jeudi 6 octobre 2022
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Culture Sélection de Mai 2022

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Dans Culture Sélection, Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et musique.

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Scum

De Alan Clarke

Radical. La réédition du mois est ici. Avec Scum, le réalisateur originaire de Liverpool, Alan Clarke (1935-1990), nous plonge dans l’Angleterre des années 1970. On suit le parcours de Carlin, Davis et Angel, trois jeunes placés dans un centre de détention pour mineurs. Ils vont découvrir la violence la plus sauvage, les sévices, et la loi du plus fort. En 1979, ce film a été censuré par la BBC, car la charge portée par Alan Clarke contre les institutions publiques était jugée trop forte. Entre 1979 et 2022, il s’est écoulé 43 ans, mais la puissance de Scum reste la même. Ressorti en salles en 2015, ce film bénéficie aujourd’hui enfin d’une édition Blu-ray qu’il faut absolument voir. Cette version restaurée donne encore plus de force à ce film radical, qui traverse le temps sans altération.

Scum de Alan Clarke, avec Ray Winstone, Mick Ford, Julian Firth (GB, 1979, 1h38), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (Blu-ray).

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Nightmare Alley

De Guillermo del Toro

Artifice. Stanton Carlisle (Bradley Cooper) ne va pas bien. Mais lorsqu’il croise la route d’un cirque itinérant, d’une voyante, Zeena et de son mari Pete, une ancienne star du mentalisme, il sent qu’il peut gagner beaucoup d’argent. Comment ? En arnaquant les gens, de préfèrence riches, issus de la société bourgeoise des années 1940. Aidé de sa compagne, Molly, il va s’attaquer à un homme puissant, aidé par une psychiatre qu’il a du mal à cerner totalement. Le réalisateur mexicain Guillermo del Toro s’amuse des illusions et du surnaturel, pour livrer un film sans artifice, inspiré d’un roman de William Lindsay (1909-1962), Le Charlatan (1947). Dans le rôle de l’imposteur, Bradley Cooper est très bon. Si Nightmare Alley est parfois trop convenu, notamment dans les relations sans surprise de Stanton Carlisle avec les femmes, il reste néanmoins un film très fréquentable.

Nightmare Alley de Guillermo del Toro, avec Bradley Cooper, Cate Blanchett, Toni Collette (USA, 2021, 2h31), 19,99 euros (DVD), 29,99 euros (Blu-ray).

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Licorice Pizza

De Paul Thomas Anderson

Amour. C’est le jour de la photo de classe. Nous sommes en 1973, et Alana Kane (Alana Haim) et Gary Valentine (Cooper Hoffman) se rencontrent à cette occasion. Plus âgée, Alana Kane est l’assistante du photographe. Gary Valentine affiche une petite expérience d’acteur, qu’il met en avant pour séduire Alana. Dans la San Fernando Valley, près de Los Angeles, Licorice Pizza se déploie, et oscille constamment entre des scènes amusantes et une mélancolie qui n’est jamais très loin. Paul Thomas Anderson a su s’entourer, puisqu’il a confié le rôle d’un étonnant producteur à Bradley Cooper, pendant que Benny Safdie incarne un politicien prêt à tout pour réussir. La composition de Sean Penn en William Holden (1918-1981) est toute aussi jubilatoire. Mais cette histoire d’amour est aussi et surtout portée par Alana Haim et Cooper Hoffman, qui sont tous les deux formidables.

Licorice Pizza de Paul Thomas Anderson, avec Alana Haim, Cooper Hoffman, Bradley Cooper (USA, 2022, 2h14), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray).

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Piccolo Corpo

De Laura Samani

Limbes. En Italie, en 1900, Agata (Celeste Cescutti) doit faire face à la perte de son enfant, qui est mort-né. Mais le prêtre du village refuse de baptiser un enfant qui n’a pas vécu, ce qui le condamne à errer dans les limbes. Du coup, Agata décide de fuir la communauté de pêcheurs avec qui elle vit, pour se rendre dans les montagnes. Là, elle espère pouvoir ranimer un instant son enfant, grâce à un « sanctuaire du souffle » ou un « sanctuaire de la trêve », afin de pouvoir sauver son âme. Le premier long-métrage de la réalisatrice italienne Laura Samani, présenté à Cannes à la Semaine de la critique, en juillet 2021, est un voyage initiatique et une réflexion sur le deuil. L’utilisation du dialecte frioulan et les paysages magnifiques ajoutent à la beauté de ce film, à voir absolument.

