vendredi 2 décembre 2022
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Culture Sélection d’octobre 2022

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Dans Culture Sélection, Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées, et musique.

Sundown de Michel Franco

Acapulco. Ils sont en vacances au Mexique dans un hôtel de luxe, lorsque le téléphone sonne. Neil (Tim Roth), sa sœur Alice (Charlotte Gainsbourg), et leurs deux grands enfants apprennent le décès de la mère d’Alice. Une fois arrivé à l’aéroport, Neil se rend compte qu’il a oublié son passeport. Sa sœur part donc sans lui, contrariée. Il lui assure qu’il prendra l’avion suivant. Sorti de l’aéroport, Neil prend un taxi et demande à être déposé dans un hôtel de son choix. C’est comme ça qu’il se retrouve dans une pension d’Acapulco, très modeste. À partir d’une situation simple, le réalisateur et producteur mexicain, Michel Franco, parvient à rendre captivante la fuite de ce sexagénaire, qui lâche sa famille dans un moment sensible.

Sundown, de Michel Franco, avec Tim Roth, Charlotte Gainsbourg, Iazua Larios (FRA/MEX/SUE, 2022, 1 h 23), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 8 novembre 2022.

The Sadness de Robert Jabbaz

Taipei. Attention, ce film est une véritable claque. À Taipei, un jeune couple, Kat (Regina Lei) et Jim (Berant Zhu) ont un différend, avant de se quitter pour la journée. Frappée par une pandémie depuis un an, la population de la capitale de Taïwan est lassée, et elle ne pratique plus vraiment les gestes barrières. Sauf que le virus a muté. Il rend les gens extrêmement violents, et avides de sexe. Peu à peu, le chaos gagne les rues, et le pays. Kat se réfugie dans un hôpital, pendant que Jim parvient à fuir en scooter. Ils vont tenter de se retrouver. The Sadness impressionne par son inventivité, et par les furieux mouvements de caméras de Robert Jabbaz, autant que par les hectolitres d’hémoglobine déversés pendant 1 h 40.

The Sadness de Robert Jabbaz, avec Regina Lei, Berant Zhu, Tzu-Chiang Wang (TAI, 2022, 1 h 40), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray), 29,99 euros (Blu-ray 4K, édition limitée). Sortie le 9 novembre 2022.

All Eyes Off Me de Hadas Ben Aroya

Sincérité. Trois chapitres composent All Eyes Off Me. Enceinte de Max (Leib Lev Levin), Danny (Hadar Katz) veut lui annoncer la nouvelle à l’occasion d’une fête, sans finalement pouvoir le faire. De son côté, Max prend du plaisir avec sa fiancée, Avishag. Cette dernière partage ses pensées avec Dror (Yoav Hait), dont elle garde le chien. Ce qui leur permet de développer une proximité que l’un et l’autre n’attendaient pas nécessairement. La réalisatrice israélienne Hadas ben Aroya signe un film sans tabou, avec en fil rouge le personnage d’Avishag (Elisheva Weil). Entre désirs et interdits, All Eyes Off Me est un film parfois frontal, qui ne se refuse rien, mais toujours d’une grande sincérité.

All Eyes Off Me de Haddas Ben Aroya, avec Elisheva Weil, Leib Lev Lenin, Yoav Hait (ISR, 2022, 1 h 30), 16,99 euros (DVD seulement, pas de sortie Blu-ray). Sortie le 9 novembre 2022.

Les Nuits de Mashhad de Ali Abbasi

Prostituées. La ville sainte de Mashhad, en Iran, près de la frontière afghane, sert de cadre à l’enquête sur des féminicides réalisée par Rahimi (Zar Amir Ebrahimi), une journaliste. Peu à peu, elle se rend compte que la police est loin de faire son maximum pour résoudre ces affaires. Après Shelley (2016) et Border (2018), Les Nuits de Mashhad est le troisième film du cinéaste iranien Ali Abbasi. S’il travaille au Danemark depuis 2001, il a utilisé des faits réels pour nourrir son film, puisqu’une série de crimes se sont vraiment déroulés à Mashhad en 2000. Des prostituées avaient alors été victimes d’un tueur, qui voulait « purifier » la ville pour des motifs religieux. S’il a été condamné à mort et exécuté, il a néanmoins conservé l’appui d’une partie de la population. Zar Amir Ebrahimi est aussi captivante que peut l’être ce film noir.

