Edito n°1260 : Âgisme

En France, le taux d’emploi des plus de 55 ans est plus bas que la moyenne européenne. Selon des chiffres publiés par Eurostat, pour les 55-64 ans ce taux est de 55,9 %, alors qu’en Europe, la moyenne est de 60,5 %. L’Allemagne est à 71,8 %, la Suède 76,9 %, et le Danemark est un autre bon élève, à 72,3 %. L’Italie se place en dessous de la France, à 53,4 %. À Monaco, la situation est différente. D’après l’Institut monégasque des statistiques et des études économiques (IMSEE), les 45-54 ans restent la population la plus représentée en principauté. Elle représente plus d’un quart de l’ensemble de la population active. En faisant un focus, on constate que les salariés de 25-34 ans pèsent pour 13 % des salariés de Monaco, contre 10 % pour les 55-64 ans. L’écart n’est donc pas énorme, et il s’explique pour au moins deux raisons. « Sur le territoire de Monaco et des Alpes-Maritimes, nous remarquons que de nombreuses personnes viennent faire leur deuxième partie de carrière […]. Très souvent, les jeunes diplômés débutent leur carrière dans une grande métropole, à l’international et à Paris. Et, dans un second temps, quand leurs priorités ont évolué, notamment du point de vue familial, ces candidats cherchent à venir, ou à revenir, dans la région », explique Géraud Lefranc, manager au cabinet de recrutement Michael Page Monaco, que nous avons interrogé dans le cadre du dossier spécial consacré cette semaine à l’emploi des seniors. La deuxième raison relève de la pénibilité des postes proposés en principauté, qui est globalement, moins élevée. « Les emplois occupés à Monaco sont davantage des métiers de bureau, sans aller jusqu’à dire qu’il s’agit davantage de cadres. Il s’agit donc de carrières où l’on commence plus tard que la moyenne, et où l’on finit logiquement plus tard également », estime Géraud Lefranc. Tout ceci explique que, fin décembre 2021, les plus de 50 ans représentaient près d’un tiers de la population salariée monégasque. Néanmoins, la question reste posée : comment favoriser l’emploi des seniors ? En France, plusieurs pistes existent. L’une d’elles, avancée par le ministre du travail, Olivier Dussopt, consiste à permettre à un senior qui s’engage dans un emploi moins bien rémunéré de pouvoir garder une part de son indemnité chômage pour contrebalancer le manque à gagner. Autres leviers qu’Olivier Dussopt pourrait actionner : la retraite progressive et le cumul emploi-retraite. À Monaco, depuis 1997, l’État a misé sur une aide que toutes les entreprises monégasques peuvent solliciter. Il s’agit d’une rétrocession gouvernementale de 30 %, hors taxes, pour des formations, notamment en informatique et en bureautique, avec un plafond fixé à 4 500 euros par an et par entreprise. Malgré ces efforts des gouvernements, tout n’est évidemment pas parfait, et la mise en place de réponses et de constructions de dispositifs politiques, a parfois débouché sur de l’âgisme. Beaucoup d’experts rappellent d’ailleurs que les préjugés sur les seniors restent nombreux. Complexité d’intégration au sein d’effectifs jeunes, manque de maîtrise des outils liés aux nouvelles technologies, ou temps restant avant la retraite jugé trop faible, les freins sont toujours bien présents quand il s’agit d’envisager d’embaucher un senior. Il reste donc important de soutenir la demande de travail de ces candidats dans les entreprises. En commençant, peut-être, par valoriser ce qu’un senior peut apporter de plus par rapport à un autre candidat.