Piccolo Corpo de Laura Samani, avec Celeste Cescutti, Ondina Quadri (ITA/FRA/SLO, 2022, 1h29), 16,99 euros (DVD seulement, pas de sortie Blu-ray). Sortie : le 16 juin 2022.

19h59

De David Dufresne

Salvateur. Installée dans l’entre-deux-tours d’une élection présidentielle, l’histoire racontée par l’ancien journaliste David Dufresne, à qui on doit aussi le documentaire Un pays qui se tient sage (2020), interpelle. Quelque part entre la dystopie et le monde réel, 19h59 raconte le kidnapping, neuf jours avant le second tour, du milliardaire et propriétaire de la chaîne Rex News, Philippe Rex. Publiée sur Twitter quelques instants plus tard, une photo montre l’otage, pendant que le ravisseur réclame un débat en direct avec le président de la République. Objectif : être la voix de ceux que l’on n’entend pas. 19h59 est presque un roman policier, avec une dimension supplémentaire qui fait la part belle aux rouages du pouvoir. Forcément très actuel, 19h59 s’interroge sur le naufrage de la vie politique et du débat public. Et c’est salvateur.

19h59 de David Dufresne (Grasset), 180 pages, 13 euros (format numérique), 18 euros (format « papier »).

Guacamole Vaudou

d’Éric Judor et Fabcaro

Absurde. Un roman-photo écrit par Fabcaro, joué par Eric Judor, avec l’appui de Nathalie Fiszman. C’est ce que propose Guacamole Vaudou, en mettant en scène un loser magnifique : Stéphane Chabert (Éric Judor). Salarié d’une agence de publicité, il n’arrive à peu près à rien, sauf à provoquer les rires et les moqueries de ses collègues de travail. Du coup, lorsqu’il tombe sur une annonce qui promet des miracles grâce à un stage de vaudou, il fonce. Pour réaliser ce roman-photo, 48 comédiens ont été nécessaires, avec, parmi eux, Alison Wheeler, Nicolas & Bruno, Arthur H, ou Elisabeth Quin. Munis de perruques, ils servent à merveille le propos et le monde imaginé par Fabcaro. Absurde et très drôle, Guacamole Vaudou se déguste, ou se dévore, c’est selon. Et on en redemande.

Guacamole Vaudou d’Éric Judor et Fabcaro (Seuil), 80 pages, 18,50 euros.

Scènes de crime, dans le labo de la gendarmerie scientifique

De Catherine Mallaval et Mathieu Nocent

Scientifique. Dans Scènes de crime, deux journalistes, Catherine Mallaval et Mathieu Nocent, nous ouvrent les portes de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRGCGN). C’est là que des scientifiques et des techniciens unissent leurs forces pour s’attaquer aux affaires criminelles les plus complexes. Ce livre raconte comment, et avec quelles techniques, ces experts travaillent, et parviennent à faire surgir la vérité. Scènes de crime évoque notamment, mais pas seulement, l’affaire Laëtitia Perrais, le dossier d’Elodie Kulik, ou encore celui de Valérie Avril. Chaque affaire est traitée sous l’angle de la science. Et chaque crime nécessite une technique précise pour tenter d’identifier le ou les coupable(s). Une mouche, une goutte de sang, ou de la peinture : tout est bon pour retrouver les criminels.

Scènes de crime, dans le labo de la gendarmerie scientifique, de Catherine Mallaval et Mathieu Nocent (Flammarion), 224 pages, 19,90 euros.

L’Institut des benjamines

D’Anne Simon

Pouvoir. Et voici le cinquième tome des Contes du Marylène, la série féministe d’Anne Simon, dans laquelle elle n’hésite pas à mixer humains et animaux. L’Institut des benjamines est la suite de Boris l’enfant patate (2018), que Monaco Hebdo a déjà chroniqué ici-même. Librement inspiré du roman de Robert Walser (1878-1956) L’Institut Benjamenta (1909), L’institut des benjamines débute alors que le tyran Boris s’est emparé du pouvoir en offrant des frites à la population. Dirigé par Simone, une cigogne, l’Institut des benjamines apprend à des jeunes filles comment s’élever et résister face à Boris. Dans cette nouvelle BD, Anne Simon évoque le pouvoir, son incarnation, et ses dérapages. Mais aussi ce que le pouvoir peut engendrer pour celles et ceux qui l’exercent. Passionnant.

L’Institut des benjamines d’Anne Simon (Misma), 128 pages, 18 euros.