Les Nuits de Mashhad, de Ali Abbasi, avec Mehdi Bajestani, Zar Amir Ebrahimi, Arash Ashtiani (SUE/FRA/ALL/DAN, 2022, 1 h 56), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray, édition limitée). Sortie le 17 novembre 2022.

L’Illusion du mal de Piergiorgio Pulixi

Cagliari. Né en 1982 à Cagliari, en Sardaigne, Piergiorgio Pulixi est passé par Londres, avant de s’installer à Milan, et de rejoindre le collectif Mama Sabot, avec qui il a beaucoup écrit, notamment Perdas de fogu en 2008. Publié en 2019 par les éditions Rizzoli, L’Île des âmes est son premier roman à bénéficier d’une traduction en français. Voici la suite. L’Illusion du mal nous fait voyager, de la Sardaigne à Milan, toujours aux côtés d’Eva Croce et de Mara Rais, comme dans le premier volume de ces enquêtes. Dans toute l’Italie, une vidéo est diffusée sur les téléphones portables. Intitulée, « la loi, c’est toi », elle propose au public de voter. Un criminel est attaché sur une chaise et un homme masqué propose aux gens de décider de son sort. Aidées par le criminologue Vito Strega, les deux enquêtrices se lancent dans une course contre la montre. Posant les bases du débat entre justice et vengeance, ce roman est passionnant.

L’Illusion du mal de Piergiorgio Pulixi (Gallmeister), 608 pages, 25,90 euros

Successions de Raphaëlle Bacqué et Vanessa Schneider

Dynasties. Plusieurs mois d’enquête ont été nécessaires aux journalistes Raphaëlle Bacqué, grand reporter au Monde, et Vanessa Schneider pour raconter les grandes dynasties du capitalisme français. Publiés sous la forme d’une série d’articles dans Le Monde, ces récits consacrés aux familles Lagardère, Pinault, Bettencourt, Peugeot, ou Bolloré sont structurés autour de la problématique de la succession. On pense, bien sûr, à l’excellente série Succession de Jesse Armstrong, diffusée par HBO depuis juin 2018, sauf que le livre de ces deux journalistes est bien ancré dans le réel. Trahisons, humiliations, haine, amour… Tous les ingrédients d’une bonne série télé font aussi partie de la vie de ces empires industriels français.

Successions de Raphaëlle Bacqué et Vanessa Schneider (Albin Michel), 240 pages, 14,99 euros (format livre numérique), 20,90 euros (format « papier »).

Faits divers & vies déviantes – XIXème-XXIème siècle de Roy Pinker

Prolongement. Dans les années 1930, derrière Roy Pinker se cachait un collectif de journalistes de Détective. L’objectif était de laisser penser que leur journal hebdomadaire disposait d’un correspondant aux États-Unis. C’était en fait un moyen de pratiquer un journalisme fécond, parfois enjolivé ou romancé. Roy Pinker a été réactivé par un groupe d’historiens de la presse, afin de publier des livres moins techniques, et donc plus accessibles. Ils rendent hommage à Dominique Kalifa (1957-2020), spécialiste des imaginaires sociaux des XIXème et XXème siècles, friand de presse et de crime. Dans ce livre, ils partent d’une coupure de presse qui relate un fait divers pour imaginer un prolongement. Entre l’empoisonnement d’une archiduchesse d’Autriche par ses bas noirs en 1894 et une maison hantée à Yzeures-sur-Creuse en 1897, le choix est aussi large que jubilatoire.

Faits divers & vies déviantes – XIXème-XXIème siècle de Roy Pinker (CNRS éditions), 320 pages, 24 euros.

L’Amérique de Franz Kafka de Robert Cara et Daniel Casanave

Inachevé. C’est une superbe réédition que nous propose les éditions 6 Pieds Sous Terre, avec une nouvelle couverture, pour L’Amérique de Franz Kafka (1883-1924). Ecrit entre 1911 et 1914, ce qui constitue le tout premier roman de cet écrivain austro-hongrois est resté inachevé. L’Amérique raconte l’arrivée à New York de Karl Rossmann, un jeune homme de 17 ans, qui est envoyé aux États-Unis par ses parents, suite à un scandale. Cette adaptation est signée Robert Cara, et elle est mise en image de façon très élégante par Daniel Casanave. Ce roman de l’apprentissage est magnifié par l’image, dans ce qui constitue aussi un très bel objet, sur lequel on peut se précipiter avec joie.

