la famille fondatrice de cette marque.
Délicatement posée sur une table d’un blanc nacré, une montre dorée reflète les rayons lumineux des éclairages. Fixés sur le bracelet, trois Dali d’or intriguent le regard des passants. Sous l’une des pièces de monnaie se dissimule un cadran aiguisé. Simple montre, ou œuvre d’art ? La frontière semble inexistante, et les deux notions se mélangent pour donner un ensemble intriguant. Ce lien si particulier entre l’œuvre d’art et l’horlogerie, c’est la signature d’une marque, Piaget, vieille de 150 ans. Présente en tant que partenaire principal lors du salon Art Monte-Carlo du 7 au 9 juillet 2025 à Monaco, cette marque d’horlogerie de luxe a captivé. Et si les yeux semblent naturellement conquis par des modèles estimés à plusieurs dizaines, voire centaines de milliers d’euros, la véritable richesse de cette enseigne prend les traits d’un octogénaire. Assis sur une chaise, au fond du stand, celui qui se définit comme le « gardien d’un héritage » regarde d’un œil fier les créations d’une marque désormais mythique. Yves G. Piaget, représente la quatrième génération à la tête de Piaget. Cette entreprise a été créée en 1874 par Georges-Édouard Piaget (1855-1931), un horloger suisse, dans le petit village de La Côte-aux-Fées, situé dans le Jura suisse, dans le canton de Neuchâtel.

Salvador Dali, Andy Warhol, Arman, Roger Moore…
Yves G. Piaget incarne aujourd’hui l’image du virage pris par cette entreprise dans les années 1960, celui qui a permis de faire des montres Piaget, de véritables œuvres d’art, adorées par les amoureux d’horlogerie. Salvador Dali (1904-1989), Andy Warhol (1928-1987), Arman (1928-2005), Roger Moore (1927-2017), Frank Sinatra (1915-1998)… Il a créé des collaborations avec les plus grands artistes du XXème siècle et habillé les poignets des personnalités du monde entier. Pourtant, dans sa bouche, les premiers mots sont destinés aux salariés. Ceux qu’il préfère baptiser les « artisans », les « créateurs », ou encore les « artistes » et qui, dans leurs ateliers de Genève et de Lausanne, préparent les prochaines collections de cette marque. Le président honorifique de Piaget, l’affirme : « Nos artisans s’inspirent des sculptures, des tableaux, de la nature. Par exemple, on a fait toute une collection qui était dédiée à la rose. » Comment résumer Piaget ? « C’est cela Piaget », un lien quasi indicible entre l’horlogerie et l’art : « C’est dans notre ADN de proposer des modèles qui ne relèvent pas simplement de la montre. On réfléchit, on étudie, on invente, on surprend… Il suffit de voir le travail de nos artisans. Ils mettent dans un outil qui donne le temps, la profondeur de l’art. »
« Nos artisans s’inspirent des sculptures, des tableaux, de la nature. Par exemple, on a fait toute une collection qui était dédiée à la rose »
Yves G. Piaget. Président honorifique de Piaget
« L’objectif était de sortir de notre condition de paysan horloger »
À quel moment, alors, un objet dépasse sa simple fonction pour appartenir au domaine de l’art ? Pour Yves G. Piaget, cette frontière entre l’objet et l’œuvre est franchie au moment où le produit « détient une âme qui fait oublier sa simple condition. Nos pièces possèdent une personnalité, et chaque montre détient un message, puissant, qui surpasse l’objet ». Il s’arrête, respire, et lentement, il souffle : « Notre maison d’horloger est devenue une maison d’art. » Pour donner à ses montres une force de frappe artistique, la marque a entamé un virage à la fin des années 1960. Quatre-vingt-dix ans après sa création, plus que des montres résistantes et fiables, Piaget voulait marquer les esprits, et se frotter aux plus grandes références mondiales de l’époque, quitte à se démarquer très fortement. « L’objectif était de sortir de notre condition de paysan horloger. Cela ne veut pas dire qu’avant le travail était mal fait, mais on a voulu passer dans la catégorie des artistes horlogers. On a donc axé la majeure partie de notre création sur des propositions artistiques. » La marque est d’ailleurs l’une des premières au monde à s’être dotée d’un bureau de créateurs, afin de « chercher les inspirations à travers le monde ». Pour faire connaître cette évolution, Yves Piaget a parcouru le globe pendant deux décennies, et il a noué des liens forts avec de nombreux artistes. Ces rencontres ont forgé en lui un état d’esprit, une « vision particulière » sur l’art.

« Notre manufacture est un temple »
De retour de ses voyages, il a poussé ses artisans à créer, à innover, et à réfléchir à de nouvelles formes et à de nouvelles associations de couleurs. Le tout, avec une approche artistique. Et la dynamique semble bonne pour cette marque suisse qui emploie encore aujourd’hui huit créateurs. Il faut « créer… Toujours créer », souffle l’ancien patron de Piaget. Parfois, ces artistes questionnent son esprit critique, comme lorsqu’il est passé devant une montre Piaget sertie de diamants multicolores, exposée au salon : « L’art est, et reste subjectif. » Mais le plus important pour lui, c’est que « cet ADN artistique reste au cœur de nos créations ». C’est d’un œil bienveillant qu’Yves G. Piaget regarde la suite : « Notre manufacture est un temple où se mêlent horlogerie, joaillerie et art. À mon départ de ce monde, j’aimerais transmettre ma passion pour le travail manuel, cet amour pour la créativité que l’on partage avec les artisans. J’espère que le goût pour la manufacture va continuer à exister dans cette entreprise, et que ce n’est que le début. » Résident monégasque grâce à l’impulsion du prince Rainier III (1923-2005), Yves G. Piaget passe l’essentiel de son temps en principauté, loin de sa Suisse natale, mais avec toujours un regard avisé sur les activités de cette entreprise, qui « a bercé [son — NDLR] imaginaire pendant tant d’années ».