Le Storyboard de Wim Wenders

De Stéphane Lemardelé

Allemand. Le dessinateur Stéphane Lemardelé est un habitué du monde du cinéma. Il travaille sur des storyboards, c’est-à-dire le découpage d’un film dessiné, plan par plan. En 2014, Stéphane Lemardelé a été contacté par le réalisateur, producteur, scénariste de cinéma et photographe allemand, Wim Wenders. Objectif : travailler sur le storyboard de Every Thing Will Be Fine (2015). Cette BD raconte cette rencontre avec le réalisateur des Ailes du désir (1987) et de Lisbonne Story (1994), entre autres. C’est l’occasion de plonger dans ce qui constitue le cheminement créatif de Wim Wenders, qui évoque des films majeurs, comme Paris Texas (1984) ou Buena Vista Social Club (1999). Accessible, Le Storyboard de Wim Wenders est une BD tournée vers le plus grand nombre, mais qui saura aussi captiver les fans de Wim Wenders, qui pourront en apprendre davantage sur le réalisateur allemand.

Le Storyboard de Wim Wenders, de Stéphane Lemardelé (La Boîte à Bulles), 160 pages, 19 euros.

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Third Album

Miss Kittin & The Hacker

« French accent ». Depuis Two (2009), on attendait avec impatience une nouvelle collaboration entre Miss Kittin (Caroline Hervé) et The Hacker (Michel Amato). Dans l’intervalle, Miss Kittin a publié Cosmos (2018), pendant que The Hacker révélait Le Théâtre des Opérations (2017). Le premier des huit titres de leur Third Album s’intitule Ostbahnhof, et il plante rapidement le décor : rythme froid et martial, avec toujours la voix désincarnée de Miss Kittin, et son désormais fameux « french accent », qui avait séduit avec le mémorable Frank Sinatra (2001). Sur 19, on retrouve aussi le sens du dance floor, tendance sombre, que le duo maîtrise toujours aussi bien. Si les deux DJ grenoblois ne délaissent pas le son des eighties, ils brouillent les pistes. Soyouz affiche une tonalité electroclash, alors que L’Homme à la Mode est davantage teinté d’acid beat, et que Rétrovision s’impose en planant, par la grâce de ses nappes synthétiques.

Third Album, Miss Kittin The Hacker (Nobody’s Bizzness / Zebralution), 16,50 euros (CD), 21 euros (vinyle).

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Ad Astra

Maud Geffray

Indispensable. Après son premier album solo Polaar (2017), Maud Geffray, la moitié de Scratch Massive avec Sébastien Chenut, est de retour avec Ad Astra. Pour ce second album sans Scratch Massive, Maud Geffray se place loin de son travail précédent, Still Life (2019), une réappropriation de l’œuvre du musicien et compositeur américain Philip Glass, mélangeant musique classique et électronique. Entre électro et pop, en 12 morceaux, Ad Astra fait aussi la part belle à la voix fragile de Maud Geffray. Les moments forts sont nombreux sur ce nouveau disque. On pense notamment au titre composé avec Krampf, PLUR pour « Peace, Love, Unity, Respect » qui rappelle l’esprit des raves party. Avec Break, Maud Geffray nous offre une envolée électro de toute beauté. L’émotion est palpable sur le magnifique Dark Paradise, nimbé d’une nostalgie, que Don’t Need balaie immédiatement, avec son rythme entêtant. Au final, Ad Astra est aussi beau qu’indispensable.

Ad Astra, Maud Geffray (Pan European Recording), 10,99 euros (CD), 26,99 euros (vinyle).

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Eyeye

Lykke Li

Romance. Cinquième album pour Lykke Li. Après So Bad So Sexy (2018), la chanteuse, auteure et compositrice suédoise nous offre un disque très mélodique, où chacun des huit titres met particulièrement en valeur la qualité de sa voix. À 36 ans, Lykke Li semble loin de son succès I Follow Rivers (2011). Plus intime, plus apaisé, Eyeye a été enregistré à Los Angeles, avec le producteur et musicien suédois Björn Yttling, qui est aussi le bassiste du trio Peter Bjorn and John. Il suffit d’écouter No Hotel pour s’en convaincre : Lykke Li place sa voix au centre, presque a capella, et c’est magnifique. L’exercice est similaire sur You Don’t Go Away, et c’est tout aussi beau. Plus globalement, les mélodies qui parcourent Eyeye contribuent aussi à porter ce disque, où la romance et l’amour ne sont jamais bien loin. Voire même la mélancolie, lorsqu’on écoute le très joli Highway to Your Heart.

Eyeye, Lykke Li (Crush Music/PIAS), 14,99 euros (CD), 24,99 euros (vinyle).

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Monaco Hebdo