lundi 15 août 2022
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Culture Sélection de Juin 2022

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Dans Culture Sélection, Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et musique.

Down in Paris (Une nuit à Paris) de d’Antony Hickling

Questions. Ça sent la crise de la quarantaine pour Richard. Ce cinéaste cède à ses angoisses et quitte le tournage sur lequel il travaille pour errer une nuit dans Paris. Que cherche-t-il ? Des réponses à ses questions, du soutien, une écoute. Et peut-être plus encore. Cette nuit blanche permet à Richard de multiplier les rencontres avec des personnages très différents qui vont lui permettre d’avancer dans ses réflexions. Le réalisateur et acteur d’origine britannique, désormais installé à Paris, Antony Hickling a vu Down in Paris (Une nuit à Paris) remporter le prix du meilleur long-métrage de fiction au festival LGBTQ + Reeling 2021 à Chicago. Tournées pendant le deuxième confinement, les scènes de nuit sont convaincantes, tout comme l’interprétation de Richard, assurée par Antony Hickling lui-même.

Down in Paris (Une nuit à Paris), d’Antony Hickling, avec Antony Hickling, Jean-Christophe Bouvet, Dominique Frot (FRA, 2022, 1h40), 17,99 euros (DVD seulement, pas de sorties Blu-ray).

Red Rocket de Sean Baker

X. Sur le papier, le synopsis promet beaucoup. Mikey Saber (Simon Rex) est de retour à Texas City, où il est né. Après une carrière dans le cinéma porno à Los Angeles, il n’a plus d’argent et plus de travail. Contraint de revenir habiter chez son ex-femme Lexi (Bree Elrod) qui vit chez sa mère (Brenda Deiss), Mikey compte bien rebondir, et vite. Il rencontre une jeune serveuse qui approche les 18 ans. Il voit en Raylee dite, « Strawberry », le potentiel d’une future star du X. On avait adoré Tangerine (2015) et surtout The Florida Project (2017). Sean Baker continue d’ausculter les États-Unis. Il s’intéresse aux mythes de la réussite à marche forcée et de la célébrité, mais sans juger, et avec une certaine affection pour ses personnages. Dans le rôle de l’anti-héros totalement centré sur lui-même, Simon Rex est parfait.

Red Rocket de Sean Baker, avec Simon Rex, Bree Elrod, Suzanna Son (USA, 2021, 2 h 11), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray).

Rien à foutre d’Emmanuel Marre et Julie Lecoustre

Low-cost. Hôtesse de l’air dans une compagnie low-cost, Cassandre (Adèle Exarchopoulos), 26 ans, mène une vie débridée, sans objectifs, guidée par la recherche du plaisir immédiat. Elle semble heureuse, mais alors que la pression s’accentue au travail, elle commence à être dépassée. Sélectionné à la Semaine de la critique à Cannes en juillet 2021, Rien à foutre nous plonge dans l’univers du transport aérien low-cost, un sujet très peu montré au cinéma jusqu’à présent. Le couple de cinéastes Emmanuel Marre et Julie Lecoustre ont fait appel à de véritables hôtesses et stewards. Tout le monde s’abreuve de tout le monde : ces acteurs amateurs apprennent le métier d’acteur et Adèle Exarchopoulos découvre le métier d’hôtesse de l’air. L’ensemble fonctionne à merveille.

Rien à foutre d’Emmanuel Marre et Julie Lecoustre, avec Adèle Exarchopoulos, Alexandre Perrier, Mara Taquin (FRA, 2022, 1 h 55), 19,99 euros (DVD seulement, pas de sorties Blu-ray). Sortie le 6 juillet 2022.

The Batman de Matt Reeves

Sombre. Quand il n’y en a plus, il y en a encore. Au cinéma, Batman c’est d’abord le diptyque (1989, 1992) signé Tim Burton, puis Joel Schumacher (1995, 1997), suivi de la trilogie (2005, 2008, 2012) de Christopher Nolan, et sur lequel Zack Snyder a enchaîné (2015, 2017). Voici aujourd’hui The Batman, de Matt Reeves, remarqué notamment pour avoir signé le scénario de The Yards (2000) de James Gray, ou la réalisation de l’excellent Cloverfield (2008). Après Michael Keaton, Val Kilmer, George Clooney, Christian Bale et Ben Affleck, c’est au tour de Robert Patinson de revêtir le costume de Batman. Il affronte le Riddler (Paul Dano), un méchant particulièrement sadique, avec l’aide de Catwoman (Zoë Kravitz) et du commissaire Gordon (Jeffrey Wright). Cet univers sombre est joliment mis en image, et porté par une bande son impeccable, avec notamment Tesla par Corvad.