L’Amérique de Franz Kafka, adapté par Robert Cara et Daniel Casanave (6 Pieds Sous Terre), 224 pages, 20 euros.

Bram Stoker

Bram Stoker Dracula (édition prestige définitive) de Georges Bess

Vampire. Connu pour son goût du fantastique et du roman graphique, le dessinateur français Georges Bess a été récompensé à plusieurs reprises depuis les années 1980. En 2020, il a reçu le prix spécial du jury Imaginales pour sa BD consacrée à Dracula. Ce mois-ci, les éditions Glénat, créées à Grenoble en 1969 par Jacques Glénat, proposent une « édition prestige définitive » de ce roman écrit par Bram Stoker (1847-1912), et publié en 1897. S’il n’est pas l’inventeur de la figure du vampire, Bram Stoker l’a popularisé, inspirant plusieurs générations d’auteurs. Le Bram Stoker Dracula de Georges Bess mise sur le noir et blanc pour dérouler un récit toujours passionnant. Une adaptation inédite de L’invité de Dracula (1914), une nouvelle publiée après la mort de Bram Stoker, est proposée en bonus, et déroulée sur 15 pages.

Bram Stoker Dracula (édition prestige définitive) de Georges Bess (Glénat), 160 pages, 20 euros.

Fossora, Björk

Hypercréative. Fossora est le onzième album studio de Björk. Comme elle en a l’habitude depuis le début des années 2000, ses disques sont construits autour de concepts, et la structure de ses chansons n’obéit plus au classique « couplet-refrain ». Assez éloigné de la légèreté d’Utopia (2017), son précédent album, Fossora n’est pas facile d’accès. Ce qui n’empêche pas certains titres, comme Allow, Fungal City, ou Ovule de s’imposer grâce à leur brillance et à leur clarté. Björk a su s’entourer pour réaliser ce nouveau disque, avec l’appui de l’Indonésien Kasimyn, du duo Gabber Modus Operandi. Deux titres, Ancestress et Sorrowful Soil, rendent joliment hommage à la mère de Björk, Hildur Runa Hauksdottir, décédée en 2018. Fossora est une nouvelle étape, captivante, dans la carrière hypercréative de Björk.

Fossora, Björk (One Little Independent), 16,99 euros (CD, édition Deluxe), 39,99 euros (vinyl), 149,99 euros (vinyle vert, bordeaux ou argenté, édition limitée collector). www.bjork.com.

United, Tristesse Contemporaine

Dancefloor. Narumi Herisson, Leo Hellden, et Michael Giffts sont de retour avec un troisième album, mêlé de leurs influences respectives, à savoir japonaises, suédoises, et anglaises. On retrouve avec plaisir leur son teinté de dance music et de new wave, produit cette fois par Lewis OfMan. Moins glacial que leur précédent album Stop and Start (2017), qui était davantage marqué par des sonorités cold wave, United joue avec différents styles. Du hip-hop, avec Nothing Left to Win, de la drum’n’bass avec XRaver, de l’electro-funk avec Do Nothing, et même du reggae, avec Rock This Town. Ce mélange vous conduira irrémédiablement vers le dancefloor le plus proche.

United, Tristesse Contemporaine (Record Makers/Bigwax), 18,99 (CD), 31,99 (double LP noir), 20,99 euros (vinyle). Sortie le 25 novembre 2022.

Functional Designs, Deepchord

Electronique. Derrière Deepchord se trouve le producteur de musique électronique américain Julian Modell. Né en 1969, ses premiers disques sont sortis au début des années 2000. Depuis son premier album Kettle Point EP (2003), Julian Modell a fait évoluer son style musical. Influencé par la scène techno de Detroit, il a, pour l’essentiel, proposé une musique électronique minimaliste. Depuis Immersions (2018), on attendait de ses nouvelles, et ce nouveau disque ne déçoit pas. Functional Designs est varié. Il est aussi rythmé que doux, aussi dansant qu’invitant à la rêverie. Dans un style dub techno, les 11 titres de cet album permettent de voyager loin, sans nécessairement bouger de son fauteuil.

Functional Designs, Deepchord (Soma), 14,99 euros (CD).

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