The Batman de Matt Reeves, avec Robert Patinson, Zoë Kravitz, Paul Dano (USA, 2022, 2 h 57), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (Blu-ray), 34,99 euros (Blu-ray 4K). Sortie le 6 juillet 2022.

Encore un jour de pluie de Sarah Moss

Camping. Après La Lande immobile (2020), Sarah Moss est de retour. Elle nous emmène dans un petit camping, au mois d’août. Seul problème : il pleut, et les vacanciers s’ennuient. Du coup, ils passent leur temps à se surveiller. Le cadre idyllique des vacances se transforme peu à peu en un lieu angoissant, sur lequel la menace plane. Sarah Moss s’attelle à faire le portrait détaillé de ces familles, et nous livre leurs failles et leurs manques. La frustration, née de la météo, se mue en colère contre les autres, et notamment contre la famille Shevchenko, tour à tour qualifié d’ukrainienne, de roumaine et de polonaise. La nature et la pluie sont des personnages clés de ce roman à lire absolument.

Encore un jour de pluie, de Sarah Moss traduit de l’anglais par Laure Manceau. (Actes Sud), 192 pages, 22 euros.

Tokyo revisitée (Tokyo Redux) de David Peace

Trilogie. Après Tokyo année zéro et Tokyo, ville occupée (Rivages, 2008 et 2010), voici le dernier volume de cette trilogie japonaise. Cette fois, David Peace prend appui sur une affaire judiciaire, le dossier Sadanori Shimoyama. En 1949, le corps du président des chemins de fer japonais est retrouvé disloqué sur les rails. Est-ce un suicide ? Un assassinat ? Ce que l’on sait, c’est qu’il devait gérer un énorme plan social, qui devait conduire 30 000 salariés au licenciement, et qu’il se savait menacé. Tout le monde essaie de comprendre, mais celles et ceux qui sont confrontés à cette mystérieuse affaire finissent tous par perdre pied. Amoureux du Japon où il s’est installé en 1994, David Peace fascine, avec ce roman dans lequel on se perd avec plaisir.

Tokyo revisitée (Tokyo Redux) de David Peace, traduit de l’anglais par Jean-Paul Gratias, (Rivages, « Noir »), 300 pages, 21 euros, numérique 17 euros.

Lettres à Horace Finaly de Marcel Proust

Correspondance. Une correspondance inédite de Marcel Proust (1871-1922). C’est tout simplement ce que proposent les éditions Gallimard. Cette correspondance concerne un camarade et ami du lycée Condorcet, Horace Finaly. « Directeur général de la banque de Paris et des Pays-Bas, cet homme d’une haute culture qui passait pour savoir Homère et Dante par cœur, fut aussi un grand banquier de gauche de la IIIème République », indiquent les éditions Gallimard. Le sujet de cette correspondance, c’est Henri Rochat, ancien serveur du Ritz et secrétaire de Proust. L’écrivain veut se débarrasser de Rochat, qui a vécu chez lui de 1919 à 1921, et il demande de l’aide à Finaly pour l’envoyer à Recife. Au fil des échanges, la situation se teinte de tragique, faisant de ce texte un document précieux.

Lettres à Horace Finaly, de Marcel Proust (Gallimard), édition établie, présentée et annotée par Thierry Laget, avant-propos de Jacques Letertre, 132 pages, 16 euros.

November de Matt Fraction, Elsa Charretier et Matt Hollingsworth

Tentaculaire. November est une BD policière en deux tomes, réalisés par Matt Fraction au scénario, Elsa Charretier aux dessins et Matt Hollingsworth aux couleurs. L’intrigue repose sur des enlèvements et un système de corruption au cœur de la police, dans une ville des États-Unis. Le premier volume évoque trois femmes, toutes liées à cette affaire, sans que l’on sache comment. On sent que le sujet est tentaculaire, mais difficile d’en savoir plus. Il faudra attendre l’automne 2022 et la publication du second et dernier volume pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette histoire hypnotique, imaginée par Elsa Charretier.

November, de Matt Fraction, Elsa Charretier et Matt Hollingsworth (Sarbacane), traduit de l’anglais (États-Unis) par Sylvain Coissard, 152 pages, 24 euros.

Nuit Rose de Francesco Cattani

Compilation. Francesco Cattani a publié chez Atrabile son premier ouvrage, Barcazza (2011), avant d’enchaîner avec Lune du matin (2017), qui a été mis en avant au festival d’Angoulême, avant de décrocher le prix de la « meilleure BD de l’année » à l’occasion du festival de Rome et de Naples. Nuit Rose est une compilation d’histoires courtes, mais aussi d’illustrations, déjà publiées. Cet ensemble permet de mieux comprendre le travail de Francesco Cattani, un auteur né à Bologne en 1980. « Nourri aussi bien par Katsuhiro Otomo et Carl Barks (1901-2000) qu’Andrea Pazienza (1956-1988), Francesco Cattani semble refuser de s’arrimer artistiquement à une berge ou se rattacher à une chapelle », résument les éditions Atrabile. D’où l’importance de se plonger rapidement dans cette BD, afin de saisir les rouages d’une œuvre aussi forte que déjantée.

Nuit Rose, de Francesco Cattani (Atrabile), 160 pages, 20 euros.

Chillpresso 3 de Supercozy

Loin. Alors que l’été 2022 est là, voici la bande son qui va avec. Il s’agit d’une compilation à base d’ambient et d’electronica signée par la DJ japonaise Supercozy. Installée sur la Côte d’Azur, à Nice, elle a travaillé sur la troisième édition de ce Chillpresso, qu’il faut écouter sur la plage, un verre à la main, face à la mer. En 63 minutes et 9 titres, Chillpresso 3 nous emmène loin. Supercozi assure l’ouverture de cette compilation, avec son très planant Cap Ferrat. Le titre Making Thoughts Flow Into Space de Backstage Gurus est tout aussi aérien, et sa durée, plus de 7 minutes, est une véritable invitation au voyage. Extenebration et son « dub mix » assuré par Blue Planet Corporation, vient clore cette jolie compilation. Et toujours dans la légèreté.

Chillpresso 3 (compilation), Supercozy (Hypo Espresso Records), prix d’achat : NC (MP3, sur Apple Music, Spotify, Deezer, YouTubeMusic, etc.).

Time Bend and Break the Bower de Sinead O’Brien

Limerick. Le premier album de l’artiste irlandaise Sinead O’Brien est une réussite. Originaire de Limerick, elle est aussi connue pour avoir travaillé dans la mode, pour Vivienne Westwood. Entourée du guitariste Julian Hanson et du batteur Oscar Robertson, elle nous embarque très vite dans son monde, avec des titres aussi irrésistibles que le très entraînant There Are Good Times Coming. Sinead O’Brien séduit aussi avec des compositions plus rock, comme Girlkind ou End of Days. La douceur n’est pas exempte de ce disque, avec des moments plus doux, portés par Multitudes ou The Rares Kind. Chanté ou parfois parlé, puissamment incarné par Sinead O’Brien, cet album est la découverte du mois, pour bien débuter cet été 2022.

Time Bend and Break the Bower, Sinead O’Brien (Chess Club/AWAL), 16,99 euros (CD), 24,99 euros (vinyle).

Arkhon de Zola Jesus

Grâce. Zola Jesus (Nika Roza Danilova) signe son retour avec Arkhon, un sixième album qui la voit poursuivre ses explorations pop, après Conatus (2011), son troisième opus. Elle joue avec perfection de sa voix sur Desire, un titre joliment minimaliste, interprété au piano. La dream pop et le son des Cocteau Twins est aussi de la partie, dans un disque qui, en 10 titres, brouille les pistes et n’hésite pas à mélanger les genres. Un peu d’indus, de la pop, de l’électro… Le son varie, mais la grâce est toujours là. Notamment sur The Fall, un morceau aussi pop que facile d’accès. Lost, le premier extrait d’Arkhon, s’appuie sur un son tribal, quasi mystique, qui s’impose dès la première écoute. Depuis Okovi (2017), les fans attendaient un nouvel album de Zola Jesus. La récompense est à la hauteur de l’attente.

Arkhon, Zola Jesus (Sacred Bones Records/Modulor), 14,99 euros (CD), 21,99 euros (vinyle).

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